Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Deuxième semaine : connaissance de la Sainte Vierge

Sixième Jour
MÈRE TOUJOURS PRÉSENTE

Nous avons suivi notre guide spirituel faisant découler de la Maternité de grâce de Marie sa Souveraineté en l’intime des âmes. Il est évident, disait-il que la Vierge, indissolublement associée aux trois Personnes divines dans l’œuvre quotidienne de notre sanctification, « a reçu de Dieu une grande domination dans les âmes des élus » (N° 37).

Mère des prédestinés, elle doit être aussi leur Maîtresse ou Souveraine. « Par une grâce singulière du Très-Haut », elle a le pouvoir de les conduire et gouverner, depuis le moment de leur conception dans la grâce jusqu’à celui de leur enfantement à la gloire, c’est-à-dire de les former membres parfaits du Christ, et de les introduire dans la vie éternelle où elle demeure plus que jamais leur Reine.

Ce pouvoir implique, non pas seulement le droit de simple entrée en notre intérieur, mais plus encore celui d’une possession permanente et opérante, et donc de présence continuelle. C’est la PRÉSENCE D’ACTION de Marie au plus intime de nos puissances. Son action maternelle accompagne l’action divine de l’Esprit-Saint, portée qu’elle est par cette dernière.

Saint Louis-Marie de Montfort nous explique d’une manière imagée cette présence maternelle, en décrivant les BONS OFFICES que rend Marie à ses fidèles esclaves, selon l’histoire biblique de Rébecca prenant un soin particulier de son fils Jacob, figure des prédestinés. Il rappelle d’abord cette histoire et son interprétation aux N° 183 à 200 de sont Traité, insistant sur l’amour de Jacob pour Rébecca, image de l’amour des prédestinés pour Marie. Puis, il s’étend avec complaisance sur les bons Offices que la Sainte Vierge, comme la meilleure de toutes les mères, procure à ses esclaves d’amour au temps de leur Consécration et dans la suite. (N° 201 à 212).

Avec lui, nous allons considérer ces différents bons offices, recommandant toutefois de lier et méditer les numéros qui précèdent, surtout ceux qui expliquent la conduite de piété filiale que gardent tous les jours les prédestinés envers Marie (N° 196 à 200).

Invoquons l’Esprit-Saint et son Épouse immaculée. Veni, sancte Spiritus ! Ave, marisStella.

I
LES SOINS DE MARIE ENVERS NOUS AVANT ET PENDANT NOTRE CONSÉCRATION

Au temps de la préparation et de l’émission de leur consécration, Marie ne cesse d’entourer de son amour ses esclaves fidèles.

Elle les aime, « parce qu’elle est leur Mère véritable », les ayant engendrés à la vie de la grâce au baptême.

Elle les aime, d’autant qu’ils l’ont eux-mêmes choisie pour leur Mère et Maîtresse, et qu’ils veulent se consacrer entièrement à elle, reconnaissant ainsi non seulement leur filiation mariale, mais encore leur état de totale appartenance. Marie leur en sait gré, et ne leur témoigne que plus d’affection. Elle voit en eux ses enfants toujours soumis et dépendants, les prédestinés que Dieu aime : Jacob dilexi (Rom. 9, 13).

« Elle les aime tendrement, et plus tendrement que toutes les mères ensemble. Mettez, si vous le pouvez, tout l’amour naturel que les mères du monde entier ont pour leurs enfants dans le cœur d’une mère pour un enfant unique ; certainement, cette mère aimera beaucoup cet enfant. Cependant, il est vrai que Marie aime encore plus tendrement ses enfants que cette mère n’aimerait le sien » (N° 202).

Réfléchissons à la délicatesse exquise, à la tendresse incomparable de son Cœur d’immaculée, à sa force d’âme de Mère corédemptrice. Nous lui avons coûté tant de souffrances…

« Elle les aime, non pas seulement avec affection, mais d’une manière efficace. Son amour pour eux est actif et effectif, comme celui et bien plus que celui de Rébecca pour Jacob », tant elle désire leur obtenir la bénédiction du Père céleste que Jésus leur a méritée (N° 202). Pour attirer sur eux ce suprême bienfait :

1° « Elle épie, comme Rébecca, les occasions favorables de leur faire du bien ». Comme elle voit tout en Dieu dans la lumière de la vision béatifique, son amour dispose de loin les choses pour exempter ses serviteurs de toutes sortes de maux et les combler de toutes sortes de biens. Elle gère elle-même leurs intérêts (N° 203).

2° « Elle leur donne de bons conseils », comme Rébecca à Jacob : Fili mi, acquiesce consiliis meis : Mon fils, suivez mes conseils (Gen. X17, 8). Et, entre autres conseils, celui de lui apporter deux chevreaux, c’est-à-dire leur corps et leur âme, et de les lui consacrer pour les rendre agréables à Dieu ; celui aussi de faire tout ce que Jésus-Christ, son Fils, a enseigné par ses paroles et ses exemples. Si ce n’est pas toujours par elle-même, par ses inspirations, qu’elle leur donne ces conseils au moyen des grâces actuelles dont elle dispose, c’est par le ministère des anges, qui n’ont pas de plus grand bonheur que d’obéir à ses commandements. Que de fois il nous arrive de sentir très visiblement les illuminations des bons anges (N° 204).

3° « Quand on lui a apporté et consacré son corps et son âme avec tout ce qui en dépend, sans rien excepter, que fait cette bonne Mère ? Ce que fit autrefois Rébecca aux deux chevreaux que lui apporta Jacob : elle les tue et fait mourir à la vie du vieil Adam ; elle les écorche et dépouille de leur peau naturelle, de leurs inclinations naturelles, de leur amour-propre et propre volonté, et de toute attache à la créature ; elle les purifie de leurs taches, ordures et péchés ; elle les apprête au goût de Dieu et à sa plus grande gloire. Comme il n’y a qu’elle qui connaît parfaitement ce goût divin et cette plus grande gloire, il n’y a qu’elle aussi qui, sans se tromper, peut accommoder et apprêter notre corps et notre âme à ce goût infiniment relevé et à cette gloire infiniment cachée » (N° 205). Elle conduit de la sorte à son perfectionnement le labeur de notre première semaine.

 4° Ensuite, pour les rendre encore plus dignes de paraître devant le Père céleste, Marie ne se contente pas de dépouiller ses fidèles esclaves de leurs vieux habits, les haillons du péché, et de les laver des souillures contractées ; mais « elle les revêt des habits propres, neufs, précieux et parfumés de Jésus-Christ, qu’elle garde dans sa maison, c’est-à-dire qu’elle a dans sa puissance, étant la trésorière et la dispensatrice universelle et éternelle des mérites et des vertus de son Fils, qu’elle donne et communique à qui elle veut, quand elle veut, comme elle veut et autant qu’elle veut » (N° 206), ainsi que nous l’avons vu dans notre méditation du troisième Jour.

« Elle entoure le cou et les mains de ses esclaves des peaux des chevreaux tués et écorchés ; c’est-à-dire elle les orne des mérites et de la valeur de leurs propres actions. Elle tue et mortifie, à la vérité, tout ce qu’il y a d’impur et d’imparfait en leurs personnes ; mais elle ne perd et ne dissipe pas tout le bien que la grâce y a fait ; elle le garde et l’augmente pour en faire l’ornement et la force de leur cou et de leurs mains, c’est-à-dire pur les fortifier à porter le joug du Seigneur, qui se porte sur le cou, et à opérer de grands choses pour la gloire de Dieu et le salut de leurs pauvres frères » (N° 206). Il s’en faut que tout soit mauvais en eux. Leurs bonnes œuvres sont excellentes, du moins après avoir été purifiées par Marie ; et cette bonne Mère s’en prévaut pour leur obtenir plus facilement la bénédiction divine. Elle montre à Dieu le cou de ses esclaves habitués à porter le joug du Seigneur, et leurs mains durcies aux pénibles labeurs que la volonté divine imposait[1].

Après quoi, Marie « donne un nouveau parfum et une nouvelle grâce à ces habits et ornements en leur communiquant ses propres habits, c’est-à-dire ses mérites et ses vertus » : ses mérites, puisqu’elle a mérité pour nous de convenance tout ce que son Fils a mérité en stricte justice ; ses vertus, selon le mandat qu’elle a reçu de l’Esprit-Saint (voir notre troisième Jour). « En sorte que tous ses domestiques (c’est-à-dire tous les gens de sa maison), tous ses fidèles serviteurs et esclaves sont doublement vêtus des habits de son Fils et des siens propres : Omnes domestici ejus vestiti sunt duplicibus (Prov. XXX, 21). C’est pourquoi ils n’ont rien à craindre du froid de Jésus-Christ, blanc comme la neige, que les réprouvés, tout nus et dépouillés des mérites de Jésus-Christ et de la Sainte Vierge ne pourront soutenir » (N° 206).

Au jugement général, Jésus-Christ, resplendissant de blancheur, et cherchant l’éclat de cette blancheur dans les âmes, ne les regardera pas avec froideur comme il regardera avec froideur les réprouvés. Ces derniers, nus et dépouillés, ne pourront supporter la rigueur de ce regard glacial du Juge suprême ; tandis que les prédestinés, revêtus du double vêtement que Marie leur a préparé, offriront aux yeux du divin Maître l’image de sa propre sainteté et de la sainteté de sa Mère.

5° « Elle leur fait enfin obtenir la bénédiction du Père céleste », à laquelle, seul, Notre-Seigneur a droit, étant seul son Fils par nature, quand nous ne sommes ses enfants que par grâce. « Avec ces habits tout neufs, très précieux et de très bonne odeur ; avec leur corps et leur âme bien préparés et apprêtés, ils s’approchent en toute confiance du lit de repos de leur Père céleste. Celui-ci entend et distingue leur voix, qui est celle de Jacob ; il touche leurs mains couvertes de peaux, il sent la bonne odeur de leurs habits ; il mange avec joie de ce que Marie, leur Mère, lui a apprêté ; et reconnaissant en eux le mérites et le parfum de son Fils et de sa sainte Mère :

« 1) Il leur donne sa double bénédiction : bénédiction de la rosée du Ciel, c’est-à-dire de la grâce divine qui est la semence de la gloire ; bénédiction de la graisse de la terre, c’est-à-dire de l’assurance du pain quotidien et une suffisante abondance des biens d’ici-bas.

« 2) Il les rend maîtres de leurs frères, les réprouvés : primauté véritable, bien qu’elle ne paraisse pas toujours dans ce monde, où souvent les réprouvés dominent ; mais elle se manifestera pleinement dans l’autre monde et pour toute l’éternité…

3) Non content de les bénir eux-mêmes, en leurs personnes et en leurs biens, il bénit encore tous ceux qui les béniront, et maudit tous ceux qui les maudiront et persécuteront » (N° 207).

Tel est l’amour efficace de Marie envers ses esclaves fidèles. C’est une présence maternelle toujours en éveil et toujours en action : elle prend les devants et sollicite notre docilité. Aussi, notre meilleure joie doit être d’obéir à cette Mère aimante et de demeurer en sa compagnie, travaillant sous son regard et nous entretenant avec elle. Car, Montfort va nous le dire, nous continuons d’être l’objet de sa prédilection et de ses prévenances.

II
LES SOINS DE MARIE APRÈS NOTRE CONSÉXXRATION

Après leur consécration, la Très Sainte Vierge ne cesse de prodiguer ses bons offices a ses esclaves d’amour.

Elle les entretient de tout pour le corps et pour l’âme. Pour le corps, elle leur assure, avec le pain quotidien, une suffisante abondance des biens d’ici-bas, comme nous venons de le voir. Pour l’âme, elle leur donne à manger le Pain eucharistique, ce Pain de vie qui est son Pain, celui qu’elle a formé et préparé pour nous ; elle leur donne à boire le vin qu’elle leur a mêlé avec le lait de ses mamelles. « Venez, leur dit-elle, mangez mon pain, et buvez le vin que je vous ai mêlé »(Prov. 9, 5). Marie nourrit ainsi ses enfants de sa propre substance qu’elle a communiquée au Fils de Dieu. L’Eucharistie nous livre cette chair et ce sang que Jésus tient uniquement de sa Mère. Quelle saveur virginale renferme notre Hostie ! Sainte Thérèse de Lisieux s’en imprégnait l’âme : « Ma blanche Hostie est le lait virginal » disait-elle dans l’un de ses petits poèmes. Le Fils de Dieu, entre les bras de la Vierge, attaché aux mamelles de la Vierge, tout entier c’est un lait.

De plus, comme Marie est la Trésorière et la Dispensatrice des dons et des grâces du Très-Haut, elle en réserve une bonne portion, et la meilleure, pour entretenir ses enfants et esclaves. Ceux-ci « sont vraiment portés à la mamelle », selon la parole du prophète Isaïe (Is 66, 12). Ils ont tant de facilité à porter le joug du Seigneur, qu’ils n’en sentent presque pas la pesanteur, à cause de l’onction de suavité dont elle l’embaume pour le leur rendre doux et léger (N° 208). Présence de prédilection très marquée.

2° Marie conduit et dirige ses esclaves d’amour. Même avançant en âge, ceux-ci veulent toujours ressembler au petit Jacob qui recourait aux lumières de sa mère Rebecca. Cette confiance filiale provoque et facilite l’intervention de Marie aux moments opportuns. Aussi, de même que Rebecca donnait de temps en temps de bons conseils à Jacob, soit pour attirer sur lui la bénédiction de son père, soit pour éviter la haine et la persécution de son  frère, de même la Très Sainte Vierge éclaire et dirige pour leur plus grand bien ceux qui réclament ses bons avis.

Etoile de la mer, elle les conduit tous à bon port, en leur montrant la voie à suivre et leur faisant éviter les passages dangereux. Elle les conduit par la main dans les sentiers de la justice : elle les soutient quand ils sont prêts de tomber : elle les relève quand ils sont tombés ; elle les reprend en mère charitable quand ils manquent ; et quelquefois même, elle les châtie amoureusement.

Un enfant obéissant à Marie, sa directrice éclairée, peut-il s’égarer dans les chemins de l’éternité ? « En la suivant, dit saint Bernard [2], vous ne vous égarez point. » Il ne peut se laisser prendre ni aux illusions du malin esprit, ni aux finesses trompeuses des hérétiques : « Si Marie vous soutient, vous ne tomberez pas » (N° 209).

Précédemment, au N° 167, Montfort avait même reconnu qu’il pourrait arriver à cet enfant obéissant « d’errer matériellement, quoique plus difficilement qu’à un autre ; mais, ajoutait-il, tôt ou tard, il reconnaîtra son erreur matérielle ; et quand il la connaîtra, il ne s’opiniâtrera en aucune manière à croire et à soutenir ce qu’il avait cru véritable ». Que de fois on aura pu constater la véracité de cette assertion, à propos de condamnations portées par l’Église. Ô bienheureuse sécurité que nous vaut cette présence éclairée !

3° Marie défend et protège ses esclaves d’amour contre leurs ennemis. « Rebecca, par ses soins et ses industries, délivra Jacob de tous les dangers où il se trouva, et particulièrement de la mort que son frère Esaü lui aurait apparemment donnée par la haine et l’envie qu’il lui portait, comme autrefois Caïn à son frère Abel ». Elle sépara les deux frères, en envoyant Jacob e Chaldée, chez son oncle Laban, tant que durerait la colère d’Esaü.

Ainsi, Marie, la bonne Mère des prédestinés, protège ses fidèles enfants et esclaves qui sont souvent, ici-bas, en butte à la haine et à la persécution des réprouvés. « Elle les cache sous les ailes de sa protection, comme une poule ses poussins ; elle parle, elle s’abaisse à eux, elle condescend à toutes leurs faiblesses. Pour les garantir de l’épervier et du vautour, elle se met autour d’eux, et les accompagne comme une armée rangée en bataille : ut castrorum acies ordinata (Cant. 6, 3). Que pourrait craindre un homme de ses ennemis, s’il était entouré d’une armée bien rangée de cent mille soldats ? Un fidèle serviteur de Marie, entouré de sa protection et de sa puissance impériale, a encore moins à craindre. S’il le fallait, cette bonne Mère et Princesse puissante dépêcherait plutôt des bataillons de millions d’anges pour secourir un de ses serviteurs, qu’il fût jamais dit qu’un fidèle serviteur de Marie, qui s’est confié à elle, a succombé à la malice, au nombre et à la force de ses ennemis » (N° 210).

Pour ne citer qu’un exemple très proche, combien de missionnaires en Chine, légionnaires et esclaves de Marie, après avoir souffert, durant des mois et même des années, de la part des communistes, des traitements atroces, ont pu, comme par miracle, regagner leur patrie et se montrer les héroïques témoins du Christ ! Présence affectueuse et puissamment défensive.

Enfin, Marie intercède pour ses fidèles esclaves auprès de son Fils. « Après les avoir comblés de ses faveurs et leur avoir obtenu la bénédiction du Père céleste, elle les unit

Jésus-Christ d’un lien très intime et les conserve dans cette union. Elle les garde et elle veille toujours, de peut qu’ils ne perdent la grâce de Dieu et ne tombent dans les pièges de leurs ennemis », comme nous l’avons vu au cinquième Jour de notre première semaine. Ainsi Marie les fait persévérer jusqu’à la fin (N° 212). Cette grâce de la persévérance finale dans l’union à Jésus-Christ est « le plus grand bien que Marie procure à ses fidèles esclaves » (N° 211).


Telle est l’efficacité de sa toute-puissante intercession : elle suppose évidemment, de même que les autres bons Offices mentionnés, une continuelle imitation des vertus de Marie, ce que Montfort appelle garder les voies de la Très Sainte Vierge, s’appuyant sur une parole de la Sagesse au livre des Proverbes (8, 32) : Bienheureux ceux qui gardent mes voies. C’est en cela, dit-il, que les esclaves d’amour de Marie « sont vraiment heureux et qu’ils portent la marque infaillible de leur prédestination.

« Ils sont heureux dans ce monde, pendant leur vie, par l’abondance des grâces et des douceurs qu’elle leur communique de sa plénitude, et plus abondamment qu’aux autres qui ne l’imitent pas de si près.

« Ils sont heureux dans leur mort, qui est douce et tranquille, et à laquelle Marie assiste ordinairement, pour les conduire elle-même dans les joies du Paradis.

« Enfin, ils seront heureux dans l’éternité, parce que jamais aucun de ses bons serviteurs, qui a imité ses vertus pendant sa vie, n’a été perdu » (N° 200).

La Très Sainte Vierge leur demeure cette « aide très présente » : adjutrix praesentissima, que nous invoquons dans la Petite Couronne (12ème Etoile). Redisons-lui donc avec Montfort : « Ô Sainte Vierge, ma bonne Mère, qu’heureux sont ceux, je le répète avec les transports de mon cœur, qu’heureux sont ceux et celles qui gardent fidèlement vos voies, vos conseils et vos ordres ! » (N° 200).

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Luc, chap. 2, 21 à 39 : Présentation de Jésus au Temple.

TRAITÉ de la Vraie Dévotion , N° 218 à 225 : Les fruits merveilleux de la Parfaite Consécration (suite).

Évangile
Présentation de Jésus au Temple

Le huitième jour, auquel l’enfant devait être circoncis, étant arrivé, on lui donna le nom de Jésus, que l’ange avait indiqué avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.

Quand les jours de la purification de Marie furent accomplis, selon la loi de Moïse, ils le portèrent à Jérusalem, pour le présenter au Seigneur, selon qu’il est prescrit dans la loi du Seigneur : Tout enfant mâle premier-né sera consacré au Seigneur ; et pour offrir en sacrifice, selon qu’il est prescrit dans la loi du Seigneur, deux tourterelles, ou deux petits de colombes.

Et voici qu’il y avait à Jérusalem un homme appelé Siméon, et cet homme était juste et craignant Dieu, et il attendait la consolation d’Israël, et l’Esprit-Saint était en lui. Et il lui avait été révélé par l’Esprit-Saint qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur. Il vint au temple, poussé par l’Esprit de Dieu. Et comme les parents de l’enfant Jésus l’apportaient, afin d’accomplir pour lui ce que la loi ordonnait, il le prit entre ses bras, et bénit Dieu, et dit :

Maintenant, Seigneur, vous laisserez votre serviteur s’en aller en paix, selon votre parole
puisque mes yeux ont vu le salut qui vient de vous
que vous avez préparé à la face de tous les peuples :
lumière pour éclairer les nations, et gloire d’Israël votre peuple.

Son père et sa mère étaient dans l’admiration des choses qu’on disait de lui.

Et Siméon les bénit, et dit à Marie sa mère : Voici que cet enfant est établi pour la ruine et pour la résurrection d’un grand nombre en Israël, et comme un signe qui excitera la contradiction, et, à vous-même, un glaive vous percera l’âme, afin que les pensées de cœurs nombreux soient dévoilées.

Il y avait aussi une prophétesse, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser ; elle était très avancée en âge, et elle avait vécu sept ans avec son mari depuis sa virginité. Elle était veuve alors, et âgée de quatre-vingt-quatre ans ; elle ne s’éloignait pas du temple, servant Dieu jour et nuit dans les jeûnes et les prières. Elle aussi, étant survenue à cette même heure, elle louait le Seigneur, et parlait de lui à tous ceux qui attendaient la rédemption d’Israël.

Après qu’ils eurent tout accompli selon la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, à Nazareth, leur ville.

Traité de la Vraie dévotion à Marie
Les fruits merveilleux de la Parfaite Consécration (suite)

Transformation des âmes en Marie à l’image de Jésus-Christ

6 Si Marie, qui est l’arbre de vie, est bien cultivée en votre âme par la fidélité aux pratiques de cette dévotion, elle portera son fruit en son temps ; et ce fruit n’est autre que Jésus-Christ. Je vois tant de dévots et dévotes qui cherchent Jésus-Christ, les uns par une voie et une pratique, les autres par l’autre ; et souvent après qu’ils ont beaucoup travaillé pendant la nuit, ils peuvent dire : Per totam noctem laborantes, nihil cepimus : Quoique nous ayons travaillé pendant toute la nuit, nous n’avons rien pris. Et on peut leur dire : Laborastis multum, et intulistis parum : Vous avez beaucoup travaillé, et vous avez peu gagné. Jésus-Christ est encore bien faible chez vous. Mais par la voie immaculée de Marie et cette pratique divine que j’enseigne, on travaille pendant le jour, on travaille dans un lieu saint, on travaille peu. Il n’y a point de nuit en Marie, puisqu’il n’y a point eu de péché ni même la moindre ombre. Marie est un lieu saint, et le Saint des saints, où les saints sont formés et moulés.

 Remarquez, s’il vous plait, que je dis que les saints sont moulés en Marie. Il y a une grande différence entre faire une figure en relief, à coups de marteau et de ciseau, et faire une figure en la jetant en moule : les sculpteurs et statuaires travaillent beaucoup à faire les figures dans la première manière, et il leur faut beaucoup de temps ; mais à les faire dans la seconde manière, ils travaillent peu et les font en fort peu de temps. Saint Augustin appelle la Sainte Vierge forma Dei : le moule de Dieu : Si formam Dei te appellem, digna existis : le moule propre à former et mouler des dieux. Celui qui est jeté dans ce moule divin est bientôt formé en Jésus-Christ, et Jésus-Christ en lui : à peu de frais et en peu de temps, il deviendra dieu, puisqu’il est jeté dans le même moule qui a formé un Dieu. 

 Il me semble que je puis fort bien comparer des directeurs et personnes dévotes qui veulent former Jésus-Christ en soi ou dans les autres par d’autres pratiques que celle-ci, à des sculpteurs qui, mettant leur confiance dans leur savoir-faire, leurs industries et leur art, donnent une infinité de coups de marteau et de ciseau à une pierre dure, ou une pièce de bois mal polie, pour en faire l’image de Jésus-Christ ; et quelquefois ils ne réussissent pas à exprimer Jésus-Christ au naturel, soit faute de connaissance et d’expérience de la personne de Jésus-Christ, soit à cause de quelque coup mal donné, qui a gâté l’ouvrage. Mais, pour ceux qui embrassent ce secret de la grâce que je leur présente, je les compare avec raison à des fondeurs et mouleurs qui, ayant trouvé le beau moule de Marie, où Jésus-Christ a été naturellement et divinement formé, sans se fier à leur propre industrie, mais uniquement à la bonté du moule, se jettent et se perdent en Marie pour devenir le portrait au naturel de Jésus-Christ.

 O la belle et véritable comparaison ! Mais qui la comprendra ? Je désire que ce soit vous, mon cher frère. Mais souvenez-vous qu’on ne jette en moule que ce qui est fondu et liquide : c’est-à-dire qu’il faut détruire et fondre en vous le vieil Adam, pour devenir le nouveau en Marie.

La plus grande gloire de Jésus-Christ

 1 Par cette pratique, bien fidèlement observée, vous donnerez à Jésus-Christ plus de gloire en un mois de temps que par aucune autre, quoique plus difficile, en plusieurs années. –Voici les raisons de ce que j’avance : 1 Parce que, faisant vos actions par la Sainte Vierge, comme cette pratique enseigne, vous quittez vos propres intentions et opérations, quoique bonnes et connues, pour vous perdre, pour ainsi dire, dans celles de la Très Sainte Vierge, quoiqu’elles vous soient inconnues ; et, par là, vous entrez en participation de la sublimité de ses intentions, qui ont été si pures, qu’elle a plus donné de gloire à Dieu par la moindre de ses actions, par exemple en filant sa quenouille, en faisant un point d’aiguille, qu’un saint Laurent sur son gril, par son cruel martyre, et même que tous les saints par leurs actions les plus héroïques : ce qui fait que, pendant son séjour ici-bas, elle a acquis un comble si ineffable de grâces et de mérites, qu’on compterait plutôt les étoiles du firmament, les gouttes d’eau de la mer et les sables du rivage, que ses mérites et ses grâces, et qu’elle a donné plus de gloire à Dieu que tous les anges et les saints ne lui ont donné ni ne lui en donneront. O prodige de Marie ! vous n’êtes capable que de faire des prodiges de grâces dans les âmes qui veulent bien se perdre en vous.

 2 Parce qu’une âme, par cette pratique, ne comptant pour rien tout ce qu’elle pense ou fait d’elle-même, et ne mettant son appui et sa complaisance que dans les dispositions de Marie, pour approcher de Jésus-Christ, et même pour lui parler, elle pratique beaucoup plus l’humilité que les âmes qui agissent par elles-mêmes, et qui ont un appui et une complaisance imperceptible dans leurs dispositions ; et, par conséquent, elle glorifie plus hautement Dieu, qui n’est parfaitement glorifié que par les humbles et les petits de cœur.

 3 Parce que la Sainte Vierge, voulant bien, par une grande charité, recevoir en ses mains virginales le présent de nos actions, elle leur donne une beauté et un éclat admirable ; elle les offre elle-même à Jésus-Christ, et sans difficulté, que Notre-Seigneur en est plus glorifié que si nous les offrions par nos mains criminelles. 46-149]  4 Enfin, parce que vous ne pensez jamais à Marie, que Marie, en votre place, ne pense à Dieu ; vous ne louez ni n’honorez jamais Marie, que Marie avec vous ne loue et n’honore Dieu. Marie est toute relative à Dieu, et je l’appellerais fort bien la relation de Dieu, qui n’est que par rapport à Dieu, ou l’écho de Dieu, qui ne dit et ne répète que Dieu. Si vous dites Marie, elle dit Dieu. Sainte Élisabeth loua Marie et l’appela bienheureuse de ce qu’elle avait cru ; Marie, l’écho fidèle de Dieu, entonna : Magnificat anima mea Dominum : Mon âme glorifie le Seigneur. Ce que Marie a fait en cette occasion, elle le fait tous les jours ; quand on la loue, on l’aime, on l’honore ou on lui donne, Dieu est loué, Dieu est aimé, Dieu est honoré, on donne à Dieu par Marie et en Marie.


[1] Voir Traité de la Vraie Dévotion, édition avec Notes, par le P. Plessis, Montfortain : note 37 du N° 206

[2] Homilia 2 super « Missus est », N° 17.