Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Première semaine : connaissance de soi-même

Sixième Jour
FAISONS VALOIR NOTRE SECRET DE GRÂCE

La Consécration, que nous nous préparons à émettre ou à renouveler, ne nous demande pas seulement de renoncer – pour le plus grand avantage de nos âmes – à vouloir conserver par nos propres moyens les trésors que nous avons reçus de Dieu, mais elle exige encore bien d’autres renoncements.

En la proposant à notre libre choix, saint Louis-Marie de Montfort ne nous dit-il pas qu’elle est, parmi toutes les formes de la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge, « celle qui nous porte le plus à cette mort à nous-mêmes » ? Aussi, la voit-il, de son regard de saint,

« comme étant la meilleure et la plus sanctifiante ». Elle est « un de ces secrets de grâce, inconnu du grand nombre », pour arriver « en peu de temps, avec douceur et facilité, à se vider de soi, se remplir de Dieu et devenir parfait » (n° 62).

En terminant notre première semaine, nous ne pouvons mieux faire que de considérer les renoncements que demande notre Consécration, et la richesse de sanctification que ces renoncements apportent à nos âmes. Prions l’Esprit sanctificateur et la Vierge, Médiatrice de toutes les grâces. Veni, sancte Spiritus ! Ave, gratia plena.

I
RENONCEMENTS QUE DEMANDE NOTRE CONSÉCRATION.

En livrant à Marie notre CORPS avec tous ses sens et ses membres, nous renonçons à nous en servir autrement qu’elle-même nous inspire de le faire. Cette pensée nous conduit déjà au-delà du simple renoncement, signalé dans notre méditation du troisième Jour : elle nous porte à des sacrifices immédiats plus généreusement consentis.

Qu’il s’agisse de nos regards, de nos conversations, de ce qui affecte notre goût, notre odorat, notre toucher, nous ne nous contenterons pas seulement d’éloigner ce qui serait mal ou terre à terre ; mais nous veillerons à orienter l’activité de nos sens extérieurs vers ce qui élève, réjouit, dilate, agrandit, vers ce qui favorise le rayonnement intérieur. Regarder une image ou statue de la Sainte Vierge et lui sourire si l’on est dans la peine ; parler aux âmes du bonheur de lui appartenir, lui offrir certaines petites privations, le samedi principalement, savoir dire à l’occasion avec saint François de Sales : « Les mauvaises odeurs sont pour moi des roses » ; prendre avec joie les saisons comme elles se présentent… Marie est là, toujours très proche, avec ses grâces actuelles qu’elle nous invite à saisir par des renoncements acceptés pour son amour.

 Quant à nos membres, s’ils sont bien portants, soyons heureux de lui offrir, chaque soir, les fatigues du labeur de la journée : s’ils sont malades ou infirmes, notre offrande, faite de patience, de soumission, d’abandon, n’en sera que plus méritoire.

En livrant à Marie notre AME avec toutes ses puissances, l’horizon s’élargit encore. Notre intelligence, notre jugement, notre vouloir, et nos sens internes d’imagination, de sensibilité, de mémoire, sont en nous de merveilleuses capacités de lumière, d’amour, de dévouement ; des forces de rayonnement et d’apostolat, des ressources de vie et d’immolation. Il ne tiens qu’à notre générosité de les ouvrir aussi largement que possible à l’action sanctifiante de Marie, de la prier d’y pénétrer comme en son domaine, pour qu’elle nous porte à nous en servir dans l’oubli de soi et des désirs de conquête.

Nous aimerons occuper notre pensée de la Vierge, lire et méditer ce qui peut nous aider à approfondir son mystère. Nous aimerons lui offrir une volonté forte, intransigeante en face du péché ; une volonté obéissante, imprégnée d’esprit de dépendance, prête à saisir ses inspirations.

Nous aimerons découvrir, dans les beautés de la nature comme dans le contact des choses familières, des évocations de Celle que l’Église chante en ses Litanies de Lorette et dans les strophes du Cantique des Cantiques. On se rappelle les actes délicieux de M. Olier, dans sa Journée chrétienne, mettant à profit toutes les circonstances de la vie quotidienne comme autant d’échelons pour s’élever à Dieu : « Quand on va aux champs, quand on voit le soleil, quand on voit la terre, les herbes, les fleurs, les fruits, quand on entend chanter les oiseaux… » Ainsi profiterons-nous des plus humbles spectacles qui s’offrent à notre imagination pour bénir Marie, la louer, la remercier, lui chanter notre cantique intérieur. Qu’on se trouve loin alors des régions de rêves et de chimères où rôde le tentateur.

Nous veillerons pareillement à ordonner notre sensibilité selon la direction que la Vierge elle-même lui imprime. Marie étant la Reine de notre cœur, son amour doit diriger toutes nos affections. Que de joies nous éprouverons alors, tant nous nous sentirons libres d’aimer les âmes, toutes les âmes que nous approchons, surtout les âmes des petits, des humbles, des pauvres, des délaissés et déshérités de ce monde, celles des malades, des souffrants, des accablés d’épreuves. N’est-ce pas vers celles-là de préférence que se portait la tendresse du divin Maître ? Marie ne désire-t-elle pas nous voir aimer nos frères comme son divin Fils nous a tous aimés, avec bonté, douceur, patience, condescendance, miséricorde, avec esprit de support et d’entraide ? Nous garderons ainsi à notre sensibilité – cette précieuse faculté qui n’est nullement sentimentalité ou sensiblerie – toute sa force de dévouement au service d’une volonté uniquement désireuse de témoigner compassion à ceux qui en ont le plus besoin.

Pour notre mémoire, le mieux n’est-il pas de la garder toujours riche du souvenir des bienfaits dont nous avons été l’objet de la part de Marie ? De combien de faveurs nous a-t-elle comblés ! De combien de chutes nous a-t-elle relevés ? De combien d’accidents nous a-t-elle préservés ! Entretenons ces réconfortants souvenirs : ils nous libéreront de certains autres où s’agitent les ressentiments, les rancunes, les retours et replis sur soi-même. Dans la basilique de Notre-Dame de Liesse, près Laon, sur l’un des ex-voto qui en tapissent les murs, on lit cette inscription : « La Sainte Vierge a fait le bonheur de ma vie ». Témoignage d’une âme qui a su s’élever au-dessus des adversités et contrariétés de la vie présente pour se réfugier dans la joie pacifiante que lui apportait son amour de Marie.


Avec notre corps et notre âme, nous livrons à Marie tous les BIENS que nous possédons : biens extérieurs d’ordre temporel et surtout biens intérieurs d’ordre spirituel. Les premiers concernent principalement notre corps ; les seconds constituent la richesse de notre âme.

En abandonnant à Marie nos biens extérieurs, nous renonçons à les considérer autrement que comme lui appartenant en premier lieu. En réalité, elle les possède déjà, puisque l’univers entier est son domaine ; mais nous voulons qu’elle les possède aussi au titre particulier de notre donation personnelle. Nous reconnaissons expressément qu’ils sont sa propriété, que nous en gardons seulement l’usage. On voit de suite quelle élévation d’esprit suppose un pareil renoncement.

Apparemment, aux regards de ceux au milieu de qui nous vivons, nous continuons nos achats et nos dépenses selon les nécessités de l’existence et selon les exigences de notre situation. Il le faut bien. Mais, dans l’intime, une lumière nouvelle est là, projetant ses rayons sur l’usage que nous devons faire, en dépendance de la volonté de Marie, de nos biens de fortune, du fruit de notre travail, de nos économies, pour n’en disposer que dans un grand esprit de détachement, de justice, de reconnaissance, de modération pour soi et de charité pour les autres.

De même, lorsque nous achetons ou recevons un vêtement, un aliment, un remède, un livre, telle fourniture de bureau, tel article de toilette, etc. notre premier mouvement doit être d’accepter ces choses comme nous venant des mains de la Sainte Vierge. Il faut l’en remercier aussitôt, lui offrir l’usage que nous en ferons et toujours considérer sa gloire avant notre profit.

M. Olier suivait ponctuellement cette habitude. « Je n’ai jamais osé, a-t-il avoué, me servir d’aucune chose, comme de chapeaux, vêtements, sans en avoir consacré à Marie le premier usage… Me voyant seul à user de cette pratique, il m’est arrivé de croire que c’était une faiblesse, une niaiserie et une trop grande sujétion. Mais quand j’y manquais, dès le jour même, ou fort peu de temps après, mes hardes se perdaient, ou se brûlaient, ou se déchiraient ; et cette peine visible m’avertissait de me corriger de ma faute et de n’y plus retomber. Il y a donc une vertu spéciale dans ce fait d’offrir chaque fois à Marie jusqu’aux moindres objets que nous acquérons : cela suppose de multiples renoncements cachés qu’elle nous fait accomplir « avec douceur et facilité », comme Montfort nous en a prévenus.

L’entière donation à la Sainte Vierge de nos biens intérieurs exige encore d’autres renoncements. C’est toute la richesse de notre vie spirituelle que nous lui abandonnons ; passées, présentes et futures : leur triple valeur de mérite, de prière et de sacrifice.

Leur valeur de mérite est confiée à la garde de la Très Sainte Vierge. C’est chose strictement personnelle, inaliénable, incommunicable. Nos mérites sont les titres avec lesquels nous achetons notre place au paradis. Mais ces titres, comme nous l’avons vu dans notre méditation précédente, ne sont-ils pas plus en sûreté entre les mains de marie que dans les nôtres ? Elle saura les garder fidèlement au mieux de nos intérêts. Elle saura les défendre. Remettons-les-lui avec confiance.

Leur valeur de prière et de sacrifice n’est pas chose inaliénable : nous pouvons en faire bénéficier autrui. Par nos prières nous pouvons obtenir des faveurs spirituelles et temporelles pour telle et telle personne. Par nos sacrifices, nos satisfactions, nous pouvons obtenir pour des pécheurs, des mourants, pour des âmes du Purgatoire telle remise de la peine due aux péchés pardonnées. Les indulgences, que nous nous appliquons à gagner, renferment au premier chef ce très appréciable avantage.

De cette double valeur de prière et de sacrifice nous faisons à Marie un abandon complet, sans condition. Nous renonçons à en disposer nous-mêmes, et la laissons libre de l’utiliser à son gré, comme bon lui semblera. Notre première et directe intention n’est pas précisément de nous en dessaisir en faveur des autres, mais de laisser à Marie l’entière liberté d’en faire ce qu’elle voudra, dans le plus grand désintéressement de nous-mêmes.

« Je ne sache pas, écrivait le cardinal Mercier, qu’il n’y ait un acte plus compréhensif de ce que l’âme peut vouer à Dieu et au Christ (par Marie) que cet acte de renoncement, tel que l’entend saint Louis-Marie de Montfort… Les conseils évangéliques, tels qu’ils sont couramment pratiqués, comportent le renoncement aux biens extérieurs, aux satisfactions des sens, à l’indépendance de la volonté personnelle. La dévotion de Montfort va plus loin : elle renonce même à la libre disposition de tout ce qui, dans notre vie spirituelle, est susceptible d’être objet de renoncement… Oh ! Oui, il va loin l’abandon qu’il nous prêche ; il va, semble-t-il, à l’extrême. Dieu seul pour chaque âme en mesure la portée[1]. »

Quel couronnement de tous les sacrifices déjà consentis ! Oh ! Remercions le Père de Montfort de nous avoir légué un tel secret de grâce !

II
RICHESSES DE SANCTIFICATION

Pour intensifier notre reconnaissance, considérons à présent LA RICHESSE DE SANCTIFICATION dont nos âmes vont bénéficier. Nos renoncements entre les mains de Marie nous font exercer, en effet, d’une manière très parfaite, la charité envers Dieu et la charité envers le prochain.

La charité envers Dieu, car il est absolument certain que la Très Sainte Vierge emploiera notre avoir spirituel d’abord et avant tout à la plus grande gloire de Dieu, ce qui est la fin la plus élevée et la plus noble. Elle est aussi, hélas ! celle à laquelle généralement on pense le moins. « Presque personne, constatait Montfort, n’agit pour cette noble fin, quoiqu’on y soit obligé ; soit parce qu’on ne connaît pas où est la plus grande gloire de Dieu, soit parce qu’on ne la veut pas ».

Il est si facile de nous illusionner sur ce qu’on croit être la plus grande gloire de Dieu, et surtout si difficile d’éloigner toute recherche d’intérêt personnel. Mais « Marie connaît très parfaitement où est la plus grande gloire de Dieu, et ne fait rien que pour la plus grande gloire de Dieu. Nous pouvons donc être assurés que la valeur de toutes nos actions, pensées et paroles, sera employée à la plus grande gloire de Dieu » ! La Sainte Vierge exerce ainsi, en notre nom, la première des charités, cette charité parfaite qui fait passer les intérêts de Dieu avant les nôtres. « Peut-on trouver rien de plus consolant pour une âme qui aime Dieu d’un amour pur ? » (VD, n° 151). Quelle richesse de mérites en découle ! Loin de perdre quoi que ce soit, on acquiert un trésor incalculable en vue de l’éternité.

De plus, si la Sainte Vierge veut aussi exercer, en notre nom, la charité envers le prochain, le prochain connu et inconnu, le prochain de l’Église universelle, celui des missions lointaines et des régions les plus abandonnées du Purgatoire, y perdrons-nous quelque chose ? Ici encore, n’est-ce pas la charité qui cause le mérite, qui accroît nos mérites ? Et comme nos mérites sont chose personnelle et inaliénable, n’y aurons-nous pas gagné d’avoir un Ciel plus beau ?

Combien vaine alors apparaît l’appréhension, parfois manifestée, d’un séjour prolongé en Purgatoire ! Comment « une âme fervente et généreuse, qui fait passer les intérêts de Dieu et du prochain avant les siens ; et qui donne à Dieu tout ce qu’elle a, sans réserve, en sorte qu’elle ne peut pas davantage : non plus ultra ; comment cette âme généreuse et libérale, qui ne respire que la gloire de Dieu et le règne de Jésus-Christ par sa sainte Mère, et qui se sacrifie tout entière pour le gagner, sera-t-elle punie en l’autre monde, pour avoir été plus libérale et plus désintéressée que les autres ? Tant s’en faut, affirme Montfort ; cette âme-là sera plus magnifiquement récompensée dans ce monde et dans l’autre » (VD n° 133).

Dans ce monde, car la Très Sainte Vierge ne se laisse jamais vaincre en amour et en libéralité : elle-même « se donne aussi tout entière et d’une manière ineffable à celui qui lui donne tout. Elle le fait s’engloutir dans l’abîme de ses grâces ; elle l’orne de ses mérites ; elle l’appuie de sa puissance ; elle l’éclaire de sa lumière ; elle l’embrase de son amour ; elle lui communique ses vertus : son humilité, sa foi, sa pureté, etc. ; elle se rend sa caution, son supplément, et son cher tout envers Jésus » (VD, n° 144).

Dans l’autre monde, notre récompense sera d’être introduit plus rapidement en paradis, car la charité parfaite supprime le Purgatoire, ou – s’il reste encore quelque expiation – elle le diminue notablement. Bien plus, comme nous l’avons dit, en augmentant nos mérites, elle augmente par le fait notre degré de gloire au Ciel. Pouvons-nous désirer plus riche récompense ? Jamais ne se réalise mieux la parole de l’Évangile : « Donnez et l’on vous donnera : une bonne mesure, pressée, débordante… » (Luc, 6, 38).


Offrons donc à Marie, dans la plus absolue confiance, tous les renoncements que nous demande notre Consécration. Disons-lui, dès maintenant, ce que nous lui dirons avec encore plus de ferveur à la fin de ces Exercices préparatoires, que nous lui « laissons un entier et plein droit de disposer de nous et de tout ce qui nous appartient, sans exception, selon son bon plaisir, à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l’éternité ».

Nous allons de lumière en lumière. Les deux semaines qui suivent nous réservent des clartés d’un ordre supérieur.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Luc, chap. 17, 12 à 19 : Les dix lépreux ; et chap. 18, 9 à 14 : le pharisien et le publicain.

IMITATION de Jésus-Christ, livre 3 chap. 30 : Qu’il faut demander à Dieu son secours.

Évangile

Saint Luc, chap. 17, 12-19 et 18, 9-14

Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Se tenant à distance, ils élevèrent la voix, et dirent : Jésus, maître, aie pitié de nous ! Dès qu’il les eut vus, il leur dit : Allez vous montrer aux sacrificateurs. Et, pendant qu’ils y allaient, il arriva qu’ils furent guéris. L’un d’eux, se voyant guéri, revint sur ses pas, glorifiant Dieu à haute voix. Il tomba sur sa face aux pieds de Jésus, et lui rendit grâces. C’était un Samaritain. Jésus, prenant la parole, dit : Les dix n’ont-ils pas été guéris ? Et les neuf autres, où sont-ils ? Ne s’est-il trouvé que cet étranger pour revenir et donner gloire à Dieu ? Puis il lui dit : Lève-toi, va ; ta foi t’a sauvé.

Il dit encore cette parabole, en vue de certaines personnes se persuadant qu’elles étaient justes, et ne faisant aucun cas des autres : Deux hommes montèrent au temple pour prier ; l’un était pharisien, et l’autre publicain. Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : O Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, qui sont ravisseurs, injustes, adultères, ou même comme ce publicain ; je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tous mes revenus. Le publicain, se tenant à distance, n’osait même pas lever les yeux au ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. Je vous le dis, celui-ci descendit dans sa maison justifié, plutôt que l’autre. Car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé.

Imitation de Jésus-Christ

Liv. 3 ch. 30. Qu’il faut implorer le secours de Dieu, et attendre avec confiance le retour de sa grâce

1. Jésus-Christ : Mon fils, je suis le Seigneur, c’est moi qui fortifie au jour de la tribulation. Venez à moi quand vous souffrirez. Ce qui surtout éloigne de vous les consolations célestes, c’est que vous recourez trop tard à la prière. Car avant de me prier avec instance, vous cherchez au-dehors du soulagement et une multitude de consolations. Mais tout cela vous sert peu, et il vous faut enfin reconnaître que c’est moi seul qui délivre ceux qui espèrent en moi, et que hors de moi il n’est point de secours efficace, point de conseil utile, point de remède durable. Mais à présent que vous commencez à respirer après la tempête, ranimez-vous à la lumière de mes miséricordes ; car je suis près de vous, dit le Seigneur, pour vous rendre tout ce que vous avez perdu et beaucoup plus encore.

2. Y-a-t’il rien qui me soit difficile ? ou serais-je semblable à ceux qui disent et ne font pas ? Où est votre foi ? Demeurez ferme et persévérez. Ne vous lassez point, prenez courage ; la consolation viendra en son temps. Attendez-moi, attendez : Je viendrai, et je vous guérirai. Ce qui vous agite est une tentation et ce qui vous effraie est une crainte vaine. Que vous revient-il de ces soucis d’un avenir incertain, sinon tristesse sur tristesse ? À chaque jour suffit son mal. Quoi de plus insensé, de plus vain, que de se réjouir ou de s’affliger de choses futures qui n’arriveront peut-être jamais !

3. C’est une suite de la misère humaine d’être le jouet de ces imaginations et la marque d’une âme encore faible, de céder si aisément aux suggestions de l’ennemi. Car peu lui importe de nous séduire et de nous tromper par des objets réels ou par de fausses images, et de nous vaincre par l’amour des biens présents ou par la crainte des maux à venir. Que votre cœur donc ne se trouble point, et ne craigne point. Croyez en moi, et confiez-vous en ma miséricorde. Quand vous croyez être loin de moi, souvent c’est alors que je suis le plus près de vous. Lorsque vous croyez tout perdu, ce n’est souvent que l’occasion d’un plus grand mérite. Tout n’est pas perdu, quand le succès ne répond pas à vos désirs. Vous ne devez pas juger selon le sentiment présent ni vous abandonner à aucune affliction, quelle qu’en soit la cause, et vous y enfoncer comme s’il ne vous restait nulle espérance d’en sortir.

4. Ne pensez pas que je vous aie tout à fait délaissé lorsque je vous afflige pour un temps, ou que je vous retire mes consolations ; car c’est ainsi qu’on parvient au royaume des cieux. Et certes, il vaut mieux pour vous et pour tous mes serviteurs être exercés par des traverses, que de n’éprouver jamais aucune contrariété. Je connais le secret de votre cœur et je sais qu’il est utile pour votre salut que vous soyez quelquefois dans la sécheresse, de crainte qu’une ferveur continue ne vous porte à la présomption et que par une vaine complaisance en vous-même, vous ne vous imaginiez être ce que vous n’êtes pas. Ce que j’ai donné, je puis l’ôter et le rendre quand il me plaît.

5. Ce que je donne est toujours à moi ; ce que je reprends n’est point à vous, car c’est de moi que découle tout bien et tout don parfait. Si je vous envoie quelque peine et quelque contradiction, n’en murmurez pas, et que votre cœur ne se laisse point abattre ; car je puis en un moment vous délivrer de ce fardeau et changer votre tristesse en joie. Et lorsque j’en use ainsi avec vous, je suis juste et digne de toute louange. 6. Si vous jugez selon la sagesse et la vérité, vous ne devez jamais vous affliger avec tant d’excès dans l’adversité, mais plutôt vous en réjouir et m’en rendre grâces. Et même ce doit être votre unique joie que je vous frappe sans vous épargner. Comme mon Père m’a aimé, moi aussi je vous aime, ai-je dit à mes disciples en les envoyant, non pour goûter les joies du monde, mais pour soutenir de grands combats ; non pour posséder les honneurs, mais pour souffrir les mépris ; non pour vivre dans l’oisiveté, mais dans le travail ; non pour se reposer, mais pour porter beaucoup de fruits par la patience. Souvenez-vous, mon fils, de ces paroles.


[1] Lettre pastorale sur la Médiation universelle de la Très Sainte Vierge et la Vraie Dévotion à Marie, selon saint L.M. de Montfort, novembre 1924.