Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Deuxième semaine : connaissance de la Sainte Vierge

Troisième Jour
MÈRE DES PRÉDESTINÉS

Sans perdre de vue la Maternité divine de Marie, strictement liée à sa Maternité spirituelle, considérons plus spécialement cette dernière par rapport à la formation des prédestinés, c’est-à-dire des membres du Christ que la Vierge doit un jour enfanter à la gloire, ce qui est notre ferme espérance à tous.

Ce point de vue est très cher au Père de Montfort. Si, dans la partie centrale de sa Consécration, il nous fait choisir Marie « pour notre Mère et Maîtresse », MATER et DOMINA, c’est précisément pour que nous lui laissions toute liberté de conduire sa Maternité de grâce jusqu’à son bienheureux terme. Mère, elle ne cesse de nous transmettre la vie divine ; Maîtresse, elle nous possède et nous façonne à la ressemblance de son Fils premier-né.

Considérons-la d’abord dans l’exercice de sa Maternité à notre égard, en collaboration avec les trois Personnes divines. Nous apprécierons mieux, dans la méditation du Quatrième Jour, la réalité de sa domination au plus intime de nos âmes.

Commentant un texte de l’Ecclésiastique (24, 8) Montfort explique comment la Très Sainte Vierge a reçu mission de donner au Père de vrais ENFANTS, au Fils des MEMBRES bien vivants, au Saint-Esprit des TEMPLES de sainteté ornés de ses vertus sublimes.

Demandons à Marie elle-même de nous aider à bien pénétrer ce mystère de notre formation surnaturelle. Ave, Maria.

I

« DIEU le PÈRE se veut faire des enfants par Marie jusqu’à la consommation des siècles, et il lui dit cette parole : In Jacob inhabita, c’est-à-dire faites votre demeure et résidence dans mes enfants et prédestinés, figurés par Jacob, et non point dans les enfants du diable et les réprouvés, figurés par Esaü » (VD, N° 29).

Demeurez de façon permanente en leur intérieur, pour continuer de leur communiquer ma vie divine, la grâce sanctifiante reçue au baptême. J’ai voulu qu’ils soient vos enfants, en même temps que les miens, vous associant à ma fécondité d’amour, comme je vous ai associée à ma fécondité naturelle.

Il y aura donc, dans la génération spirituelle, de même que dans la génération corporelle, un père et une mère, un Père qui est Dieu et une Mère qui est Marie. Le Père des Cieux ne communiquera pas autrement sa vie divine. Aucune exception ne sera faite à cette disposition miséricordieuse, admirable condescendance aux inclinations du cœur humain. Marie seule, et jusqu’à la fin des siècles, pourra donner au Père ses véritables enfants ; et il sera toujours vrai que celui « qui n’a pas Marie pour Mère n’a pas Dieu pour Père ».

 On reconnaîtra les réprouvés à ce signe qu’eux-mêmes ont rejeté Marie, tels les hérétiques, les hommes de mauvaise doctrine, qui n’ont que haine, mépris ou indifférence pour la Très sainte Vierge. Ils ne veulent pas se conformer au plan divin de notre régénération surnaturelle. « Héla ! gémit Montfort, Dieu le Père n’a pas dit à Marie de faire sa demeure en eux, parce qu’ils sont des Esaü » (N° 30).

II

« DIEU LE FILS veut se former et, pour ainsi dire, s’incarner tous les jours, par sa chère Mère dans ses membres, et il lui dit : In Israel haereditare. Ayez Israël pour héritage… », c’est-à-dire les prédestinés qui sont les héritiers de mon Royaume céleste. Je vous attribue cette part de choix, me réservant – selon la volonté de mon Père – d’être le Juge de tous, des bons et des méchants.

Notre-Dame a donc en sa possession personnelle tous ceux qui partiront de ce monde en état de grâce. À elle le soin de les façonner membres du Christ Jésus, ses membres sains, robustes, vigoureux. « Et comme leur bonne Mère, vous les enfanterez, nourrirez, élèverez ; et comme leur Souveraine, vous les conduirez, gouvernerez et défendrez (N° 31). Ainsi est assurée leur arrivée un jour au Ciel, leur participation à la gloire éternelle.

Puisque « Jésus-Christ, le Chef des hommes, est né en Marie, les prédestinés – qui sont les membres de ce Chef – doivent aussi naître en elle par une suite nécessaire. Car, pas plus dans l’ordre de la grâce que dans l’ordre de la nature, une même mère ne met au monde la tête ou le chef sans les membres, ni les membres sans la tête ».

Marie, nous l’avons vu, est Mère du christ total, de sorte qu’on « peut lui appliquer, plus véritablement que saint Paul (Gal. 4, 19)ne se les applique, ces paroles : Quos iterum parturio, donec formetur Christus in vobis : j’enfante tous les jours les enfants de Dieu, jusqu’à ce que Jésus-Christ, mon Fils, soit formé en eux dans la plénitude de son âge » sur la terre, chacun ayant atteint sa mesure de grâce, son degré de ressemblance.

Et c’est ici que Montfort rapporte le remarquable témoignage de l’Évêque d’Hippone en son Traité sur le Symbole adressé aux catéchumènes (Lib. 4, cap. 1) : « Saint Augustin, se surpassant lui-même, et tout ce que je viens de dire, enseigne que tous les prédestinés, pour être conformes à l’image du Fils de Dieu, sont en ce monde cachés dans le sein de la Très Sainte Vierge, où ils sont gardés, nourris entretenus et agrandis par cette bonne Mère, jusqu’à ce qu’elle les enfante à la gloire, après la mort, qui est proprement le jour de leur naissance, comme l’Église appelle la mort des justes » (N° 33).

La nuit de Noël, Marie s’est séparée du corps physique de Jésus, mais non pas de son Corps mystique : et elle ne s’en séparera point tant qu’un prédestiné vivra sur la terre. Notre vie entière de grâce sanctifiante est ainsi, si nous la comprenons bien, un continuel séjour en Marie, dans le sein de Marie, in sinu Mariae : enfance, croissance, maturité spirituelle. Nous puisons notre vie divine dans le bel intérieur où Jésus a puisé sa vie humaine, dans le sein qu’il a sanctifié et où il a laissé pour nous des grâces inépuisables.

 N’est-ce pas le mystère de l’Incarnation vécu par les élus ? Malheureusement, ce mystère de notre surnaturelle formation en Marie demeure peu connu des prédestinés eux-mêmes. L’insistance de Montfort à nous le rappeler montre à quel point il désirait nous voir en prendre conscience. Aimons y appliquer notre méditation, et faisons connaître ce secret de sainteté aux âmes qui cherchent la lumière. Comme l’a fait remarquer Mgr Suenens, il y a un monde de différence entre la dévotion mariale ordinaire et courante et cette vie d’union continuelle respirée dans le sein de Marie. Le Pape Saint Pie X a bien mis en relief cette doctrine du Traité de la Vraie Dévotion dans sa Lettre Encyclique « Ad diem illum » du 2 février 1904, pour le cinquantenaire de la définition dogmatique de l’Immaculée Conception.

III

« DIEU LE SAINT-ESPRIT veut se former en Marie et par Marie des élus, et lui dit : In electis meis mitte radices. Jetez, ma Bien-Aimée et mon Épouse, les racines de toutes vos vertus dans mes élus, afin qu’ils croissent de vertu en vertu et de grâce en grâce » (N° 34).

Hôte de douceur des âmes intérieures, l’Esprit-Saint surveille et assure leur sanctification progressive, leur agrandissement mystique. Pour cette œuvre d’amour, il a d’autant plus recours à Marie qu’Elle-même est toujours demeurée « sa Bien-Aimée et son Épouse ». Au matin de l’Annonciation, n’était-il pas survenu en elle pour rendre féconde sa virginité d’Immaculée et lui permettre de réaliser la merveille de l’Incarnation du Verbe en son chaste sein ?

Avec quelle dilection avait-il orné son âme de toutes les efflorescences de la grâce sanctifiante ! Et quelle complaisance prenait-il dans la suite à contempler sa prodigieuse montée dans toutes les vertus sous l’influx de ses dons ! Aussi, veut-il maintenant la voir se reproduire elle-même mystiquement au cœur des élus pour la joie de la retrouver encore ici-bas.

« J’ai pris tant de complaisance en vous, lorsque vous viviez sur la terre dans la pratique des plus sublimes vertus, que je désire encore vous trouver sur la terre, sans cesser d’être dans le Ciel. Reproduisez-vous pour cet effet dans mes élus : que je voie en eux avec complaisance les racines de votre foie invincible, de votre humilité profonde, de votre mortification universelle, de votre oraison sublime, de votre charité ardente, de votre espérance ferme et de toutes vos vertus » (N° 34).

L’âme, en possession de la grâce sanctifiante et soucieuse de son avancement spirituel, offre à Marie le riche terrain où elle peut jeter les racines de ses vertus. Selon la culture de ce terrain, les vertus vont y grandir et s’épanouir comme autant de fleurs dont chacune rappelle à l’Esprit-Saint quelque chose de la beauté intérieure de sa fidèle Épouse.

L’essentiel sera donc d’être une âme très vivante, bien soudée au Christ Jésus, docile à se laisser cultiver par la divine Mère. Le progrès spirituel ira toujours en s’accentuant, jusqu’à produire une sainteté ressemblante. « Que votre foi, dit encore à Marie l’Esprit-Saint, me donne des fidèles ; que votre pureté me donne des vierges ; que votre fécondité me donne des élus et des temples » aux intérieurs splendides (N° 34). La grâce sanctifiante des vertus et des  dons, s’étant faite maternelle arrive à nous, imprégnée de toutes les suavités de son âme très sainte.

Heureuses les âmes ainsi sanctifiées ! « Quand Marie a jeté ses racines dans une âme, elle y produit des merveilles de grâce qu’elle seule peut produire… Elle a produit, avec le Saint-Esprit, la plus grande chose qui ait été et sera jamais, qui est un Homme-Dieu ; et elle produira conséquemment les plus grandes choses qui seront dans les derniers temps. La formation et l’éducation des grands saints qui paraîtront sur la fin du monde lui est réservée… » (N° 35).

Car alors surviendront d’insoupçonnées Pentecôtes intimes : « Quand le Saint-Esprit a trouvé Marie dans une âme, il y vole, il y entre pleinement, il se communique à cette âme abondamment et autant qu’elle donne place à son Épouse indissoluble… (N° 36). Les élus d’ici-bas, sanctifiés par ces admirables survenances de l’Esprit d’amour, n’est-ce pas le triomphe de la Maternité de grâce de Marie ?


Saint Louis-Marie de Montfort envisage ainsi cette Maternité, telle que l’ont voulue les trois Personnes divines : œuvre de génération sans doute, mais encore et plus profondément long travail de gestation, au cours duquel les prédestinés sont progressivement incorporés au christ-Chef et sanctifiés jusqu’à devenir ressemblants à leur Mère, comme l’était le Fils premier-né. Par le fait, ils deviennent ressemblants à Jésus-Christ lui-même ; aussi, le Père les reconnaît pour ses vrais enfants et les accueillera au dernier jour.

Doctrine pénétrante et savoureuse, comme en témoignait le P. Garrigou-Lagrange son ouvrage La Mère du Sauveur et notre Vie spirituelle (p. 194), elle nous fait découvrir notre filiation mariale plongeant ses ascendances dans le mystère du Verbe incarné, et jusque dans les profondeurs de la Trinité. Montfort s’y est baigné longuement l’esprit et le cœur ; c’est pourquoi, avançant toujours de lumière en lumière, il ne peut s’empêcher de conclure aussitôt à l’évidente et pleine Domination de la Vierge dans les âmes des prédestinés.

Avant de le suivre dans l’exposé de cette Souveraineté maternelle, n’omettons pas de dire à Marie notre bonheur de savoir que nous vivons en elle, que nous grandissons en elle, pour être enfantés bientôt à la joie béatifique. Aimons nous reposer en cette pensée que, portés en son sein virginal, nous sommes les véritables vivants en expectation de leur naissance définitive. À aucun moment, et quel que soit le degré de sainteté acquise, nous ne pouvons nous passer de Marie. En avoir conscience, c’est notre béatitude d’ici-bas.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Luc, chap. 1, 39 à 56 : Marie visite Élisabeth.
TRAITÉ de la Vraie Dévotion, N° 135 à 143 : Deux grands avantages de la Parfaite Consécration.

Évangile

Saint Luc, ch. 1 La Visitation

En ces jours-là, Marie, se levant, s’en alla en grande hâte vers les montagnes, dans une ville de Juda ; et elle entra dans la maison de Zacharie, et salua Élisabeth. Et il arriva, aussitôt qu’Élisabeth eut entendu la salutation de Marie, que l’enfant tressaillit dans son sein ; et Élisabeth fut remplie du Saint-Esprit. Et elle s’écria d’une voix forte : Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de votre sein est béni. Et d’où m’est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne à moi ? Car voici, dès que votre voix a frappé mon oreille, quand vous m’avez saluée, l’enfant a tressailli de joie dans mon sein. Et vous êtes bienheureuse d’avoir cru ; car ce qui vous a été dit de la part du Seigneur s’accomplira.

Et Marie dit : Mon âme glorifie le Seigneur,
et mon esprit a tressailli d’allégresse en Dieu mon Sauveur
parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse (l’humilité) de sa servante. Car voici que, désormais, toutes les générations me diront bienheureuse,
parce que celui qui est puissant a fait en moi de grandes choses, et son nom est saint ;
et sa miséricorde se répand d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Il a déployé la force de son bras, il a dispersé ceux qui s’enorgueillissaient dans les pensées de leur cœur.
Il a renversé les puissants de leur trône, et il a élevé les humbles.
Il a rempli de biens les affamés, et il a renvoyé les riches les mains vides.
Il a relevé Israël, son serviteur, se souvenant de sa miséricorde :
selon ce qu’il avait dit à nos pères, à Abraham et à sa race (postérité) pour toujours.

Marie demeura environ trois mois avec Élisabeth ; puis elle s’en retourna dans sa maison.

Traité de la Vraie dévotion

Premier motif, qui nous montre l’excellence de cette consécration de soi-même à Jésus-Christ par les mains de Marie. Si on ne peut concevoir sur la terre d’emploi plus relevé que le service de Dieu ; si le moindre serviteur de Dieu est plus riche, plus puissant et plus noble que tout les rois et les empereurs de la terre, s’ils ne sont pas serviteurs de Dieu, quelles sont les richesses, la puissance et la dignité du fidèle et parfait serviteur de Dieu, qui sera dévoué à son service, entièrement, sans réserve et autant qu’il le peut être ! Tel est un fidèle et amoureux esclave de Jésus en Marie, qui s’est donné tout entier au service de ce Roi des rois, par les mains de sa sainte Mère, et qui n’a rien réservé pour soi-même : tout l’or de la terre et les beautés des cieux ne peuvent pas le payer.

Les autres congrégations, associations et confréries érigées en l’honneur de Notre-Seigneur et de sa sainte Mère, qui font de si grands biens dans le christianisme, ne font pas donner tout sans réserve ; elles ne prescrivent à leurs associés que de certaines pratiques et actions pour satisfaire à leur obligations ; elles les laissent libres pour toutes les autres actions et les autres temps de leur vie. Mais cette dévotion ici fait donner sans réserve à Jésus et à Marie toutes ses pensées, paroles, actions et souffrances, et tous les temps de sa vie ; en sorte que, soit qu’il veille ou qu’il dorme, soit qu’il boive ou qu’il mange, soit qu’il fasse les actions les plus grandes, soit qu’il fasse les plus petites, il est toujours vrai de dire que ce qu’il fait, quoiqu’il n’y pense pas, est à Jésus et à Marie en vertu de son offrande, à moins qu’il ne l’ait expressément rétractée. Quelle consolation !

De plus, comme j’ai déjà dit, il n’y a aucune autre pratique que celle-ci par laquelle on se défasse facilement d’une certaine propriété, qui se glisse imperceptiblement dans les meilleures actions ; et notre bon Jésus donne cette grande grâce en récompense de l’action héroïque et désintéressée qu’on a faite, en lui faisant, par les mains de sa sainte Mère, une cession de toute la valeur de ses bonnes œuvres. S’il donne un centuple, même en ce monde, à ceux qui, pour son amour, quittent les biens extérieurs, temporels et périssables, quel sera le centuple qu’il donnera à celui qui lui sacrifiera même ses biens intérieurs et spirituels !

Jésus, notre grand ami, s’est donné à nous sans réserve, corps et âme, vertus, grâces et mérites : Il m’a gagné tout entier en se donnant tout à moi, dit saint Bernard ; n’est-il pas de la justice et de la reconnaissance que nous lui donnions tout ce que nous pouvons lui donner ? Il a été libéral envers nous le premier ; soyons-le les seconds, et nous l’éprouverons pendant notre vie, à notre mort et dans toute l’éternité, encore plus libéral : Il sera libéral avec le libéral.

Second motif, qui nous montre qu’il est juste en soi-même et avantageux au chrétien de se consacrer tout entier à la Très Sainte Vierge par cette pratique, afin d’être plus parfaitement à Jésus-Christ. Ce bon Maître n’a pas dédaigné de se renfermer dans le sein de la Sainte Vierge comme un captif et un esclave amoureux, et de lui être soumis et obéissant pendant trente années. C’est ici, je le répète, que l’esprit humain se perd, lorsqu’il fait une sérieuse réflexion à cette conduite de la Sagesse incarnée, qui n’a pas voulu, quoiqu’elle le pût faire, se donner directement aux hommes, mais par la Très Sainte Vierge ; qui n’a pas voulu venir au monde à l’âge d’un homme parfait, indépendant d’autrui, mais comme un pauvre et petit enfant, dépendant des soins et de l’entretien de sa sainte Mère. Cette Sagesse infinie, qui avait un désir immense de glorifier Dieu son Père et de sauver les hommes, n’a point trouvé de moyen plus parfait et plus court pour le faire que de se soumettre en toutes choses à la Très Sainte Vierge, non seulement pendant les huit, dix ou quinze années premières de sa vie, comme les autres enfants, mais pendant trente ans ; et elle a plus donné de gloire à Dieu son Père, pendant tout ce temps de soumission et de dépendance de la Très Sainte Vierge, qu’elle ne lui en eût donné en employant ces trente ans à faire des prodiges, à prêcher par toute la terre, à convertir tous les hommes ; si autrement, elle l’aurait fait. Oh ! oh ! qu’on glorifie hautement Dieu en se soumettant à Marie, à l’exemple de Jésus ! Ayant devant nos yeux un exemple si visible et si connu de tout le monde, sommes-nous assez insensés pour croire trouver un moyen plus parfait et plus court pour glorifier Dieu que celui de se soumettre à Marie, à l’exemple de son Fils ?

Qu’on [se] rappelle ici, pour preuve de la dépendance que nous devons avoir de la Très Sainte Vierge, ce que j’ai dit ci-dessus, en rapportant les exemples que nous donnent le Père, le Fils et le Saint-Esprit, dans la dépendance que nous devons avoir de la Très Sainte Vierge. Le Père n’a donné et ne donne son Fils que par elle, ne se fait des enfants que par elle, et ne communique ses grâces que par elle ; Dieu le Fils n’a été formé pour tout le monde et engendré que par elle dans l’union au Saint-Esprit, et ne communique ses mérites et ses vertus que par elle ; le Saint-Esprit n’a formé Jésus-Christ que par elle, ne forme les membres de son Corps mystique que par elle, et ne dispense ses dons et faveurs que par elle. Après tant et de si pressants exemples de la très Sainte Trinité, pouvons-nous, sans un extrême aveuglement, nous passer de Marie, et ne pas nous consacrer à elle, et dépendre d’elle pour aller à Dieu et pour nous sacrifier à Dieu ?

Voici quelques passages latins des Pères, que j’ai choisi pour prouver ce que je viens de dire : Marie a deux fils, l’homme Dieu et le pur homme, Marie est mère de l’un corporellement, de l’autre spirituellement. (Saint Bonaventure et Origène). Telle est la volonté de Dieu que nous ayons tout par Marie et, par conséquent, sachons que toute espérance, toute grâce, tout ce qui relève du salut rejaillit de Marie (saint Bernard). Tous les dons, vertus et grâces du Saint-Esprit sont administrées par ses mains (de Marie) à qui il veut, quand il veut et comme il le veut. (saint Bernardin). Ce que tu étais indigne qu’on te donne ta été donné par Marie pour que, quoi que tu aies, tu le reçoives par elle (saint Bernard).

Dieu, voyant que nous sommes indignes de recevoir ses grâces immédiatement de sa main, dit saint Bernard, il les donne à Marie, afin que nous ayons par elle tout ce qu’il veut nous donner : et il trouve aussi sa gloire à recevoir par les mains de Marie la reconnaissance, le respect et l’amour que nous lui devons pour ses bienfaits. Il est donc très juste que nous imitions cette conduite de Dieu, afin, dit le même saint Bernard, que la grâce retourne à son auteur par le même canal qu’elle est venue. C’est ce qu’on fait par notre dévotion : on offre et consacre tout ce qu’on est et tout ce qu’on possède à la Très Sainte Vierge, afin que Notre-Seigneur reçoive par son entremise la gloire et la reconnaissance qu’on lui doit. On se reconnait indigne et incapable d’approcher de sa Majesté infinie par soi-même : c’est pourquoi on se sert de l’intercession de la Très Sainte Vierge.

De plus, c’est ici une pratique d’une grande humilité, que Dieu aime par-dessus les autres vertus. Une âme qui s’élève abaisse Dieu, une âme qui s’humilie élève Dieu. Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles : si vous vous abaissez, vous croyant indigne de paraître devant lui et de vous approcher de lui, il descend, il s’abaisse pour venir à vous, pour se plaire en vous, et pour vous élever malgré vous ; mais tout le contraire, quand on s’approche hardiment de Dieu, sans médiateur, Dieu s’enfuit, on ne peut l’atteindre. Oh ! qu’il aime l’humilité du cœur ! C’est à cette humilité qu’engage cette pratique de dévotion, puisqu’elle apprend à n’approcher jamais par soi-même de Notre-Seigneur, quelque doux et miséricordieux qu’il soit, mais à se servir toujours de l’intercession de la Sainte Vierge, soit pour paraître devant Dieu, soit pour lui parler, soit pour l’approcher, soit pour lui offrir quelque chose, soit pour s’unir et consacrer à lui.