Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Première semaine : connaissance de soi-même

Quatrième Jour
NOUS SOMMES DES PAUVRES PÉCHEURS

Nous considérerons aujourd’hui notre misère de pauvres pécheurs, c’est-à-dire les fautes que nous avons commises dans le passé et celles que nous commettons encore dans le présent. Cet examen de notre conscience nous fera reconnaître combien nous sommes indignes d’approcher directement et par nous-mêmes la sainte et auguste Majesté de Dieu ; combien aussi nous devons sentir profondément le besoin de recourir à Marie Médiatrice, miséricordieusement placée entre notre misère de pécheurs et la sainteté divine.

Pour nous aider davantage, nous parcourrons nos fautes selon qu’elles offensent plus spécialement l’une ou l’autre des trois adorables Personnes de la Trinité : nos ingratitudes envers le Père, nos infidélités envers le Fils, nos tiédeurs envers le Saint-Esprit. Humiliés et contrits, nous serons heureux alors de rencontrer le visage accueillant de Celle dont la miséricorde n’a jamais manqué à personne. C’est sa Médiation qui nous obtient, et les grâces du pardon, et les grâces plus excellentes de notre union à Jésus-Christ.

Redisons-lui, en commençant, l’invocation familière : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs ».

I
NOTRE MISÈRE DE PAUVRES PÉCHEURS

Reconnaissons d’abord nos INGRATITUDES envers le Père. Il est notre premier et plus grand bienfaiteur. Nous lui devons tout, notre vie de nature et notre vie de grâce. Il nous a créés, il nous maintient dans l’existence. Notre âme unie à notre corps, nos facultés, nos puissances de connaître et d’aimer nous viennent directement de lui. Combien nous devons apprécier ce don de la vie, d’une vie intelligente et libre, qui fait briller sur notre front quelque chose de la lumière de sa Face. « Ô Dieu, Soyez béni de m’avoir créée ! » murmurait en mourant sainte claire d’Assise.

La grâce sanctifiante, reçue au baptême, est un bienfait d’ordre incomparablement supérieur. Par elle, nous pouvons en toute vérité appeler Dieu « notre Père », puisqu’elle nous donne participation, non point à son essence : celle-ci ne se partage pas, mais à sa vie, c’est-à-dire à son mode d’agir, à son activité intime. Nous commençons, dès ici-bas, de le connaître comme lui-même se connaît dans son Verbe, et de l’aimer comme lui-même s’aime dans son Esprit-Saint, ce qui constitue dans sa vie bienheureuse. Le bonheur de Dieu devient ainsi notre bonheur même en cette vie présente ; et c’est pour nous l’obtenir que le Père a donné au monde le Fils de ses complaisances. Quel amour suppose un pareil don, le plus grand qui se puisse concevoir !

Comment avons-nous répondu à ces bienfaits de notre création et de notre divinisation ? Au lieu de nous en montrer filialement reconnaissants, n’avons-nous pas été, au contraire, des enfants oublieux, des fils ingrats et révoltés jusqu’à nous exposer à perdre nos droits à l’héritage céleste ? N’avons-nous pas imité le prodigue s’éloignant de la maison paternelle pour aller dissiper son bien dans les plaisirs défendus ? Combien de fautes graves ont peut-être souillé notre âme dans le passé ? Que nous reproche notre conscience ?… Si nos offenses sont pardonnées, il reste qu’elles ont été commises et qu’elles doivent nous humilier à la pensée de l’infinie sainteté de notre très aimant Père des Cieux.

NOS INFIDELITÉS envers le Fils nous ont rendus plus coupables encore. Il est notre Rédempteur : par ses souffrances et sa mort en croix, par le prix de son sang répandu jusqu’à la dernière goutte, il nous a mérité la grâce de notre filiation divine. Bien plus, il nous a incorporés à lui : nous ne faisons avec lui qu’un Corps vivant dont il est la Tête et dont nous sommes les membres. Nous vivons de sa vie : il est en nous et nous sommes en lui. C’est en toute vérité que chaque baptisé, fidèle à son baptême, peut dire avec saint Paul : « Je vis, non plus moi, le Christ vit en moi ». Il vit et grandit en moi par la grâce des sacrements et principalement par son Eucharistie.

Réfléchissons à ce don ineffable qu’il nous a fait la veille de mourir, à cette invention d’amour qui lui a permis de vaincre la mort, de demeurer toujours présent au milieu de nous, de se laisser manger par nous pour être transformés en lui. C’est ainsi que, sachant son heure venue de passer de ce monde à son Père, et nous ayant aimés jusque-là, il nous aima plus encore à ce moment suprême, s’élevant à ce sommet d’affection sur lequel à jamais son Cœur s’est comme immobilisé.

À ce Jésus aimant jusqu’à l’excès nous avons promis un attachement fidèle et inviolable. Que de fois même nous lui avons renouvelé nos promesses de fidélité ! Que de fois aussi, peut-être, nous nous sommes séparés de lui, détachés de lui, devenant comme des membres morts au sein du Corps mystique. Car le péché grave commis sciemment, c’est cela : une offense entraînant l’arrêt de la grâce sanctifiante, une coupure de l’influx vital nous venant du Christ.

Miséricordieusement, après l’humble aveu de nos fautes dans le regret de notre cœur, Jésus nous pardonne et nous rattache à lui, nous redonne sa vie ; mais nous aurons toujours à déplorer de nous être séparés de lui, au mépris de son amour, au mépris de ses souffrances et de sa mort en croix, au mépris de son Eucharistie. Combien nous devons nous en humilier, nous reconnaître indignes des tendresses et des prédilections qu’il s’offre à nous redonner, comme si nous ne l’avions jamais offensé ! Oh ! notre misère de pécheurs repentants en face de cet Amour qui veut tout oublier et accepter à nouveau nos promesses !

Ingrats envers le Père, infidèles envers le Fils, il nous faut encore reconnaître nos TIÉDEURS envers l’Esprit-Saint, Hôte très doux de l’âme en état de grâce. N’est-il pas l’artisan de notre sanctification ? Par ses inspirations, ses illuminations, ses motions, il indique le chemin à suivre, il éveille les pensées de foi, les bons désirs, les élans généreux, les ardeurs d’apostolat ; il invite au recueillement, au silence intérieur, à la vie profonde du dedans, aux montées vers la perfection, aux progrès incessants dans les vertus et surtout dans la Charité qui est l’amour de Dieu et du prochain. Il aime et veut nous voir aimer sans retour sur nous-mêmes.

Les fautes graves le font s’enfuir ; les fautes vénielles volontaires le contristent ; la solitude à laquelle on l’abandonne si fréquemment provoque ses gémissements d’amour méconnu qui sont encore des appels de grâce.

Combien de fois l’avons-nous obligé à s’enfuir ? Combien de fois l’avons-nous contristé ? Combien de fois l’avons-nous abandonné, n’ayant pas un regard pour lui, emportés que nous sommes dans la dissipation des choses extérieures ? Que d’éparpillement de notre être au dehors ! Que de distractions dans nos prières ! Que de confessions, de communions faites sans une préparation convenable, sans un amendement sérieux de notre vie spirituelle ! Et nos manquements à la charité en pensées et en paroles, nos paroles inutiles et mauvaises, nos ressentiments parfois au fond de notre cœur, les recherches de nos aises, de notre bien-être, de nos satisfactions naturelles ; nos immortifications, nos résistances multipliées aux inspirations de l’Esprit-Saint… ; que d’obstacles qui s’opposent à son action sanctifiante !

On aboutit ainsi à la tiédeur, au contentement de soi dans la médiocrité. Il n’y a pas de progrès, pas d’avancements, pas de courage et d’énergie pour un essai d’amélioration. On ne s’en inquiète point, et cela peut durer longtemps.

Alors, prenant conscience de toutes nos fautes passées et présentes, de notre misère réelle de pauvres pécheurs, reconnaissons humblement que nous sommes indignes d’approcher par nous-mêmes de l’infinie sainteté des trois adorables Personnes divines. Reconnaissons aussi la sagesse du Plan rédempteur, qui nous a donné Jésus, Verbe incarné, pour Médiateur auprès du Père, et Marie, Mère de Jésus, pour Médiatrice auprès de son Fils.

Par Marie, que nous nous appliquerons à mieux connaître durant notre deuxième Semaine, nous ne craindrons pas d’approcher Jésus et de nous unir à lui, sous la conduite de l’Esprit-Saint. Par Jésus, nous serons unis au Père, en l’unité d’amour de ce même Esprit-Saint. Reconnaissons le besoin que nous avons d’une Médiatrice auprès du Médiateur même.

II
NOUS AVONS BESOIN DE MARIE MÉDIATRICE

Jésus-Christ est notre Médiateur de rédemption et de justice auprès de son Père. Marie est notre Médiatrice d’intercession et de miséricorde auprès de son Fils.

Par Jésus-Christ, appuyés et revêtus de ses mérites, nous accédons au Père, nous le prions avec toute l’Église triomphante et militante. Quand nous récitons le Pater, c’est par le cœur et les lèvres du Fils que nous faisons monter cette prière qui glorifie et qui demande ; N’est-ce pas lui qui nous l’a enseignée ? C’est aussi par ses mérites que nous pouvons appeler Dieu « notre Père », puisque sa rédemption nous a obtenu le bienfait de notre filiation divine. De la sorte, nous ne nous appuyons pas sur nous-mêmes, sur nos propres travaux, industries et préparations, qui seraient de peu de poids devant Dieu, pour l’engagement à s’unir à nous et à nous exaucer.

Négliger cette médiation et vouloir nous approcher directement de la Majesté et de la Sainteté du Père, sans aucune recommandation, ce serait, nous dit Montfort, « manquer d’humilité, manquer de respect envers un Dieu si haut et si saint ; ce serait moins faire de cas de ce Roi des rois qu’on ne ferait d’un roi ou d’un prince de la terre, duquel on ne voudrait pas approcher sans quelque ami qui parlât en notre faveur » (VD n° 83).

Mais notre misère de pauvres pécheurs est telle – nous venons de le voir – que, même auprès de Jésus Médiateur, nous avons encore besoin de Marie Médiatrice. Tout en possédant une nature humaine semblable à la nôtre, Jésus reste « Dieu », en toutes choses égal à son Père. Il est, par conséquent, le Saint des saints, aussi digne de respect que son Père. Si, par sa charité infinie, il s’est fait notre caution et notre médiateur auprès de Dieu, son Père, pour l’apaiser et lui payer ce que nous lui devons, faut-il pour cela que nous ayons moins de respect et de crainte pour sa Majesté et sa Sainteté ?

« Disons donc hardiment avec saint Bernard, continue Montfort, que nous avons besoin d’un médiateur auprès du Médiateur même, et que la divine Marie est celle qui est la plus capable de remplir cet office charitable1 ».

La première et meilleure raison est celle que nous donne le Verbe incarné lui-même, du fait de son Incarnation : puisque c’est par Marie qu’il nous est venu, c’est donc par Marie que nous devons aller à lui. Nous ne pouvons mieux faire que d’imiter son exemple. À Bethléem, les bergers le contemplent tout petit enfant couché par sa Mère dans une crèche. Un peu plus tard, ce sont les Mages qui l’adorent sur les genoux et dans les bras de sa Mère. Par elle, il comble les uns et les autres de se trésors de grâces. Il en sera de même tout au long de sa vie terrestre : depuis sa Présentation au Temple, où commence ostensiblement son Sacrifice, jusqu’au Calvaire où il se consomme, c’est toujours Jésus qui s’offre à son Père et qui se donne, par Marie, à notre monde souillé de crimes qu’il est venu laver dans son sang.

Notre misère de pauvres pécheurs doit donc nous pousser à implorer hardiment l’aide et l’intercession de Marie. Elle est bonne, accueillante, accessible à nos demandes. « Il n’y a en elle rien d’austère ni de rebutant, rien de trop sublime et de trop brillant ; en la voyant, nous voyons notre pure nature ». Si sainte, si élevée qu’elle soit, elle demeure simple personne humaine. « Elle n’est pas le soleil qui, par la vivacité de ses rayons, pourrait nous éblouir à cause de notre faiblesse ; mais elle est belle et douce comme la lune, qui reçoit sa lumière du soleil pour la rendre conforme à notre petite portée.

Elle est si charitable qu’elle ne rebute personne de ceux qui demandent son intercession, quelque pécheurs qu’ils soient : car, comme disent les saints, il n’a jamais été ouï dire, depuis que le monde est monde, qu’aucun ait eu recours à la Sainte Vierge avec confiance et persévérance, et en ait été rebuté.

Elle est si puissante que jamais elle n’a été refusée dans ses tabernacles. Elle n’a qu’à se montrer devant son Fils pour le prier, aussitôt il accorde, aussitôt il reçoit ; il est toujours amoureusement vaincu par les mamelles, les entrailles et les prières de sa très chère Mère (VD, n° 85).


On rencontre parfois certaines âmes, orgueilleuses jusque dans leur piété, qui vous disent qu’elles n’ont pas besoin de passer par la Sainte Vierge, ni de recourir à son intercession ; elles s’adressent directement à Notre-Seigneur et s’unissent ainsi à lui. Il faut les excuser : la lumière leur manque et sur la Sainte Vierge et sur elles-mêmes. Elles n’ont pas réfléchi à la place centrale qu’occupe Marie dans le plan divin en sa qualité de Mère de Dieu et de Corédemptrice de nos âmes. Elles n’ont jamais scruté surtout le fond de leurs misères. Un peu d’humilité leur ouvrirait les yeux.

Il arrive aussi de rencontrer d’autres âmes –celles-ci très humbles et très belles – qui ont aimé et aiment toujours beaucoup la Sainte Vierge, mais qui, depuis un certain temps, ont accoutumé de s’adresser plus fréquemment à Notre-Seigneur lui-même, de lui parler familièrement et de goûter l’intimité de leur union avec lui. Elles éprouvent alors quelques craintes, se demandant si elles sont dans la bonne voie, si elles aiment encore la Sainte Vierge comme auparavant ; et elles interrogent, elles demandent conseil. Il faut les rassurer : en ces âmes aimantes et dociles, Marie Médiatrice a accompli son œuvre de sanctification. Elle les a dépouillées de leur amour propre et de leur propre volonté ; elle les a revêtues de ses vertus aimables ; elle les a mises en intimité directe avec Notre-Seigneur. Puis elle s’est, non pas retirée (elle ne se retire jamais), mais comme effacée, éclipsée, mise dans l’ombre, afin de laisser ces âmes savourer davantage les joies de leur union à son divin Fils.

C’est le témoignage que nous a donné d’elle-même la recluse carmélitaine du béguinage de Gand, Marie de Sainte-Thérése (+1677), âme admirablement privilégie. S’étonnant, un jour, de ne plus jouir aussi souvent qu’autrefois de la présence de l’aimable Marie et de ses instructions ou affectueuses paroles, elle avait cependant l’intime conviction que son amour était aussi tendre, innocent, filial et doux que jamais. Il lui vint alors cette réponse intérieure : lorsque l’aimable Mère était constamment auprès de toi et qu’elle te guidait dans la voie de ses vertus, c’était afin de te préparer à l’union parfaite avec son très cher Fils. Maintenant que cette union est accomplie, elle se tien t à l’écart et te laisse converser seule avec lui… cette âme jouissait de l’union mystique.

Nous n’en sommes pas là. Tant que nous demeurons aux prises avec nos misères, sentons profondément ce besoin de recourir à Marie, de toujours passer par son intercession pour aller à Jésus ; Lorsqu’en récitant les Ave de notre Rosaire, nous la bénissons d’abord :

« Vous êtes bénie entre toutes les femmes », c’est pour mieux bénir ensuite son divin Fils :

« et Jésus, le fruit de votre sein, est béni ». « La plus forte inclination de Marie, nous dit Montfort, est de nous unir à Jésus-Christ, son Fils : et la plus forte inclination du Fils est qu’on vienne à lui par sa sainte Mère » (VD n° 75). C’est lui faire honneur et plaisir que de suivre le chemin virginal qu’il a voulu prendre pour venir à nous. Marie attire par le charme de sa bonté maternelle, mais elle ne retient jamais une seule âme ; et c’est une chose très remarquable que les âmes vraiment mariales sont toujours des âmes eucharistiques. La merveille de Lourdes se réalise en elles : nulle part comme en ce coin de terre où viennent les foules du monde entier, Jésus-Hostie n’est plus aimé, plus acclamé et plus glorifié. Marie y exerce en splendeur son rôle de Médiatrice.


Au début de la formule de consécration que nous nous préparons à émettre ou à renouveler, saint Louis-Marie de Montfort nous fait suivre cette voie de la médiation mariale. Après avoir offert à Jésus-Christ, la Sagesse éternelle et incarnée, l’hommage de son adoration et de sa reconnaissance, il s’humilie et nous invite à nous humilier avec lui, à la pensée de notre misère de pauvres pécheurs : « Mais, hélas ! ingrat et infidèle que je suis, je ne vous ai pas gardé (ô Jésus) les vœux et les promesses que je vous ai si solennellement faits à mon baptême, je n’ai point rempli mes obligations ; je ne mérite pas d’être appelé votre enfant ni votre esclave ». Votre enfant, parce que tant de fois, peut-être, j’ai perdu par mes fautes votre grâce sanctifiante ; votre esclave, parce que j’ai voulu m’émanciper et me soustraire aux droits de votre Rédemption. Aussi, « comme il n’y a rien en moi qui ne mérite vos rebuts et votre colère, je n’ose plus par moi-même approcher de votre sainte et auguste Majesté ». C’est l’hommage de la satisfaction s’élevant d’un cœur contrit, humilié au souvenir de ses fautes passées et à la vue de sa misère présente ;

Alors, succède la demande, l’imploration des grâces, aux pieds de Marie Médiatrice :

« C’est pourquoi j’ai recours à l’intercession et à la miséricorde de votre très Sainte Mère que vous m’avez donnée pour Médiatrice auprès de vous ; et c’est par son moyen que j’espère obtenir de vous la contrition et le pardon de mes péchés », c’est-à-dire la grâce qui va d’abord guérir et purifier mon âme ; puis « l’acquisition et la conservation de la Sagesse », c’est-à-dire la grâce qui me transformera progressivement, jusqu’à me mettre en possession constante de l’aimable et adorable Jésus, en jouissance des trésors que renferme sa divine Personne.

Avec quelle confiance et quelle persévérance nous devons donc implorer de telles grâces par l’intercession et la miséricorde de notre céleste Médiatrice ! Quelle consolation pour notre misère de pauvres pécheurs !

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Luc, chap. 13, 1 à 21 : Le figuier stérile. La femme courbée. Le grain de sénevé et le levain.

IMITATION de Jésus-Christ, livre 3, chap. 13 : De l’obéissance de l’humble serviteur à l’exemple de Jésus-Christ.

Évangile

Saint Luc, ch 13

En ce même temps, quelques personnes qui se trouvaient là racontaient à Jésus ce qui était arrivé à des Galiléens dont Pilate avait mêlé le sang avec celui de leurs sacrifices. Il leur répondit : Croyez-vous que ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, parce qu’ils ont souffert de la sorte ? Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également. Ou bien, ces dix-huit personnes sur qui est tombée la tour de Siloé et qu’elle a tuées, croyez-vous qu’elles fussent plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Non, je vous le dis. Mais si vous ne vous repentez, vous périrez tous également.

Il dit aussi cette parabole : Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint pour y chercher du fruit, et il n’en trouva point. Alors il dit au vigneron : Voilà trois ans que je viens chercher du fruit à ce figuier, et je n’en trouve point. Coupe-le : pourquoi occupe-t-il la terre inutilement ? Le vigneron lui répondit : Seigneur, laisse-le encore cette année ; je creuserai tout autour, et j’y mettrai du fumier. Peut-être à l’avenir donnera-t-il du fruit ; sinon, tu le couperas.

Jésus enseignait dans une des synagogues, le jour du sabbat. Et voici, il y avait là une femme possédée d’un esprit qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ; elle était courbée, et ne pouvait pas du tout se redresser. Lorsqu’il la vit, Jésus lui adressa la parole, et lui dit : Femme, tu es délivrée de ton infirmité. Et il lui imposa les mains. À l’instant elle se redressa, et glorifia Dieu. Mais le chef de la synagogue, indigné de ce que Jésus avait opéré cette guérison un jour de sabbat, dit à la foule : Il y a six jours pour travailler ; venez donc vous faire guérir ces jours-là, et non pas le jour du sabbat. Hypocrites ! lui répondit le Seigneur, est-ce que chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache pas de la crèche son bœuf ou son âne, pour le mener boire ? Et cette femme, qui est une fille d’Abraham, et que Satan tenait liée depuis dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de cette chaîne le jour du sabbat ? Tandis qu’il parlait ainsi, tous ses adversaires étaient confus, et la foule se réjouissait de toutes les choses glorieuses qu’il faisait.

Il dit encore : A quoi le royaume de Dieu est-il semblable, et à quoi le comparerai-je ? Il est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et jeté dans son jardin ; il pousse, devient un arbre, et les oiseaux du ciel habitent dans ses branches.

Il dit encore : A quoi comparerai-je le royaume de Dieu ? Il est semblable à du levain qu’une femme a pris et mis dans trois mesures de farine, pour faire lever toute la pâte.

Imitation de Jésus-Christ

Chap. 13. Qu’il faut obéir humblement, à l’exemple de Jésus-Christ

1. Jésus-Christ : Mon fils, celui qui cherche à se soustraire à l’obéissance se soustrait à la grâce ; et celui qui veut posséder seul quelque chose perd ce qui est à tous. Quand on ne se soumet pas volontairement et de bon cœur à son supérieur, c’est une marque que la chair n’est pas encore pleinement assujettie, mais que souvent elle murmure et se révolte. Apprenez donc à obéir avec promptitude à vos supérieurs si vous désirez dompter votre chair. Car l’ennemi du dehors est bien plus vite vaincu quand l’homme n’a pas la guerre au-dedans de soi. L’ennemi le plus terrible et le plus dangereux pour votre âme, c’est vous, lorsque vous êtes divisé en vous-même. Il faut que vous appreniez à vous mépriser sincèrement si vous voulez triompher de la chair et du sang. L’amour désordonné que vous avez encore pour vous-même, voilà ce qui vous fait craindre de vous abandonner sans réserve à la volonté des autres.

2. Est-ce donc cependant un si grand effort que toi, poussière et néant, tu te soumettes à cause de Dieu, lorsque moi le Tout-Puissant, moi le Très-Haut, qui ai tout fait de rien, je me suis soumis humblement à l’homme à cause de toi ? Je me suis fait le plus humble et le dernier de tous afin que mon humilité t’apprît à vaincre ton orgueil. Poussière, apprends à obéir, apprends à t’humilier, terre et limon, à t’abaisser sous les pieds de tout le monde. Apprends à briser ta volonté et à ne refuser aucune dépendance.

3. Enflamme-toi de zèle contre toi-même et ne souffre pas que le moindre orgueil vive en toi ; mais fais-toi si petit et mets-toi si bas que tout le monde puisse marcher sur toi et te fouler aux pieds comme la boue des places publiques. Fils du néant, qu’as-tu à te plaindre ? Pécheur couvert d’ignominie, qu’as-tu à répondre, quelque reproche qu’on t’adresse, toi qui as tant de fois offensé Dieu, tant de fois mérité l’enfer ? Mais ma bonté t’a épargné parce que ton âme a été précieuse devant moi ; mais je ne t’ai point délaissé afin que tu connusses mon amour et que mes bienfaits ne cessassent jamais d’être présents à ton cœur, que tu fusses toujours prêt à te soumettre, à t’humilier et à souffrir les mépris et la patience.