Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Deuxième semaine : connaissance de la Sainte Vierge

Premier Jour
PLACE DE MARIE DANS LE PLAN RÉDEMPTEUR

Entrons avec joie dans cette deuxième semaine, qu’il nous faut employer à la connaissance de la Très Sainte Vierge. Labeur aimable et exaltant, il nous empêche de nous attarder outre mesure face à nos misères. On gagne incomparablement à regarder Marie, la créature la plus aimée de Dieu, et que nous-mêmes, à cause de cela, ne devons pas craindre d’aimer trop.

Si Marie n’est pas aimée autant qu’elle devrait l’être, c’est parce qu’elle n’est pas assez connue. Beaucoup trop de ses enfants ne lui témoignent qu’une dévotion très limitée. Ils l’aimeraient davantage, s’ils possédaient plus de lumière.

Remercions le Père de Montfort de nous avoir donné son Traité marial dont la profonde doctrine nous conduit logiquement à la plus lumineuse manière d’aimer Marie et de nous livrer entièrement à son action maternelle.

Avec lui nous considérerons, en cette première méditation, la place de la Très Sainte Vierge dans le plan divin rédempteur : elle est au centre, avec Jésus et dépendamment de Jésus. Dieu a voulu accomplir l’Incarnation par Marie, et Dieu veut encore accomplir par Marie la sanctification des âmes.

Forts de cette lumière révélatrice, nous nous demanderons quelle place nous-mêmes voulons donner à la Très Sainte Vierge dans notre vie intérieure. Récitons chaque jour, comme la première semaine, les litanies du Saint-Esprit et l’Ave, maris Stella. De plus, il nous est recommandé de dire un rosaire tous les jours ou, du moins un chapelet pour obtenir de l’Esprit-Saint cette grâce de la connaissance de son Épouse Immaculée (VD, n° 229).

I
DIEU A VOULU ACCOMPLIR L’INCARNATION PAR MARIE

Montfort commence par nous montrer les trois Personnes divines fixant sur Marie le choix de leur éternel conseil : « Dieu le Père n’a donné son Unique au monde que par Marie. Quelques soupirs qu’aient poussés les patriarches, quelques demandes qu’aient faites les prophètes et les saints de l’ancienne Loi, pendant des millénaires, pour avoir ce trésor, il n’y a eu que Marie qui l’ait mérité et trouvé grâce devant Dieu (Luc, 1, 30), par la force de ses prières et la hauteur de ses vertus. Le monde était indigne, dit saint Augustin, de recevoir le Fils de Dieu immédiatement des mains du Père ; il l’a donné à Marie, afin que le monde le reçût par elle.

 Dieu le Fils s’est fait homme pour notre salut, mais en Marie (dans son sein virginal) et par Marie (par sa coopération volontaire et aimante).

(C’est pourquoi) Dieu le Saint-Esprit a formé Jésus-Christ en Marie, mais après lui avoir demandé son consentement par un des premiers ministres de sa cour (VD, N° 16).

Quels excès de déférence, pourrait-on dire ! Seule, entre toutes les filles d’Israël, Marie de Nazareth est l’objet des regards divins. Le Père est amoureusement vaincu par ses prières. Le Fils choisit pour s’incarner la voie mariale de préférence à toutes les autres. Le Saint-Esprit n’accomplira pas ce grand œuvre sans avoir obtenu au préalable le consentement de la Vierge. Quelle vue profonde, en ces quelques lignes, de la prédestination de la Vierge ! À côté de Jésus, prédestiné à être le Verbe incarné, Marie, de toute éternité, apparaît prédestinée à être sa Mère, la vraie Mère de Dieu. C’est là une prédestination supérieure à celle de toute créature, d’une supériorité non seulement de degré, mais d’ordre. Quelle magnifique annonce aussi de cette merveille que sera l’union active et continuelle d Jésus et de Marie dans l’œuvre rédemptrice[1] !


Et voici que s’est accompli le mystère :

« Dieu le Père a communiqué à Marie sa fécondité autant qu’une pure créature en était capable, pour lui donner le pouvoir de produire son Fils et tous les membres de son Corps mystique ». La Vierge engendre, dans le temps et selon la nature humaine, le même Fils que le Père engendre éternellement et selon la nature divine. Comme lui, elle peut dire au Verbe incarné : Tu es mon Fils. Le terme des deux générations est le même. Marie participe ainsi à la fécondité du Père, « autant qu’une pure créature en était capable ».

De plus, comme nous le verrons plus longuement, le Verbe incarné, nous venant comme Rédempteur, est inséparable de ses rachetés. Il a donc pris en Marie un Corps mystique, formé de tous ceux qui croiront en lui et voudront vivre de sa vie. C’est pourquoi Marie, intimement associée à lui, produit en même temps le corps physique de Jésus et son Corps mystique. Mystère d’amour insondable.

« Dieu le Fils et descendu dans son sein virginal, comme le nouvel Adam dans son paradis terrestre, pour y prendre ses complaisances et y opérer en cachette des merveilles de grâce ». Quelle surabondance de vie divine son amour filial a-t-il alors déversée en sa sainte Mère immaculée ! « Dieu fait homme a trouvé sa liberté à se voir emprisonné dans son sein ; il a fait éclater sa force à se laisser porter par cette petite fille ; il a trouvé sa gloire et celle de son Père à cacher ses splendeurs à toutes créatures ici-bas pour ne les révéler qu’à Marie. Il a glorifié son indépendance et sa majesté à dépendre de cette aimable Vierge dans sa conception, en sa naissance, en sa présentation au Temple, en sa vie cachée de trente ans, jusqu’à sa mort, où elle devait assister, pour ne faire avec elle qu’un même sacrifice, et pour être immolé par son consentement au Père éternel, comme autrefois Isaac par le consentement d’Abraham à la volonté de Dieu. C’est elle qui l’a allaité, nourri, entretenu, élevé et sacrifié pour nous. Ô admirable et incompréhensible dépendance d’un Dieu ! » (N° 18).

Durant notre troisième semaine, nous méditerons tout à notre aise cette admirable et incompréhensible dépendance de Dieu fait homme. Elle est la cause exemplaire de notre Consécration du Saint Esclavage. Pourrons-nous jamais donner à Marie dans notre vie spirituelle une place aussi grande que celle que lui donne le Verbe incarné à toutes les étapes de sa vie terrestre ?…

« Dieu le Saint-Esprit étant stérile en Dieu, c’est-à-dire produisant point d’autre personne divine, est devenu fécond par Marie qu’il a épousée. C’est avec elle et en elle qu’il a produit son chef-d’œuvre, qui est un Dieu fait homme, et qu’il produit tous les jours jusqu’à la fin du monde, les prédestinés et les membres du corps de ce Chef adorable… » (N° 20).

Le Saint-Esprit étant l’Amour réciproque du Père et du Fils, le lien vivant de leur ardente dilection, soude ainsi, dans l’indivisible unité de la nature divine, la Trinité des Personnes. Mais, par l’entremise de la Très Sainte Vierge dont il veut bien se servir, il exerce sa fécondité hors de la Trinité, en produisant en elle et par elle l’humanité sainte du Verbe incarné et les membres de son Corps mystique. Marie est ainsi appelée l’Épouse de l’Esprit-Saint ; peut-il exister union plus intime ?

Dans sa Prière embrasée, Montfort s’adressant à cet Esprit d’amour du Père et du Fils, lui dira magnifiquement : « Esprit-Saint, souvenez-vous de produire et former des enfants de Dieu, avec votre divine et fidèle Épouse Marie. Vous avez formé le Chef des prédestinés avec elle et en elle ; c’est elle et en elle que vous devez former tous ses membres. Vous n’engendrez aucune personne divine dans la Divinité ; mais c’est vous seul qui formez toutes les personnes divines hors de la Divinité ; et tous les saints, qui ont été et seront jusqu’à la fin du monde, sont autant d’ouvrages de votre amour uni à Marie ».

Si l’on réfléchissait à cette ineffable conduite des trois Personnes divines choisissant Marie pour donner Jésus aux âmes et les unir à lui, comment ne pas reconnaître loyalement qu’aimer Marie de tout notre cœur ne nous empêche nullement de centrer notre vie spirituelle sur la Trinité ? Nous imitons la conduite des trois Personnes divines ; nous donnons à Marie la place que Dieu lui-même a bien voulu lui donner. Notre amour pour elle ne peut s’égarer.

II
DIEU VEUT SANCTIFIER LES ÂMES PAR MARIE

Quant à la sanctification des ames, prolongement de l’Incarnation, Dieu veut encore l’accomplir par la Très Sainte Vierge : Sa conduite ne change et ne changera point jusqu’à la consommation des siècles. C’est pourquoi Montfort nous montre à présent les trois Personnes divines déversant en Marie tout ce qu’elles possèdent, pour que nous-mêmes soyons enrichis par son entremise.

« Dieu le Père a fait un assemblage de toutes les eaux, qu’il a nommé la mer ; il a fait un assemblage de toutes ses grâces, qu’il a appelé Marie. Ce grand Dieu a un trésor très riche, où il a renfermé toute ce qu’il y a de beau, d’éclatant, de rare et de précieux, jusqu’à son propre Fils ; et ce trésor immense n’est autre que Marie, appelée par les saints le trésor du seigneur, de la plénitude duquel les hommes sont enrichis » (N° 23).

 Dès l’instant de sa Conception immaculée, il l’a dotée d’une plénitude de grâce sanctifiante, devant laquelle pâlira la splendeur surnaturelle de tous les anges et de tous les saints. Cette plénitude initiale, qui s’en ira toujours en augmentant, contenait donc déjà « tout ce qu’il y a de beau, d’éclatant, de rare, de précieux », c’est-à-dire toutes les richesses de sanctification, toutes les grâces générales et particulières accordées aux autres créatures, tous ces intérieurs de beauté, de charité, d’héroïsme, toutes ces profondeurs d’amour et de tendresse que nous admirons chez les bien-aimés du Seigneur.

Elle n’a fait cependant que préparer une grâce d’ordre supérieur et spécial à Marie, la grâce unique de la Maternité divine. Le Père, renfermant en Marie « jusqu’à son propre Fils », l’a comblée d’une richesse tellement grande qu’aucune créature ne peut en recevoir une plus grande. La Vierge porte en elle la Personne divine du Verbe incarné. Ce contact avec l’humanité et la divinité de Jésus fait affluer à flots pressés en l’heureuse Mère, dont les dispositions sont si parfaites, une vie surnaturelle pour ainsi dire sans limite. C’est une plénitude de surabondance. L’immensité de la mer – seule comparaison possible – ne nous en donne encore qu’une faible idée.

Marie est donc ce trésor immense du Seigneur où tous les chrétiens, prêtres et fidèles, qui se succéderont sur la terre ; où tous les apôtres, les martyrs, les confesseurs de la foi, les vierges et les saints de tous les temps pourront puiser sans crainte de jamais l’appauvrir. Telle est la volonté très aimante du Père des Cieux.


« Dieu le Fils a communiqué à sa Mère tout ce qu’il a acquis par sa vie et sa mort, ses mérites infinis et ses vertus admirables ; et il l’a faite trésorière de tout ce que son Père lui a donné en héritage. C’est par elle qu’il applique ses mérites à ses membres, qu’il communique ses vertus et distribue ses grâces. C’est son canal mystérieux, son aqueduc par où il fait passer doucement et abondamment ses miséricordes » (N° 24).

Ce rôle de Marie, qui lui est assigné dans la distribution des grâces de la Rédemption est la conséquence du rôle qu’elle a eu dans leur acquisition, Jésus « l’ayant choisie pour la compagne indissoluble de sa vie et de sa mort » (N° 74). Le Sauveur pouvait assurément se passer de tout auxiliaire dans l’œuvre rédemptrice ; mais il lui a plu, et c’était le plan éternel, que la Vierge fût associée à ses douleurs. Un même décret ayant décidé à la fois l’Incarnation et la Maternité divine, le Christ et la Vierge furent inséparables dans l’œuvre de notre salut. Ce que Jésus a mérité de justice, Marie l’a mérité de convenance.

À présent que la Vierge est associée à son triomphe et à sa puissance souveraine, jouissant avec lui de l’héritage céleste, il l’a constituée pour nous trésorière de tous les biens de cet héritage. Aucune application de ses mérites rédempteurs, aucune communication de ses vertus et de ses grâces ne se fait sans Marie. Elle est son canal mystérieux, son aqueduc par où il fait passer doucement (maternellement, pourrait-on dire), et abondamment ses miséricordes, car il ne peut rien refuser aux demandes qu’elle lui fait en faveur des pauvres enfants que nous sommes ; Marie obtient ainsi, comme le dit saint Bernard (Serm. 98), « aux captifs la délivrance, aux malades la guérison, aux affligés la consolation, aux pécheurs le  pardon, aux justes la grâce toujours grandissante ». Les belles prières du Memorare et du Salve, Regina, ont dû jaillir de la méditation de cette doctrine.


« Dieu le Saint-Esprit a communiqué à Marie, sa fidèle Épouse, ses dons ineffables, et il l’a choisie pour la dispensatrice de tout ce qu’il possède ; en sorte qu’elle distribue à qui elle veut, autant qu’elle veut, comme elle veut et quand elle veut, tous ses dons et ses grâces ; car il ne se donne aucun don céleste aux hommes qu’il ne passe par ses mains virginales » (N° 25).

Comment le Saint-Esprit n’aurait-il pas embelli l’âme de Marie de la plénitude de ses dons dès l’instant de sa création ? Cet Esprit d’amour l’a prise aussitôt pour Épouse, devant

« produire en elle et par elle Jésus-Christ et ses membres » (N° 21). C’est pourquoi, au matin de l’Annonciation, l’ange répond à l’interrogation de la Vierge : « le Saint-Esprit va survenir en toi… », comme principe fécondant de cette divine Maternité virginale.

Il était donc déjà venu, dès le premier instant, déposant dans la corbeille de mariage tous les joyaux qu’il possède en tant qu’Esprit sanctificateur : ses dons ineffables et ses grâces de sainteté croissante. Marie, jouissant alors miraculeusement de la science infuse, consentit de tout l’élan de son intelligence et de sa volonté à cette incomparable union d’amour.

Dans la suite, l’Esprit-Saint n’a cessé de l’enrichir, à ce point qu’au jour de la Pentecôte, il a voulu qu’elle fût la dispensatrice visible de ses dons et grâces de sanctification, et des charismes qui les accompagnaient. Par elle, présente au milieu du cénacle, il se répandit dans les Apôtres et dans les fidèles qui composaient alors le berceau de l’Église naissante ;

Depuis ce jour, toutes les sanctifications invisibles, toutes les Pentecôtes qui s’accomplissent dans l’intime des âmes, se font par son action unie à celle de l’Esprit-Saint. Cette union est si grande que Marie peut librement donner à qui elle veut : à une Thérèse de Lisieux comme à un Charles de Foucauld ou à un Alphonse Ratisbonne ; autant qu’elle veut, il n’y a pas de limite à ses largesses : que de grâces de lumière a-t-elle prodiguées à saint Bernard, à saint François de Sales, à saint Louis-Marie de Montfort, et à tant d’autres ; comme elle veut, c’est-à-dire de la manière qu’elle juge la plus efficace pour atteindre et gagner les cœurs, que ce soit par ses apparitions, ses miracles, ou par le sentiment de sa présence en l’âmes docile ; quand elle veut : nous la retrouvons à l’œuvre à toutes les époques de l’Église mais il est manifeste qu’en ces temps qui sont les nôtres, son action s’affirme avec une puissance extraordinaire. Il ne se donne ainsi aucune faveur céleste aux hommes, qui ne passe par ses mains virginales.

Cette adorable conduite des trois divines Personnes à l’égard de Marie, dans l’accomplissement du mystère de l’Incarnation et dans l’œuvre de la sanctification des âmes, nous montre très clairement la PLACE de la Vierge dans le plan rédempteur. De par l’éternelle et miséricordieuse volonté de Dieu, elle est au CENTRE avec Jésus et dépendamment de Jésus. C’est la même place que toutes les âmes chrétiennes devraient lui donner dans leur vie intérieure. Soyons heureux de vouloir la lui donner.

 Le plus grand nombre des fidèles de nos paroisses se contentent de remplir leurs devoirs de chrétiens, sans lui manifester une dévotion spéciale. Désireux d’obéir aux commandements de Dieu et de l’Église, ils veillent à éviter le péché mortel ou, du moins, à recourir au sacrement de Pénitence. Ils prient de temps en temps la Sainte Vierge, principalement les dimanches et les jours de fêtes en assistant aux Offices. Ils la reconnaissent et l’honorent comme la Mère de Dieu ; mais aucun témoignage particulier et personnel ne jaillit de l’âme, aucune flamme de dévotion ne vient éclairer leur route au long des journées, pour marquer un contact reconnaissant avec Celle qui détient toutes les grâces et ne demande qu’à nous les communiquer, selon nos besoins et nos prières. C’est peu lui accorder, et cela faute de lumière.

D’autres fidèles sont attentifs à recourir plus fréquemment à la Très Sainte Vierge. Ils la prient matin et soir, ils aiment réciter son chapelet et même, à certains jours, son Rosaire ainsi que son petit Office. Ils voient venir avec plaisir chacune de ses fêtes, y compris celles qui ne sont pas solennisées. Les mois de mai et d’octobre leur sont des mois de ferveur aimante. Leurs âmes se complaisent dans la lecture d’un livre qui traite des grandeurs de Marie, comme à l’audition d’un sermon qui célèbre l’un ou l’autre de ses mystères. Ils aiment aussi manifester un soin particulier pour ses autels, ses statues et chapelles. Ils fréquentent ses pèlerinages, ses Congrès si possible, en témoignage des sentiments d’estime, d’amour, de confiance et de vénération qu’ils lui portent.

Cette dévotion est celle de nos élites chrétiennes et, à plus forte raison, des âmes religieuses et sacerdotales. Elle est bonne, sainte et louable ; elle accorde à Marie une grande place dans la piété. On peut s’en contenter, et beaucoup s’en contentent.

Il en est cependant qui veulent aller au-delà, car si louable que soit cette manière d’honorer Marie, il faut reconnaître qu’elle ne lui donne qu’une partie du temps, une partie des prières et des bonnes œuvres. On ne peut pas dire que ces pratiques extérieures et transitoires s’harmonisent avec la place données à la Vierge dans le plan divin.

C’est pourquoi, si l’on veut imiter la conduite des trois Personnes divines à l’égard de Marie, il faut aller jusqu’au DON TOTAL de soi et jusqu’à la VIE D’UNION de tous les instants qui en découle. Il faut – et nous le méditerons dans les jours qui suivent – choisir Marie pour la Mère et la Maîtresse de toute notre vie surnaturelle, comme le Verbe incarné l’a choisie pour sa Mère et sa Coopératrice dans l’œuvre de notre salut. Il faut lui remettre entre les mains tout ce qu’il nous est possible de lui donner, sans aucune restriction ni ré&serve ; de même que Dieu le Père lui a communiqué toutes ses grâces, Dieu le Fils tous ses mérites, Dieu le Saint-Esprit tous ses dons ineffables ; bien convaincus que ce que nous donnons est peu de chose en regard de ce qu’ils ont donné.

C’est la CONSÉCRATION à Marie, tant recommandée par le Pape Pie XII, et que lui-même a définie « un don total de soi pour toute la vie et l’éternité ; non pas un don de pure forme ou de pur sentiment, mais un don effectif, réalisé dans l’intensité de vie mariale et chrétienne ». « Cette définition, écrivait Mgr Théas, évêque de Lourdes, s’accorde parfaitement avec la doctrine de saint Louis-Marie de Montfort, et l’on ne saurait mieux répondre au désir de Sa Sainteté qu’en adoptant, pour se consacrer à Marie, la formule de saint Louis-Marie de Montfort ». (Lettre pastorale à l’occasion de notre Année Mariale, janvier 1949.)

 Don total, qui livre à Marie notre personne et tous nos biens, biens de nature et biens de grâce ; qui lui laisse un entier et plein droit d’en disposer selon son bon plaisir, à la plus grande gloire de Dieu, dans le temps et l’éternité. On ne peut aller au-delà, comme nous l’avons vu (6ème jour, première semaine). Ce n’est donc plus une partie du temps, une partie des bonnes œuvres que l’on consacre à la Sainte Vierge. Ce n’est pas seulement une prière, un Souvenez-vous, un chapelet récité chaque soir ; ni un sacrifice, une aumône, un don, offerts à certains jours ; ni un pèlerinage à tel sanctuaire, ni les fêtes de Marie saintement célébrées ; après quoi, on dispose librement de ses heures et de ses actions.

Désormais, il n’y aura plus une prière, un travail, une fatigue, un sacrifice, une souffrance de l’esprit ou des membres, un acte de vertu, une occasion de mérite qui, d’avance, ne lui soit donné, remis, confié, avec la générosité d’un amour sans limite.

Don total qui aboutit à la vie d’union de tous les instants. Ayant choisi Marie pour notre Mère et Maîtresse, nous lui abandonnons la conduite de notre vie spirituelle, lui offrant notre docilité, une dépendance aimée, jamais interrompue. Comme elle a formé Jésus-Christ, notre Chef, elle nous formera ses membres bien vivants et ressemblants. De la sorte, nous lui donnons véritablement la place centrale qui lui revient, en conformité avec le plan divin intégral de notre rédemption et de notre sanctification.

Cette Consécration est offerte au libre choix de chacun. On ne l’impose pas ; mais elle s’impose d’elle-même, quand la lumière a brillé sur une âme droite et généreuse, qui a compris qu’elle ne mettra jamais trop la Sainte Vierge dans sa vie intérieure. Aussi, dans toutes les familles religieuses comme dans tous les diocèses du monde, des âmes l’accueillent avec reconnaissance et joie. C’est une question de sanctification personnelle. Aucune limite ne peut être assignée en ce domaine.

Avançons avec confiance dans notre Préparation.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Luc, chap. 1, 1 à 25 : L’ange Gabriel vient annoncer la naissance du Précurseur.
TRAITÉ de la Vraie Dévotion, N° 1 à 13 : Le Règne de Jésus par Marie.

Évangile

Saint Luc ch. 1

Plusieurs ayant entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement et sont devenus des ministres de la parole, il m’a aussi semblé bon, après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit d’une manière suivie, excellent Théophile, afin que tu reconnaisses la certitude des enseignements que tu as reçus.

Du temps d’Hérode, roi de Judée, il y avait un sacrificateur, nommé Zacharie, de la classe d’Abia ; sa femme était d’entre les filles d’Aaron, et s’appelait ElisabethTous deux étaient justes devant Dieu, observant d’une manière irréprochable tous les commandements et toutes les ordonnances du SeigneurIls n’avaient point d’enfants, parce qu’Elisabeth était stérile ; et ils étaient l’un et l’autre avancés en âge.

Or, pendant qu’il s’acquittait de ses fonctions devant Dieu, selon le tour de sa classe, il fut appelé par le sort, d’après la règle du sacerdoce, à entrer dans le temple du Seigneur pour offrir le parfumToute la multitude du peuple était dehors en prière, à l’heure du parfumAlors un ange du Seigneur apparut à Zacharie, et se tint debout à droite de l’autel des parfumsZacharie fut troublé en le voyant, et la frayeur s’empara de luiMais l’ange lui dit : Ne crains point, Zacharie ; car ta prière a été exaucéeTa femme Elisabeth t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de JeanIl sera pour toi un sujet de joie et d’allégresse, et plusieurs se réjouiront de sa naissanceCar il sera grand devant le SeigneurIl ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et il sera rempli de l’Esprit-Saint dès le sein de sa mère ; il ramènera plusieurs des fils d’Israël au Seigneur, leur Dieu ; il marchera devant Dieu avec l’esprit et la puissance d’Elie, pour ramener les cœurs des pères vers les enfants, et les rebelles à la sagesse des justes, afin de préparer au Seigneur un peuple bien disposé.

Zacharie dit à l’ange : A quoi reconnaîtrai-je cela ? Car je suis vieux, et ma femme est avancée en âgeL’ange lui répondit : Je suis Gabriel, je me tiens devant Dieu ; j’ai été envoyé pour te parler, et pour t’annoncer cette bonne nouvelleEt voici, tu seras muet, et tu ne pourras parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, parce que tu n’as pas cru à mes paroles, qui s’accompliront en leur temps.

Cependant, le peuple attendait Zacharie, s’étonnant de ce qu’il restait si longtemps dans le templeQuand il sortit, il ne put leur parler, et ils comprirent qu’il avait eu une vision dans le temple ; il leur faisait des signes, et il resta muetLorsque ses jours de service furent écoulés, il s’en alla chez lui.

Quelque temps après, Elisabeth, sa femme, devint enceinteElle se cacha pendant cinq mois, disant : C’est la grâce que le Seigneur m’a faite, quand il a jeté les yeux sur moi pour ôter mon opprobre parmi les hommes.

Traité de la Vraie Dévotion

C’est par la Très Sainte Vierge Marie que Jésus-Christ est venu au monde, et c’est aussi par elle qu’il doit régner dans le monde.

Marie a été très cachée dans sa vie : c’est pourquoi elle est appelée par le Saint-Esprit et l’Église Alma Mater : Mère cachée et secrèteSon humilité a été si profonde qu’elle n’a point eu sur la terre d’attrait plus puissant et plus continuel que de se cacher à elle-même et à toute créature, pour n’être connue que de Dieu seul.

Dieu, pour l’exaucer dans les demandes qu’elle lui fit de la cacher, appauvrir et humilier, a pris plaisir à la cacher dans sa conception, dans sa naissance, dans sa vie, dans ses mystères, dans sa résurrection et assomption, à l’égard de presque toute créature humaineSes parents mêmes ne la connaissaient pas ; et les anges se demandaient souvent les uns aux autres : Quae est ista ? Qui est celle-là ? Parce que le Très-Haut la leur cachait ; ou, s’il leur en découvrait quelque chose, il leur en cachait infiniment davantage.

Dieu le Père a consentit qu’elle ne fit point de miracle dans sa vie, du moins qui éclatât, quoiqu’il lui en eût donné la puissanceDieu le Fils a consenti qu’elle ne parlât presque point, quoiqu’il lui eût communiqué sa sagesseDieu le Saint-Esprit a consenti que ses Apôtres et ses Évangélistes n’en parlassent que très peu et qu’autant qu’il était nécessaire pour faire connaître Jésus-Christ, quoiqu’elle fût son Épouse fidèle.

Marie est l’excellent chef-d’œuvre du Très-Haut, dont il s’est réservé la connaissance et la possessionMarie est la Mère admirable du Fils, qu’il a pris plaisir à humilier et à cacher pendant sa vie, pour favoriser son humilité, la traitant du nom de femme, mulier, comme une étrangère, quoique dans son cœur il l’estimât et l’aimât plus que tous les anges et les hommesMarie est la fontaine scellée et l’Épouse fidèle du Saint-Esprit, où il n’y a que lui qui entreMarie est le sanctuaire et le repos de la Sainte-Trinité, où Dieu est plus magnifiquement et divinement qu’en aucun lieu de l’univers, sans excepter sa demeure sur les chérubins et les séraphins ; et il n’est pas permis à aucune créature, quelque pure qu’elle soit, d’y entrer sans un grand privilège.

Je dis avec les saints : La divine Marie est le paradis terrestre du nouvel Adam, où il s’est incarné par l’opération du Saint-Esprit, pour y opérer des merveilles incompréhensiblesC’est le grand et le divin monde de Dieu, où il y a des beautés et des trésors ineffablesC’est la magnificence du Très-Haut, où il a caché, comme dans son sein, son Fils unique, et en lui tout ce qu’il y a de plus excellent et précieuxOh ! oh ! que de choses grandes et cachées ce Dieu puissant a faites en cette créature admirable, comme elle est elle-même obligée de le dire, malgré son humilité profonde : Fecit mihi magna qui potens estLe monde ne les connaît pas, parce qu’il en est incapable et indigne.

Les saints ont dit des choses admirables de cette sainte cité de Dieu ; et ils n’ont jamais été plus éloquents et plus contents, comme ils l’avouent eux-mêmes, que quand ils en ont parléAprès cela, ils s’écrient que la hauteur de ses mérites, qu’elle a élevés jusqu’au trône de la Divinité, ne se peut apercevoir ; que la largeur de sa charité, qu’elle a plus étendue que la terre, ne se peut mesurer ; que la grandeur de sa puissance, qu’elle a jusque sur un Dieu même, ne se peut comprendre ; et, enfin, que la profondeur de son humilité et de toutes ses vertus et ses grâces, qui sont un abîme, ne se peut sonderO hauteur incomprèhensible ! O largeur ineffable ! O grandeur démesurée ! O abîme impénétrable !

Tous les jours, d’un bout de la terre à l’autre, dans le plus haut des cieux, dans le plus profond des abîmes, tout prêche, tout publie l’admirable MarieLes neuf chœurs des anges, les hommes de tous sexes, âges, conditions, religions, bons et mauvais, jusqu’aux diables, sont obligés de l’appeler bienheureuse, bon gré, mal gré, par la force de la véritéTous les anges dans les cieux lui crient incessamment, comme dit saint Bonaventure : Sancta, sancta, sancta Maria, Dei Genitrix et Virgo ; et lui offrent millions de millions de fois tous les jours la Salutation des anges : Ave, Maria, etc., en se prosternant devant elle, et lui demandant pour grâce de les honorer de quelques-uns de ses commandementsJusqu’à saint Michel [qui], dit saint Augustin, quoique le prince de toute la cour céleste, est le plus zélé à lui rendre et à lui faire rendre toutes sortes d’honneurs, toujours en attente pour avoir l’honneur d’aller, à sa parole, rendre service à quelqu’un de ses serviteurs.

Toute la terre est pleine de sa gloire, particulièrement chez les chrétiens où elle est prise pour tutélaire et protectrice en plusieurs royaumes, provinces, diocèses et villesPlusieurs cathédrales consacrées à Dieu sous son nomPoint d’église sans autel en son honneur : point de contrée ni canton où il n’y ait quelqu’une de ses images miraculeuses, où toutes sortes de maux sont guéris et toutes sortes de biens obtenusTant de confréries et congrégations en son honneur ! tant de religions sous son nom et sa protection ! tant de confrères et de sœurs de toutes les confréries et tant de religieux et religieuses de toutes les religions qui publient ses louanges et qui annoncent ses miséricordes ! Il n’y a pas un petit enfant qui, en bégayant l’Ave Maria, ne la loue ; il n’y a guère de pécheurs qui, en leur endurcissement même, n’aient en elle quelque étincelle de confiance ; il n’y a pas même de diable dans les enfers qui, en la craignant, ne la respecte.

Après cela, il faut dire, en vérité, avec les saints : De Maria nunquam satisOn n’a point encore assez loué, exalté, honoré, aimé et servi MarieElle mérite encore plus de louanges, de respects, d’amours et de services.

Après cela, il faut dire avec le Saint-Esprit : Omnis gloria ejus filiæ Regis ab intus : Toute la gloire de la fille du Roi est au dedans : comme si toute la gloire extérieure que lui rendent à l’envi toute la terre n’était rien, en comparaison de celle qu’elle reçoit au-dedans par le Créateur, et qui n’est point connue des petites créatures, qui ne peuvent pénétrer le secret des secrets du Roi.

Après cela, il faut nous écrier avec l’Apôtre : Nec oculus vidit, nec aures audivit, nec in cor hominis ascendit : Ni l’œil n’a pas vu, ni l’oreille n’a entendu, ni le cœur de l’homme n’a compris les beautés, les grandeurs et excellences de Marie, le miracle des miracles de la grâce, de la nature et de la gloireSi vous voulez comprendre la Mère, dit un saint, comprenez le FilsC’est une digne Mère de Dieu : Hic taceat omnis lingua : Que toute langue demeure muette ici.

Mon cœur vient de dicter tout ce que je viens d’écrire, avec une joie particulière, pour montrer que la divine Marie a été inconnue jusqu’ici, et que c’est une des raisons pourquoi Jésus-Christ n’est point connu comme il doit êtreSi donc, comme il est certain, la connaissance et le règne de Jésus-Christ arrivent dans le monde, ce ne sera qu’une suite nécessaire de la connaissance et du règne de la Très Sainte Vierge Marie, qui l’a mis au monde la première fois et le fera éclater la seconde.


[1] Voir le commentaire du Traité de la vraie Dévotion, par le P. Plessis, Montfortain (N° 16).