Exercices préparatoires à la consécration à Marie

Septième Jour
LE DÉSIR ARDENT

Nos méditations des six premiers jours ont fait la lumière sur l’opposition absolue qui existe entre l’esprit du monde et l’esprit de Jésus. Aucun accord, aucune conciliation n’est possible. Le monde engage ses adeptes dans la voie large de la perdition ; Jésus nous fait suivre l’étroit sentier qui mène à l’éternité bienheureuse. C’est donc lui que nous devons aimer et non pas le monde, comme nous l’a dit l’apôtre saint Jean ; c’est à ses exemples et à son enseignement que nous devons nous attacher.

C’est pourquoi il importe à présent de recourir aux moyens indiqués par notre maître spirituel, saint Louis-Marie de Montfort. Les trois premiers sont : le désir ardent, la prière continuelle, la mortification universelle. Nous verrons combien ces moyens sont souverainement efficaces pour nous affranchir, nous libérer de cette fausse sagesse du monde que l’apôtre saint Jacques a qualifiée de terrestre, charnelle, diabolique[1].

Le désir ardent élèvera nos âmes bien au-dessus de la sagesse terrestre, rivée à l’amour des biens de ce monde. La prière incessante, toujours à base d’humilité, sera notre force contre la sagesse diabolique, passionnément éprise de tout ce qui peut assouvir l’orgueil humain. La mortification universelle nous obligera à lutter victorieusement contre la sagesse charnelle, qui n’aime et ne recherche que les plaisirs des sens. Ainsi atteindrons-nous, avec le secours de la grâce, le but poursuivi par Montfort durant la période préliminaire de ses Exercices spirituels.

Demandons aujourd’hui à Marie d’allumer et d’entretenir en nos cœurs la flamme du désir ardent, elle dont la jeune âme fut toujours haletante vers le Sauveur promis, plus que tous les Patriarches et les Prophètes de l’ancienne Loi.


I – OBJET DE NOTRE DÉSIR. Il n’est autre que Jésus-Christ lui-même, considéré comme étant la divine Sagesse, l’unique et véritable Sagesse, le Bien le plus désirable, celui qui surpasse infiniment tous les biens dont nous pouvons souhaiter la possession.

Mais pour désirer et rechercher cette divine Sagesse, il est nécessaire de nous appliquer à la connaître, comme nous avons déjà commencé de le faire dans nos premières méditations. Car peut-on aimer ce qu’on ne connaît pas ? Peut-on vraiment désirer ce qu’on ne connaît qu’imparfaitement ?[2] « Pourquoi, interroge Montfort, aime-t-on si peu l’adorable Jésus, sinon parce qu’on ne le connaît pas, ou très peu ? Il n’y a presque personne qui étudie comme il faut, avec l’Apôtre, cette science suréminente de Jésus, qui est cependant la plus noble, la plus douce, la plus utile et la plus nécessaire de toutes les sciences et connaissances. »

Elle est la plus noble, parce qu’elle a pour objet ce qu’il y a de plus sublime, la Sagesse incréée et incarnée, qui renferme en soi toute la plénitude de la divinité et de l’humanité, tout ce qu’il y a de plus grand au Ciel et sur la terre, toutes les créatures visibles et invisibles, spirituelles et corporelles. Saint Jean Chrysostome dit que Notre-Seigneur est un sommaire des œuvres de Dieu, un tableau raccourci de toutes ses perfections et de toutes celles qui sont dans les créatures. Jésus-Christ, la Sagesse éternelle, et tout ce que vous pouvez et devez désirer. Désirez-le, cherchez-le, parce qu’il et cette unique t précieuse perle pour l’achat de laquelle vous ne devez pas faire de difficulté de vendre tout ce que vous avez…

Il n’y a pas, non plus, de science plus douce que la connaissance de la divine Sagesse. Bienheureux sont ceux qui l’écoutent, plus heureux ceux qui la désirent et la recherchent ; mais les plus heureux sont ceux qui gardent ses voies et goûtent en leur cœur cette douceur infinie, joie et félicité du Père éternel, et gloire des anges. On ne sait pas quel est le plaisir que goûte une âme qui connaît la beauté de la Sagesse, particulièrement lorsqu’elle fait entendre ces paroles : Goûtez et voyez… et enivrez-vous de mes douceurs éternelles, car ma compagnie ne cause aucune amertume, ni mon entretien aucun ennui : on n’y trouve que contentement et joie (Sap. 8, 16).

Cette connaissance de la divine Sagesse est aussi la plus utile et la plus nécessaire, parce que la vie éternelle consiste à connaître Dieu et son Fils, Jésus-Christ (Joan. 17, 3). Vous connaître, s’écrie le Sage parlant à la Sagesse, est la justice parfaite ; et comprendre votre puissance est la racine de l’immortalité (Sap. 15, 3) ? Voulons-nous, en vérité, avoir la vie éternelle, ayons donc la connaissance de la divine Sagesse ; voulons-nous avoir la perfection de la sainteté en ce monde, connaissons l Sagesse ; voulons-nous avoir en notre cœur la racine de l’immortalité, ayons en notre esprit la connaissance de la Sagesse.

« Savoir Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, c’est assez savoir. Savoir tout et ne pas le savoir, c’est ne rien savoir… De quoi nous serviront toutes les autres sciences nécessaires au salut, si nous ne savons celle de Jésus-Christ, qui est l’unique nécessaire et le centre où toutes doivent aboutir ?… »

Et s’appuyant sur l’exemple de saint Paul, Montfort ajoute : « Quoique le grand Apôtre sût tant de choses et qu’il fût versé dans les Lettres humaines, il disait partout qu’il ne croyait savoir que Jésus crucifié » (1 Cor. 2, 2). Disons donc avec lui : Je méprise toutes ces connaissances desquelles j’ai jusqu’ici fait état, en comparaison de celle de Jésus-Christ, mon Seigneur (Philipp. 3, 7-8). Je vois maintenant et j’expérimente que cette science est si excellente, si délicieuse, si profitable et si admirable, que je ne tiens aucun compte de toutes les autres, qui autrefois m’avaient tant plu… Je vous dis que Jésus-Christ est l’abîme de toute la science, afin que vous ne vous laissiez point tromper aux belles et magnifiques paroles des orateurs, ni aux subtilités si fallacieuses des philosophes (Coloss. 2, 4-8), c’est-à-dire de tous ceux qui pensent, parlent et enseignent selon la seule science naturelle et l’esprit du monde » (Amour Sagesse éternelle, n°s 8-12).


Nous aimerions d’autant plus connaître la divine Sagesse qu’Elle-même a pris soin de nous témoigner l’empressement qu’elle a de nous voir la désirer et la chercher.

« J’aime ceux qui m’aiment, nous a-t-elle dit, et quiconque me cherche avec empressement me trouvera, et, me trouvant, trouvera abondance de tous biens… Car les biens durables sont avec moi ; et il est incomparablement meilleur de me posséder que de posséder tout l’or et tout l’argent du monde.. Je conduis les personnes qui viennent à moi par les voies de la justice et de la prudence, et je les enrichis jusqu’au comble de leurs désirs… Et soyez persuadés que mes plus doux plaisirs, mes plus chères délices sont de converser et de demeurer avec les enfants des hommes » (Prov. 8, 17-21).

Et comme si les hommes craignaient encore de s’approcher d’elle, à cause de son éclat merveilleux et de sa majesté souveraine… elle leur fait dire qu’elle est d’un accès facile : qu’elle se laisse aisément voir à ceux qui l’aiment : qu’elle prévient ceux qui la désirent et se montre à eux la première et que celui qui la cherchera dès l’aurore n’aura pas à peiner, car il la trouvera assise à sa porte (Sap. 6, 12-14) ?

Bien plus, « cette Sagesse éternelle, pour s’approcher de plus près des hommes et leur témoigner plus sensiblement son amour, n’est-elle pas allée jusqu’à se faire homme, jusqu’à devenir enfant, jusqu’à devenir pauvre et jusqu’à mourir pour eux sur la croix ? Combien de fois s’est-elle écriée, lorsqu’elle vivait sur la terre : Venez à moi, venez tous à moi ; c’est moi, ne craignez rien. Pourquoi craindriez-vous ? Je suis semblable à vous et je vous aime. Serait-ce parce que vous êtes pécheurs ? Eh ! c’est eux que je cherche. Serait-ce parce que vous êtes égarés du bercail par votre faute ? Eh ! je suis le Bon Pasteur. Serait-ce parce que vous êtes chargés de péchés, couverts d’ordures, accablés de tristesse ? Eh ! c’est justement pourquoi vous devez venir à moi ; car je vous déchargerai, je vous consolerai…

« Comment, conclut notre saint, n’être pas touché de désirs si empressés, de recherches si amoureuses et des témoignages d’une amitié si persistante ? » (A.S.E. n° 67, 69, 70, 72)

Désirons donc à notre tour et recherchons uniquement cette divine Sagesse, telle qu’elle s’est présentée à nous dans nos méditations précédentes, en opposition avec la sagesse mondaine. C’est d’elle seule que nous devons nous éprendre. L’autre est trompeuse et mensongère, faite d’apparences et pleine de déceptions : ceux qui s’y complaisent mènent une existence vide, hors la voie de vérité. « Jusques à quand, leur crie Montfort, aurez-vous le cœur pesant et tourné vers la terre ? Jusques à quand aimerez-vous la vanité et chercherez-vous le mensonge ? » (A.S.E. 181)

Ô Notre-Dame de la Sagesse, gardez-nous d’imiter la conduite de ces prétendus sages du siècle ; et puisque notre cœur est ainsi fait qu’il ne peut demeurer sans amour, à la place de la convoitise terrestre entretenez en nous le désir surnaturel. Loin de ceux qui se tiennent uniquement penchés sur les biens de ce monde, élevez nos cœurs vers ce Bien inestimable et ce trésor sans prix qui est votre divin Fils. Alors, notre désir ne sera pas illusion, et notre amour tendra vers une réalité impérissable.

Pourquoi faut-il que les enfants du siècle soient plus prudents, en leurs négoces, que les fils de lumière en la poursuite de la véritable Sagesse ? Ceux-là ne se donnent aucun repos qu’ils n’aient obtenu le transitoire bien-être convoité ; et nous, nous ne ferions aucun effort pour arriver à la possession de la suprême et indéfectible Richesse de la terre et des Cieux ? Ô Marie, aidez-nous à comprendre combien tout nous manque, si nous ne la possédons pas.


I – QUALITE DE NOTRE DÉSIR. Il doit être ARDENT, c’est-à-dire avivé par la flamme d’un constant amour pour l’adorable Personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Puisque nous devons faire passer en nos âmes les sentiments et dispositions de la sienne, comment ne pas l’aimer de toute la force de notre volonté ? Comment ne pas chercher à toujours intensifier notre amour au contact de ses exemples et de ses paroles, tels que nous les propose l’Évangile ?

Nous connaissons l’épisode des deux disciples désemparés d’Emmaüs, au soir de la journée de Pâques. Pendant qu’ils cheminaient en compagnie du voyageur inconnu, venu se joindre à eux, et qu’ils l’écoutaient leur expliquer les Écritures depuis Moïse jusqu’aux prophètes, comme quoi il fallait que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire… leur cœur, jusque-là lourd de tristesse, se fit tout à coup brûlant en leur poitrine. Ce qui ne les étonna plus, lorsqu’ils eurent reconnu, à la fraction du pain, le Sauveur ressuscité.

Ô mon âme, n’est-ce pas ce même Sauveur qui te parle aujourd’hui, qui t’explique son Évangile, qui te manifeste, tout au long des pages du Livre inspiré, son esprit de pénitence, lui qui était l’innocence même ; son esprit de détachement des biens d’ici-bas, lui qui possédait toute la richesse de la terre et des Cieux ; son esprit d’admirable humilité devant Dieu et les hommes, alors qu’il était co-égal à Dieu et qu’il le demeure toujours ?…

Et pendant qu’il projette ainsi cette lumière sur ton intelligence, ne sens-tu pas comme les disciples d’Emmaüs le cœur te brûler la poitrine ? N’éprouves-tu pas alors plus intensément le désir de l’aimer, de le suivre dans sa voie austère et douloureuse, afin d’entrer un jour en participation de sa gloire ?…

Oh ! oui, retenons que, pour garder et entretenir en nous ce désir ardent de la divine Sagesse, il n’est que d’avoir habituellement devant nos yeux et de repasser en notre esprit les enseignements de l’Évangile. L’enchantement de cette science des sciences nous désenchantera à tout jamais des apparences et vanités du monde.


Nous serons fidèles alors à observer les commandements du Seigneur, dans la certitude d’arriver à la possession du Trésor tant souhaité et recherché. « Il faut, nous dit Montfort, que le désir de la Sagesse soit un grand don de Dieu, puisqu’il est la récompense de la fidèle observation de ses commandements… » La Sagesse, en effet, n’entrera pas dans une âme perverse, elle n’habitera pas dans un corps assujetti au péché : quoniam in malevolam animam non introibit Sapientia, nec habitabit in corpore subdito peccatis (Sap. 1, 4). Il ne pourrait donc suffire d’avoir de ces désirs languissants, de ces velléités du bien, qui ne font point quitter le péché et n’obligent pas à se faire violence. Ce sont des désirs faux et trompeurs qui tuent et damnent. Le châtiment est à craindre, même dès ce monde : « Ceux qui ne se sont pas mis en peine de rechercher la Sagesse, dit le saint-Esprit, non seulement sont tombés dans l’ignorance du bien, mais ils ont encore laissé aux vivants le souvenir de leur folie, afin que leurs fautes ne puissent demeurer cachées » (Sap. 10, 8). Ignorance, aveuglement fou, scandale… trois malheurs, qui frappent pendant cette vie ceux qui ont fui, méprisé, offensé l’aimable et souveraine Sagesse.

« Mais, poursuit Montfort, quel est leur malheur à la mort, lorsque, malgré eux, ils entendent la Sagesse leur reprocher : Je vous ai appelés, et vous ne m’avez pas répondu (Prov. 1, 24) ; je vous ai tendu les bras tout le jour et vous m’avez résisté : je vous ai attendus, assise à votre porte, et vous n’êtes point venus à moi… Et moi, à mon tour, je n’aurai pas pitié de votre malheur, je me moquerai quand viendra sur vous l’épouvante (Prov. 1, 26). Je n’aurai plus ni oreilles pour écouter vos cris, ni yeux pour regarder vos larmes, ni cœur pour être touchée de vos sanglots, ni mains pour vous donner du secours.

« Enfin, quel sera leur malheur en enfer ! » Lisons ce que le Saint-Esprit lui-même a dit des plaintes, des regrets, du désespoir des pauvres damnés :

Oui, nous avons erré hors du chemin de la vérité :

La lumière de la justice n’a pas brillé sur nous, Et sur nous ne s’et pas levé son soleil.

Nous nous sommes rassasiés dans la voie de la perdition. Nous avons traversé des déserts sans chemin,

Et la voie du Seigneur, nous ne l’avons pas connue ! De quoi nous a servi notre orgueil ?

Que nous not valu richesse et jactance ? Tout cela a passé comme l’ombre,

Et comme une rumeur qui s’enfuit.… (Sap. 5, 6, 9)

« Trop tard, ils reconnaissent leur folie et leur malheur pour avoir méprisé la Sagesse de Dieu. Ils commencent à parler sagement, mais c’est en enfer » (A.S.E. n° 72).


Ce n’est donc pas vers les sages selon le monde que nous devons tourner nos regards, mais vers les élus de Dieu, afin d’enflammer notre désir à l’ardeur de leur amour. Ceux-ci n’ont point essayé d’accorder l’esprit de Jésus-Christ avec l’esprit du siècle. Leur vie fut sans déguisement, et leur désir s’élevait d’une volonté droite, tendue tout entière vers le bien. Si le monde avec ses charmes, ou si la concupiscence avec ses fièvres venaient parfois solliciter leur constance, ils savaient mépriser ces avances et puisaient l’énergie de se vaincre dans cette pensée que la vie de l’homme ici-bas n’est pas une recherche des biens périssables et passagers, mais une lutte persévérante pour l’obtention de la couronne de gloire.

Ces élus qui s’éprennent ainsi de la divine Sagesse, ce sont les pauvres et les ignorants selon le monde, les opprimés et les faibles, les petits et les humbles, les âmes de silence et de sacrifice qui, à travers toutes les difficultés inhérentes à leur conditions, alimentent l’ardeur de leur désir au contact des vérités éternelles et des promesses infaillibles.

Ce que ces pauvres et ces méprisés du monde ont obtenu avec le secours de la grâce, pourquoi ne l’obtiendrions-nous pas ? Pourquoi courir le risque de perdre les biens impérissables en arrêtant notre cœur aux misérables richesses d’un jour ? Ne vaut-il pas mieux, pour notre bonheur, nous tourner résolument vers l’unique et véritable Sagesse ?

Alors, notre désir montera d’un cœur ardent, c’est-à-dire d’une volonté sans langueur, d’une vie sans déguisement, d’un amour sans faux alliage. Nous ne nous répandrons plus dans la multitude des choses vaines, mais nous nous recueillerons et nous nous établirons dans l’unité de l’incorruptible Sagesse. Et la Vierge, ayant attiré toutes nos puissances vers l’inestimable vie du dedans, nous revêtira de ce manteau de lumière qui est l’esprit de son Seigneur Jésus.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Mathieu, chap. 7, 1 à 16 : Vices à éviter dans la vie chrétienne (suite).

IMITATION de Jésus-Christ, livre 1, chap. 13 : De la résistance aux tentations.

Évangile

Saint Mathieu 7, 1-16

« Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés. Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l’on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. Pourquoi vois-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, et n’aperçois-tu pas la poutre qui est dans ton œil ? Ou comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter une paille de ton œil, toi qui as une poutre dans le tien ? Hypocrite, ôte premièrement la poutre de ton œil, et alors tu verras comment ôter la paille de l’œil de ton frère.

« Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent.

« Demandez, et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l’on ouvre à celui qui frappe. Lequel de vous donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du pain ? Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? Si donc, méchants comme vous l’êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raison votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent.

« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est la loi et les prophètes.

« Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent.

« Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au dedans ce sont des loups ravisseurs. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? »

Imitation de Jésus-Christ

De la résistance aux tentations

1. Tant que nous vivons ici-bas, nous ne pouvons être exempts de tribulations et d’épreuves.

C’est pourquoi il est écrit au livre de Job : La tentation est la vie de l’homme sur la terre.

Chacun devrait donc être toujours en garde contre les tentations qui l’assiègent, et veiller et prier pour ne point laisser lieu aux surprises du démon, qui ne dort jamais, et qui tourne de tous côtés, cherchant quelqu’un pour le dévorer.

Il n’est point d’homme si parfait et si saint qui n’ait quelquefois des tentations, et nous ne pouvons en être entièrement affranchis.

2. Mais, quoique importunes et pénibles, elles ne laissent pas d’être souvent très utiles à l’homme parce qu’elles l’humilient, le purifient et l’instruisent.

Tous les saints ont passé par beaucoup de tentations et de souffrances, et c’est par cette voie qu’ils ont avancé ; mais ceux qui n’ont pu soutenir ces épreuves, Dieu les a réprouvés, et ils ont défailli dans la route du salut.

Il n’y a point d’ordre si saint, ni de lieu si secret, où l’on ne trouve des peines et des tentations.

3. L’homme, tant qu’il vit, n’est jamais entièrement à l’abri des tentations, car nous en portons le germe en nous, à cause de la concupiscence dans laquelle nous sommes nés.

L’une succède à l’autre ; et nous aurons toujours quelque chose à souffrir, parce que nous avons perdu le bien et la félicité primitive.

Plusieurs cherchent à fuir pour n’être point tentés, et ils y tombent plus gravement.

Il ne suffit pas de fuir pour vaincre, mais la patience et la véritable humilité nous rendent plus fort que tous nos ennemis.

4. Celui qui, sans arracher la racine du mal, évite seulement les occasions extérieures, avancera peu ; au contraire, les tentations reviennent à lui plus promptement et plus violentes.

Vous vaincrez plus sûrement peu à peu et par une longue patience, aidé du secours de Dieu, que par une rude et inquiète opiniâtreté.

Prenez souvent conseil dans la tentation, et ne traitez point durement celui qui est tenté, mais secourez-le comme vous voudriez qu’on vous secourût vous-même.

5. Le commencement de toutes les tentations est l’inconstance de l’esprit et le peu de confiance en Dieu.

Car, comme un vaisseau sans gouvernail est poussé çà et là par les flots, ainsi l’homme faible et changeant qui abandonne ses résolutions est agité par des tentations diverses.

Le feu éprouve le fer, et la tentation, l’homme juste.

Nous ne savons souvent ce que nous pouvons, mais la tentation montre ce que nous sommes.

Il faut veiller cependant, surtout au commencement de la tentation, car on triomphe beaucoup plus facilement de l’ennemi, si on ne le laisse point pénétrer dans l’âme, et si on le repousse à l’instant même où il se présente pour entrer.

C’est ce qui a fait dire à un ancien : Arrêtez le mal dès son origine ; le remède vient trop tard quand le mal s’est accru par de longs délais.

D’abord une simple pensée s’offre à l’esprit, puis une vive imagination, ensuite le plaisir et le mouvement déréglé, et le consentement. Ainsi peu à peu l’ennemi envahit toute l’âme, lorsqu’on ne lui résiste pas dès le commencement.

Plus on met de retard et de langueur à le repousser, plus on s’affaiblit chaque jour, et plus l’ennemi devient fort contre nous.

6. Plusieurs sont affligés de tentations plus violentes au commencement de leur conversion ; d’autres, à la fin ; il y en a qui souffrent presque toute leur vie.

Quelques-uns sont tentés assez légèrement, selon l’ordre de la sagesse et de la justice de Dieu qui connaît l’état des hommes, pèse leurs mérites, et dispose tout pour le salut de ses élus.

7. C’est pourquoi, quand nous sommes tentés, nous ne devons point perdre l’espérance, mais prier Dieu avec plus de ferveur, afin qu’il daigne nous secourir dans toutes nos tribulations ; car, selon la parole de l’Apôtre, il nous fera tirer avantage de la tentation même, de sorte que nous puissions la surmonter.

Humilions donc nos âmes sous la main de Dieu, dans toutes nos tentations, dans toutes nos peines, parce qu’il sauvera et relèvera les humbles d’esprit.

8.Dans les tentations et les traverses, on reconnaît combien l’homme a fait de progrès. Le mérite est plus grand, et la vertu paraît davantage.

Il est peu difficile d’être pieux et fervent lorsque l’on n’éprouve rien de pénible ; mais celui qui se soutient avec patience au temps de l’adversité donne l’espoir d’un grand avancement. Quelques-uns surmontent les grandes tentations et succombent tous les jours aux petites, afin qu’humiliés d’être si faibles dans les moindres occasions, ils ne présument jamais d’eux-mêmes dans les grandes.


[1] Non est ista sapientia desursum descendens, sed terrena, animalis, diabolica (Jacob, 3, 15)

[2] Il n’est cependant question, ici, que d’une connaissance initiale, indispensable aux commençants. Plus tard, dans notre troisième Semaine, nous nous appliquerons à connaître, d’une manière plus approfondie, Jésus-Christ, la Sagesse éternelle et incarnée.