Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Deuxième semaine : connaissance de la Sainte Vierge

Cinquième Jour
ESCLAVE D’AMOUR DE MARIE

L’évidente souveraineté de Marie dans les âmes des élus revêtait aux yeux de Montfort une telle importance qu’elle a commandé et spécifié sa Consécration. Si ce fils privilégié de la Vierge entend se livrer à elle comme son esclave d’amour, c’est bien parce qu’il l’a choisie très lumineusement pour sa Mère et Maîtresse. Une relation entraîne l’autre.

Pourquoi rencontre-t-on tant d’âmes, sincères dans leur dévotion, qui cependant s’arrêtent devant cette appellation d’esclave de Marie ? La réponse est simple : elles n’ont pas encore saisi jusqu’à quel point la Très Sainte Vierge est véritablement la Mère et la Maîtresse de toute leur vie surnaturelle, depuis l’instant du baptême. Le jour où l’on a compris, dans l’humilité de la foi, la valeur de ces deux mots : Mater et Domina, le second étant le complément du premier, il n’y a plus de difficulté à émettre entre les mains de Marie le don total de soi, sans condition ni réserve. La réalité de sa Domination intime appelle notre entière donation d’amour, laquelle veut s’exprimer par le mot le plus fort, le plus expressif que nous puissions trouver.

C’est pourquoi nous avons commencé par approfondir, à la suite de Montfort, la Maternité de grâce de Marie et la Souveraineté qui en découle dans les âmes des prédestinés, dont elle fait son domaine de choix.

Poursuivons encore aujourd’hui ce lumineux labeur, d’abord en reconnaissant notre entière APPARTENANCE à la Très Sainte Vierge ; puis en constatant avec joie que l’esclave d’amour de Marie veut être son ENFANT toujours soumis et dépendant.

Remercions saint Louis-Marie de Montfort des abondantes clartés qu’il a projetées ainsi sur notre filiation mariale.

Ave, Maria.

I
NOUS APPARTENONS A MARIE EN QUALITÉ D’ESCLAVES

Rappelons-nous la méditation du deuxième jour de notre première semaine sur notre totale appartenance à Jésus-Christ. Cette appartenance découle des droits de la Rédemption. Il a payé nos âmes à haut prix, au prix de tout son sang. Il a versé pour nous une rançon infinie, en compensation de l’offense infinie du péché.

Nous sommes donc, disions-nous, divinement marqués du sceau de sa possession. Nous sommes son bien, sa propriété, sa conquête, en stricte rigueur de justice. Nous sommes devenus « ses véritables esclaves », qui ne doivent vivre, travailler et fructifier que pour lui. Il est notre Seigneur et Maître ; un Maître au cœur infiniment bon, qui nous a arrachés à la servitude tyrannique du démon, et qui se présente à nous comme souverainement respectueux de notre liberté. Il ne s’impose pas de force. Bien qu’il possède sur nous tous les droits, il nous sollicite de nous mettre librement à son service.

C’est pourquoi nous-mêmes devons être très heureux de reconnaître cette totale appartenance, et vouloir en retour servir ce bon Maître, non seulement comme des serviteurs mercenaires (le désir de la récompense céleste n’est pas à exclure de nos intentions), mais, de plus, comme des esclaves d’amour qui, par un choix réfléchi, se donnent et se livrent sans aucun motif d’intérêt personnel, pour l’honneur seul de lui appartenir. (VD, n° 68, 73).

À cet endroit de son Traité, Montfort ajoutait : « Ce que je dis absolument de Jésus-Christ, je le dis relativement de la Très Sainte Vierge » (N° 74). Ce qui signifie que Marie, elle aussi, a droit à l’hommage de notre amoureuse et entière dépendance, mais pour un motif différent. Jésus y a droit à titre personnel : il est notre Rédempteur par conquête, lui seul pouvait égaler la réparation à l’offense. Marie y a droit au titre purement gratuit d’union à son Fils : elle est notre Corédemptrice par grâce, par la grâce de la volonté divine l’associant à l’Incarnation.

Comme nous l’avons déjà dit, le Sauveur pouvait se passer de tout auxiliaire dans l’œuvre de notre réparation ; il lui a plu – et c’était le plan éternel – que la Vierge lui fût associée en toutes choses. « Jésus-Christ l’ayant choisie comme la compagne indissoluble de sa vie, de sa mort, de sa gloire et de sa puissance au Ciel et sur la terre, lui a donné par grâce, relativement à sa Majesté, toutes les mêmes droits et privilèges qu’il possède par nature », en tant que Fils de Dieu, Rédempteur des hommes (VD N° 74).

Ces droits et privilèges sont non seulement semblables, mais identiques, numériquement les mêmes. Seulement, ils conviennent à Jésus à cause de lui-même, et à Marie à cause de son Fils. « En sorte, ajoute Montfort, n’ayant tous deux que la même volonté et la même puissance, ils ont tous deux les mêmes sujets, serviteurs et esclaves » (N° 74). Marie est donc la Maîtresse de tous les rachetés : « Domina nostra », comme Jésus-Christ en est le Maître : « « Dominus noster ». Nous sommes en vérité ses esclaves, comme nous sommes les esclaves de Jésus-Christ. Il ne dépend que de nous de reconnaître cette entière appartenance et de choisir Marie pour notre Maîtresse, en nous consacrant à son service comme ses esclaves d’amour. Nous ne serons que plus parfaitement les esclaves d’amour de Jésus-Christ.

Nous rejoignons ici notre méditation précédente, où nous avons considéré la domination de Marie dans les âmes prédestinées. Si la Sainte Vierge tient en son entière possession tous les rachetés, à plus forte raison est-elle heureuse d’exercer sa Domination maternelle sur ceux de ses enfants qui ne veulent pas rendre inutile le sang de Jésus Rédempteur ni méconnaître ses souffrances de Corédemptrice. De ceux-là, ainsi que nous l’avons vu, elle est pleinement Maîtresse et Reine. C’est donc un bonheur de lui confier la conduite de notre âme et de lui remettre entre les mains toute notre richesse spirituelle. Ainsi répondrons-nous à son beau titre de « Reine des cœurs » ; et notre appellation d’esclaves d’amour » ne fait qu’accentuer l’appellation très aimée d’enfants de la Sainte Vierge, comme nous allons le voir dans la seconde partie de cette méditation.

II
L’ESCLAVE D’AMOUR DE MARIE VEUT ÊTRE SON ENFANT TOUJOURS SOUMIS ET DÉPENDANT

En nous consacrant comme esclaves d’amour à la Très Sainte Vierge, nous ne cessons pas de demeurer ses enfants. Nous voulons même le devenir plus parfaitement que jamais. Toutefois, si juste et si beau qu’il soit en lui-même, le seul terme d’enfant ne nous suffit pas ici. Il faut autre chose qui vienne du plus profond de notre âme libre et aimante, et qui corresponde adéquatement à la Domination que Marie exerce au-dedans de nous-mêmes.

Cette autre chose, cette spontanéité d’un amour, émanant de la lumière et qui pousse au don total, ne s’exprime dans nos langues humaines que par le mot « esclave », si souvent employé dans la Bible et dans les prières de l’Église.

L’esclave est, par définition, celui qui se trouve tout entier, personne et biens, en la possession et la dépendance d’un maître. Dans le cas concret qui nous occupe, le Maître étant Dieu lui-même en la transparence de Marie, on ne peut qu’éprouver une joie intense à se proclamer l’esclave de la Vierge, exactement comme elle-même s’est proclamée l’esclave du Seigneur. Ce terme n’est pas plus désuet aujourd’hui qu’au temps de l’Annonciation, puisqu’il implique toujours la même vivante réalité.

Si Montfort se contentait de se livrer en qualité d’enfant, au sens de dépendance limitée que présente ce mot dans le langage usuel, son amour ne croirait pas répondre, autant que cela lui est possible, à la plénitude d domination qu’il découvre en Marie.

Par contre, se livrant en qualité d’esclave de volonté, il atteint adéquatement son double titre de « Mère » et de « Maîtresse » des âmes. Il glorifie sa Maternité, en se prêtant de toute la force de son vouloir à la formation du Corps mystique dont il est membre.

Aussi bien, ce mot d’esclave est-il loin de s’opposer à celui d’enfant. Il existe entre ces deux termes exactement la même connexion que nous découvrons entre les termes corrélatifs de Maîtresse et de Mère, appliqués à Marie.

En Marie, l’appellation de Maîtresse inclut le concept de Mère et l’intensifie : la Vierge étend sa domination d’amour au-dedans de nous, dans la mesure où s’épanouit sa Maternité de grâce.

En nous pareillement, l’appellation d’esclave de Marie suppose celle d’enfant et l’intensifie ; elle la dépasse en y ajoutant l’idée d’une dépendance sans limite et sans fin. Nous nous consacrons esclaves de Marie, parce que – étant déjà ses enfants depuis notre baptême – nous voulons vivre notre filiation mariale de la manière la plus parfaite, par une entière soumission de notre volonté qui ne connaîtra jamais ni émancipation, ni affranchissement.

L’enfant peut s’affranchir de l’autorité des siens. Un jour vient même où il se choisit un état de vie indépendant. Il reste cependant enfant de celle qui l’a mis au monde, mais il ne lui est plus soumis du tout.

L’esclave d’amour de la Vierge est son enfant inlassablement soumis et dépendant. Même parvenu à l’âge d’homme, et alors surtout, il entend garder toujours sa dépendance et sa soumission de petit enfant. La Vierge, sa Mère, devient de plus en plus sa Maîtresse en  compagnie du Maître intérieur, l’Esprit-Saint de Jésus. Elle le gouverne, le régit, le dirige, le protège, le sanctifie de jour en jour. Elle conduit en lui sa Maternité spirituelle à bon terme.

C’est pourquoi l’enfant de la Vierge, qui a compris cette signification du mot « Maîtresse », uni à celui de « Mère » est heureux de se livrer à elle en qualité d’esclave que l’amour pousse au don total.

« Ô ma divine Mère, s’écriera-t-il dans une soudaine illumination de grâce, soyez aussi en perfection ma Maîtresse. Vous qui m’avez engendré enfant du Père, membre du Fils, temple de l’Esprit-Saint, étendez maintenant en moi votre domination maternelle si plein de douceur. Soyez la pacifique Souveraine des puissances de mon âme. Imprimez en moi la ressemblance du Fils premier-né, l’enfant de Nazareth, dont l’Évangile nous dit qu’il a voulu vous demeurer amoureusement soumis. Alors, je deviendrai votre parfait enfant, me laissant conduire en tout et toujours par cet esprit de soumission de Jésus, jusqu’au temps marqué par le Père des Cieux. Ce temps sera précisément celui où vous m’enfanterez à la gloire éternelle ».


Cette logique d’amour est d’autant plus rigoureuse que, pour bon nombre de chrétiens, la Très Sainte Vierge est leur Mère sans être au même degré leur Maîtresse. L’exercice de sa domination est entravé. Ils ne sont, hélas ! que trop nombreux les enfants de Notre-Dame qui se soustraient à son influence formatrice. Marie cependant ne cesse pas d’être leur Mère : elle reste la Mère de tous les pauvres pécheurs, car elle les a engendrés au baptême et les considère toujours comme siens. Il y a toujours aussi en eux un reste de vie et des espoirs de résurrection totale.

Mais sa domination maternelle rencontre une résistance plus ou moins opiniâtre. Elle les gouverne encore un peu par des avances de grâces actuelles, par des appels de miséricorde qui préparent les voies à leur conversion. Elle les gouvernera davantage le jour où, revenant enfin à la Maison du Père de famille, ces fils prodigues se prêteront docilement à son action sanctifiante.

Reviens vers ta maîtresse et humilie-toi sous a main [1]. Reviens, pauvre enfant égaré, vers ta Maîtresse qui est aussi ta vraie Mère, et humilie-toi sous le sceptre d’amour que te présente sa main toute-puissante.

Cette considération fait mieux saisir combien la Vierge est pleinement Maîtresse de ceux de ses enfants qui vivent fidèlement leur Consécration d’esclaves d’amour. Loin de se soustraire en quoi que ce soit à la domination maternelle de Marie, ils s’efforcent d’accentuer chaque jour leur dépendance et soumission filiale. Ils s’appliquent à devenir comme de petits enfants qui n’ont d’autre volonté que la volonté de leur mère, ni d’autre refuge que ses bras et son cœur.

Leur dépendance et soumission totale doit les conduire infailliblement à l’épanouissement de l’esprit d’enfance. Les fidèles esclaves d’amour de Marie sont les âmes saintes, dans la force et la vigueur de leur maturité spirituelle, demeurées ou devenues semblables aux tout petits enfants. Ils obéissent en toutes choses à leur divine Mère et Maîtresse, et se laissent docilement conduire « par son esprit, qui est le Saint-Esprit de Dieu » (VD n° 258). Ils sont alors les parfaits enfants de Dieu et de Marie.

« Ceux qui sont conduits par l’esprit de Dieu sont enfants de Dieu(Rom. 8, 14). Ceux qui sont conduits par l’esprit de Marie sont des enfants de Marie et par conséquent des enfants de Dieu » (N° 258). Ils sont les enfants de Dieu et de Marie en perfection, parce que, « possédés et gouvernés » par l’Esprit-Saint et par l’Épouse de l’Esprit-Saint, ils ne leur offrent en toute circonstance qu’obéissance et soumission d’amour. Notre consécration n’enlève donc rien au titre d’enfant que le baptême imprime sur nos fronts ; bien au contraire, elle fit resplendir ce titre d’un rayonnement nouveau.


Soyons humblement fiers de nous consacrer esclaves d’amour de la Reine des cœurs. Redisons-le, cette donation demeure entièrement libre. Montfort la présente à notre choix entre plusieurs autres manières de témoigner à Marie une dévotion vraie.[2] Mais il avoue n’en avoir point trouvé « qui soit plus glorieuse à Dieu, sanctifiante pour l’âme et utile au prochain » (118).

C’est pour la faire connaître qu’il a écrit son Traité marial dont il aurait voulu former les caractères de son sang au lieu d’encre, dans l’espérance, dit-il, que « tôt ou tard la Très Sainte Vierge aura plus d’enfants, de serviteurs et d’esclaves d’amour que jamais ; et que, par ce moyen, Jésus-Christ, son cher Maître, règnera dans les cœurs plus que jamais » (N° 112,113).

Estimons-la donc comme une très grande grâce du Saint-Esprit, qu’il nous faut mériter par une profonde humilité ; car ce sont les humbles et les petits qui apprécient et goûtent le mieux ce « divin secret des élus »[3]. Ô notre Père des Cieux ! Ô marie, Mère et Maîtresse des âmes ! Nous vous rendons grâces de ce que vous avez caché ces choses aux sages et prudents du siècle, et de ce que vous les révélez à vos humbles enfants et esclaves.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Luc, chap. 2, 1 à 21 : Naissance de Jésus-Christ. Adoration des bergers.
TRAITÉ de la Vraie Dévotion, N° 213 à 217 : Les fruits merveilleux de la Parfaite Consécration.

Évangile

Saint Luc, ch. 2 Naissance de Jésus à Bethléem

Or il arriva qu’en ces jours-là, il parut un édit de César Auguste, ordonnant un recensement de toute la terre. Ce premier recensement fut fait par Cyrinus, gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire enregistrer, chacun dans sa ville.

Joseph aussi monta de Nazareth, ville de Galilée, en Judée, dans la ville de David, appelée Bethléem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David, pour se faire enregistrer avec Marie son épouse, qui était enceinte.

Or il arriva, pendant qu’ils étaient là, que les jours où elle devait enfanter furent accomplis. Et elle enfanta son fils premier-né, et elle l’enveloppa de langes, et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.

Et il y avait, dans la même contrée, des bergers qui passaient les veilles de la nuit à la garde de leur troupeau. Et voici qu’un ange du Seigneur leur apparut, et qu’une lumière divine resplendit autour d’eux ; et ils furent saisis d’une grande crainte. Et l’ange leur dit : Ne craignez pas ; car voici que je vous annonce (la bonne nouvelle d’) une grande joie qui sera pour tout le peuple : c’est qu’il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et vous le reconnaîtrez à ce signe : Vous trouverez un enfant enveloppé de langes, et couché dans une crèche. Au même instant, il se joignit à l’ange une troupe (multitude) de l’armée céleste, louant Dieu, et disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et, sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté.

Et il arriva que, lorsque les anges les eurent quittés pour retourner dans le ciel, les bergers se disaient l’un à l’autre : Passons jusqu’à Bethléem, et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. Et ils y allèrent en grande hâte, et ils trouvèrent Marie et Joseph, et l’enfant couché dans une crèche. Et en le voyant, ils reconnurent la vérité de ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui l’entendirent admirèrent ce qui leur avait été raconté par les bergers.

Or Marie conservait toutes ces choses, les repassant dans son cœur.

Et les bergers s’en retournèrent, glorifiant et louant Dieu de tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qu’il leur avait été dit.

Le huitième jour, auquel l’enfant devait être circoncis, étant arrivé, on lui donna le nom de Jésus, que l’ange avait indiqué avant qu’il fût conçu dans le sein de sa mère.

Traité de la Vraie dévotion
Les effets merveilleux que cette dévotion produit dans une âme qui y est fidèle

Mon cher frère, soyez persuadé que si vous vous rendez fidèle aux pratiques intérieures, que je vous marquerai ci-après : [226-256, 257-265]

[Connaissance et mépris de soi-même]

1 Par la lumière que le Saint-Esprit vous donnera par Marie, sa chère Épouse, vous connaîtrez votre mauvais fonds, votre corruption et votre incapacité à tout bien, si Dieu n’en est le principe comme auteur de la nature ou de la grâce, et, en suite de cette connaissance, vous vous mépriserez, vous ne penserez à vous qu’avec horreur. Vous vous regarderez comme un limaçon qui gâte tout de sa bave, ou comme un crapaud qui empoisonne tout de son venin, ou comme un serpent malicieux qui ne cherche qu’à tromper. Enfin l’humble Marie vous fera part de sa profonde humilité, qui fera que vous vous mépriserez, vous ne mépriserez personne et vous aimerez le mépris.

[Participation à la foi de Marie]

2 La Sainte Vierge vous donnera part à sa foi, qui a été plus grande sur la terre que la foi de tous les patriarches, les prophètes, les apôtres et tous les saints. Présentement qu’elle est régnante dans les cieux, elle n’a plus cette foi, parce qu’elle voit clairement toutes choses en Dieu, par la lumière de la gloire ; mais cependant, avec l’agrément du Très-Haut, elle ne l’a pas perdue en entrant dans la gloire ; elle l’a gardée pour la garder dans l’Église militante à ses plus fidèles serviteurs et servantes. Plus donc vous gagnerez la bienveillance de cette auguste Princesse et Vierge fidèle, plus vous aurez de pure foi dans toute votre conduite : une foi pure, qui fera que vous ne vous soucierez guère du sensible et de l’extraordinaire ; une foi vive et animée par la charité, qui fera que vous ne ferez vos actions que par le motif du pur amour ; une foi ferme et inébranlable comme un rocher, qui fera que vous demeurerez ferme et constant au milieu des orages et des tourmentes ; une foi agissante et perçante, qui, comme un mystérieux passe-partout, vous donnera entrée dans les mystères de Jésus-Christ, dans les fins dernières de l’homme et dans le cœur de Dieu même ; une foi courageuse, qui vous fera entreprendre et venir à bout de grandes choses pour Dieu et le salut des âmes, sans hésiter ; enfin, une foi qui sera votre flambeau enflammé, votre vie divine, votre trésor caché de la divine Sagesse, et votre arme toute-puissante dont vous vous servirez pour éclairer ceux qui sont dans les ténèbres et l’ombre de la mort, pour embraser ceux qui sont tièdes et qui ont besoin de l’or embrasé de la charité, pour donner vie à ceux qui sont morts par le péché, pour toucher et renverser, par vos paroles douces et puissantes, les cœurs de marbre et les cèdres du Liban, et enfin pour résister au diable et à tous les ennemis du salut.

[Grâce du pur amour]

3 Cette Mère de la belle dilection ôtera de votre cœur tout scrupule et toute crainte servile déréglée : elle l’ouvrira et l’élargira pour courir dans les commandements de son Fils, avec la sainte liberté des enfants de Dieu, et pour y introduire le pur amour, dont elle a le trésor ; en sorte que vous ne vous conduirez plus, tant que vous avez fait, par crainte à l’égard de Dieu charité, mais par le pur amour. Vous le regarderez comme votre bon Père, auquel vous tâcherez de plaire incessamment, avec qui vous converserez confidemment, comme un enfant avec son bon père. Si vous venez, par malheur, à l’offenser, vous vous en humilierez aussitôt devant lui, vous lui en demanderez pardon humblement, vous lui tendrez la main simplement et vous vous en relèverez amoureusement, sans trouble ni inquiétude, et continuerez à marcher vers lui sans découragement.

[Grande confiance en Dieu et en Marie]

4 La Sainte Vierge vous remplira d’une grande confiance en Dieu et en elle-même : 1 parce que vous n’approcherez plus de Jésus-Christ par vous-même, mais toujours par cette bonne Mère ; 2 parce que, lui ayant donné tous vos mérites, grâces et satisfactions, pour en disposer à sa volonté, elle vous communiquera ses vertus et elle vous revêtira de ses mérites, en sorte que vous pourrez dire à Dieu avec confiance : Voici Marie votre servante : qu’il me soit fait selon votre parole : Ecce ancilla Domini, fiat mihi secundum verbum tuum ; 3 parce que, vous étant donné à elle tout entier, corps et âme, elle qui est libérale avec les libéraux et plus libérale que les libéraux mêmes, se donnera à vous par retour d’une manière merveilleuse, mais véritable ; en sorte que vous pourrez lui dire hardiment : Tuus sum ego, salvum me fac : Je suis à vous, Sainte Vierge, sauvez-moi ; ou comme j’ai déjà dit, avec le Disciple bien-aimé : Je vous ai prise, sainte Mère, pour tous mes biens. Vous pourrez encore dire, avec saint Bonaventure : Ma chère Maîtresse et salvatrice, j’agirai avec confiance et je ne craindrai point, parce que vous êtes ma force et ma louange dans le Seigneur… Je suis tout vôtre, et tout ce que j’ai vous appartient ; ô glorieuse Vierge, bénite par-dessus toutes choses créées, que je vous mette comme un cachet sur mon cœur, parce que votre dilection est forte comme la mort ! (S. Bon. In psal. min. B.V.) Vous pourriez dire à Dieu dans les sentiments du Prophète : Seigneur, ni mon cœur, ni mes yeux n’ont aucun sujet de s’élever et de s’enorgueillir, ni de rechercher les choses grandes et merveilleuses ; et, avec cela, je ne suis pas encore humble, mais j’ai relevé et encouragé mon âme par la confiance ; je suis comme un enfant sevré des plaisirs de la terre et appuyé sur le sein de ma mère ; et c’est sur ce sein qu’on me comble de biens. 4 Ce qui augmentera encore votre confiance en elle, c’est que, lui ayant donné en dépôt tout ce que vous avez de bon pour le donner ou le garder, vous aurez moins de confiance en vous et beaucoup plus en elle, qui est votre trésor. Oh ! quelle confiance et quelle consolation pour une âme qui peut dire que le trésor de Dieu, où il a mis tout ce qu’il a de plus précieux, est le sien aussi ! Elle est, dit un saint, le trésor du Seigneur.

[Communication de l’âme et de l’esprit de Marie] 5 L’âme de la Sainte Vierge se communiquera à vous pour glorifier le Seigneur ; son esprit entrera en la place du vôtre pour se réjouir en Dieu, son salutaire, pourvu que vous vous rendiez fidèle aux pratiques de cette dévotion. Que l’âme de Marie soit en chacun pour y glorifier le Seigneur ; que l’esprit de Marie soit en chacun, pour s’y réjouir en Dieu. (S. Ambroise) Ah ! quand viendra cet heureux temps, dit un saint homme de nos jours qui était tout perdu en Marie, ah ! quand viendra cet heureux temps où la divine Marie sera établie maîtresse et souveraine dans les cœurs, pour les soumettre pleinement à l’empire de son grand et unique Jésus. Quand est-ce que les âmes respireront autant Marie que les corps respirent l’air ? Pour lors, des choses merveilleuses arriveront dans ces bas lieux, où le Saint-Esprit, trouvant sa chère Épouse comme reproduite dans les âmes, y surviendra abondamment et les remplira de ses dons, et particulièrement du don de sa sagesse, pour opérer des merveilles de grâces. Mon cher frère, quand viendra ce temps heureux et ce siècle de Marie, où plusieurs âmes choisies et obtenues du Très-Haut par Marie, se perdant elles-mêmes dans l’abîme de son intérieur, deviendront des copies vivantes de Marie, pour aimer et glorifier Jésus-Christ ? Ce temps ne viendra que quand on connaîtra et on pratiquera la dévotion que j’enseigne : Ut adveniat regnum tuum, adveniat regnum Mariae, il faut qu’advienne le règne de Marie pour que le vôtre arrive.


[1] Genèse, 16, 9. Saint Bernardin de Sienne applique à Marie cette parole de l’ange à Agar au désert de Bersabée (Serm. 3 de Nomine Virginis).

[2] Voir Traité de la Vraie dévotion, nn° 115 à 119.

[3] Au Refrain du Cantique de la Consécration