Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Préalable : se vider du monde

Troisième Jour
LE MONDE
ET SON ESPRIT DE POSSESSION

La deuxième source de la corruption du monde, selon l’apôtre saint Jean, est la concupiscence des yeux. Cette convoitise, adulée, engendre chez les uns l’amour de la richesse pour elle-même, le désir d’amasser des biens terrestres dont la vue attire et retient leurs regards. C’est la CUPIDITÉ, appelée plus communément avarice.

Plus subtilement, cette même convoitise se porte chez d’autres sur les yeux de l’esprit. Elle engendre alors l’amour de la vaine science, du savoir inutile et dangereux, le désir de connaître et d’expérimenter ce qu’il ne faut pas. C’est une CURIOSITÉ mauvaise, contraire à la foi et très nuisible à la vie spirituelle.

Nous considérerons sous son double aspect cette seconde manifestation de l’esprit du monde ; et nous constaterons, à la lumière des textes révélés, qu’elle aussi vient de Satan.

Prions Marie, la Vierge au cœur simple, qui fut si magnifiquement détachée des biens de ce monde et de tout ce qui ne se rapporte pas à Dieu. Demandons-lui de mettre en nos âmes son amour des biens impérissables, sa belle intelligence des vérités de la foi.

I

Ceux que le monde détient, par la concupiscence des yeux du corps, témoignent par-dessus tout un attachement désordonné aux richesses dont l’éclat les éblouit et les fascine. Ils recherchent ces richesses, non pas dans le but de satisfaire davantage une passion charnelle, mais pour le plaisir de les avoir sous leurs yeux et d’en savourer la vaine possession. Le bien-être de l’avare réside en ce contentement égoïste : je suis le possesseur de cette fortune ; je suis le maître de cet or, de ces terres, de ce domaine, de ces riches ameublements.

L’amour de l’argent est son repos et sa félicité. Il ne le dissipe pas au dehors, il le garde et le regarde, il enferme son bonheur dan cet horizon borné. « Celui qui aime l’argent, dit le Sage, ne se remplit pas de son argent, et celui qui aime les richesses n’en goûte pas le fruit. C’est encore là une vanité… Quel avantage revient au possesseur de tous ces biens, sinon qu’il les voit de ses yeux ? » (Eccl., V, 9).

« C’est pour lui, ajoute-t-il, comme une chose sacrée dont il ne se permet pas d’approcher ses mains. Tout cœur passionné embellit dans son imagination l’objet de sa passion. Celui-ci donne à son or et à son argent un éclat que la nature ne lui donne pas ; il est ébloui de ce faux éclat : la lumière du soleil, qui est la vraie joie des yeux, ne lui paraît pas si belle. » (Traité de la Concupiscence, chap. 9) Tel est le vide de cette convoitise que dénonce l’apôtre saint Jean.

Et pourtant son désir est insatiable. Rien ne peut contenter la faim dévorante du cœur agglutiné aux richesses. Le propre de l’avarice est précisément de rendre une âme toujours plus avide dans son désir de posséder. Cette passion du désir est sa seule jouissance ou plutôt son tourment. Les autres convoitises trouvent une limite à leur satiété : le sensuel peut apaiser sa passion dans les plaisirs de la chair ; le gourmand peut assouvir dans les festins son amour de la bonne chère : mais le cœur cupide n’est jamais satisfait. « Cette gourmandise des yeux, note encore Bossuet, n’est jamais contente : elle n’a, pour ainsi parler, ni fond ni rive. » Aussi l’Écriture, au livre des Proverbes (XVII, 9), compare-t-elle les yeux de l’homme avare au sépulcre ou à l’abîme qu’une nouvelle proie ne rassasie jamais.


Les maux qu’engendre la cupidité sont sans nombre. Saint Paul, qui ne craint pas de l’appeler une « idolâtrie » (Eph. V, 5) dit encore qu’elle est la racine de tous les vices : Radix omnium malorum est cupiditas. (I Tim., VI, 10). Elle donne naissance à un people d’iniquités, parce qu’elle précipite ses esclaves dans la tentation et les pièges de Satan. L’homme d’argent devient vite injuste, fourbe, trompeur. Toujours il se montre insensible et dure aux misères du prochain, comme nous le décrit la parabole du mauvais riche de l’Évangile. Il en arrive à ne reculer ni devant le vol ou l’homicide, ni devant la trahison à la manière de l’apôtre Judas.

Sa répugnance pour les choses divines est invincible. Le dégoût des réalités éternelles envahit l’âme follement éprise des biens de ce monde. « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon », a dit Notre-Seigneur (Luc, XVI, 13). Notre cœur ne peut pas réunir ces deux amours : il lui faut choisir entre les richesses du siècle présent et les richesses du siècle à venir. S’il confine son élection au cercle étroit des premières, il pourra peut-être goûter pour un temps le bien-être d’un paradis tout terrestre, les délices du Paradis des élus lui demeureront inconnues à jamais. Le cupide est plus éloigné du salut que le voluptueux. La charité du Sauveur a converti Madeleine la pécheresse, elle n’a pas triomphé de l’endurcissement de Judas.

La concupiscence des yeux, installée reine dans un cœur idolâtre des richesses, brise sans espoir tout essor de la volonté vers un monde meilleur. Nihil est iniquius quam amare pecuniam (Eccl., X, 10). Rien n’est plus sordide que l’amour de l’argent. Celui qu’enflamme cette convoitise traîne une âme vénale, il s’amasse un trésor de colère pour le jour du jugement.

Voilà pourtant le grand talisman que le monde présente à ceux qu’enchaîne son esprit. Supplions la Très Sainte Vierge d’en détourner à jamais nos yeux et nos cœurs. Et redisons-nous dès maintenant que notre Consécration, fidèlement vécue, nous assure la possession tranquille de la divine Sagesse, pur trésor qui ne s’allie point avec les richesses de la terre :

« Car tout l’or du monde n’est auprès d’elle qu’un peu de sable. Et l’argent, à côté d’elle, doit être estimé comme de la boue. » (Sap., VII, 12)

II

Nous avons annoncé qu’il faut rapporter encore à la concupiscence des yeux la curiosité vaine. Les yeux doivent alors s’entendre de l’intelligence, d’une intelligence qui cherche à posséder :

Soit des connaissances inutiles et frivoles,
Soit certaines sciences mauvaises,

Soit même les sciences véritables, mais d’une manière insuffisante, ou excessive, ou simplement égoïste.


La vaine curiosité se porte le plus communément sur le désir de savoir, sans raison aucune, tout ce qui se passe dans le monde et autour de soi, les nouvelles insignifiantes qui circulent, ce qu’indistinctement rapportent les journaux et la radio : et aussi les secrets des familles, la conduite et les affaires du voisin, les agissements, les intrigues, les manières d’agir de celui-ci et de celui-là… » Ô Dieu, s’écriait Bossuet, quelle pâture pour les âmes curieuses, et par là vaines et faibles ! » (Traité de la Concupiscence, chap. 8).

Et quelle porte ouverte à l’esprit du siècle ! Aussi les mondains excellent-ils dans l’acquisition de cette science superficielle et vide. Elle satisfait leur légèreté, elle occupe leur temps, elle emplit leur existence de vent et d’ombre. Fascinés par ces riens, ils ferment les yeux intérieurs à la seule science nécessaire qui est celle du salut.

Lorsque cette curiosité accapare une âme chrétienne ou consacrée, elle lui devient « une cause comme infinie de distractions et de préoccupations ; elle développe le sens humain, les goûts terrestres. Elle est le contraire du recueillement, elle rend l’oraison à peu près impossible et mine la vie intérieure. » (Mgr Gay, Vie et vertus chrétiennes. De l’humilité)


À ces connaissances inutiles et frivoles il faut encore ajouter les sciences mauvaises qui excitent la curiosité superstitieuse d’un grand nombre. Leur désir immodéré de connaître les pousse jusqu’à consulter des maîtres réprouvés. C’est un fait d’expérience : le monde oriente invariablement ses adeptes vers les détenteurs de sciences occultes. Il leur persuade qu’ils pourront ainsi pénétrer les secrets de l’avenir, acquérir une science capable de suffire en face du redoutable mystère de l’au-delà.

Dans son livre sur l’Amour de la Sagesse éternelle, le P. de Montfort mettait les chrétiens en garde contre ces sortes de sciences fausses et trompeuses (N° 85-89). Si les manifestations qu’il dénonce, et qui sévissaient de son temps, semblent des procédés aujourd’hui vieillis, la ruse du monde n’a pas changé pour autant. De nos jours encore, « que de cartomanciennes, que de devineresses, que de spirites, que de spéculateurs et prometteurs de toutes sortes de choses cachées, ou de bonheur et de vie facile ! Que de superstitions sont le fait d’une foule de personnes qui se vantent encore d’être chrétiennes ! Personne ne niera que l’argent qu’elles y perdent, le temps qu’elles y passent et leur foi qu’elles ébranlent, ne soient des faits quotidiens. » (P. Huré, montfortain, dans l’édition de 1929, p. 135)

Montfort concluait que s’appliquer à de telles sciences, c’est faire injure à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, en qui sont tous les trésors de la Sagesse et de la Science de Dieu.


Enfin, pour ce qui concerne les sciences véritables, humaines ou divines, il faut garder notre esprit d’un triple péril : celui de ne point faire converger tout rayon de lumière vers la Lumière éternelle, objet de notre félicité ; celui de vouloir scruter avec excès les secrets de la grâce, qui dépassent la portée de notre intelligence ; celui de vouloir amasser des connaissances sans aucun désir d’apostolat.

Curiosité périssable : curiosité présomptueuse et téméraire ; curiosité devenue égoïsme.

– Toute science qui n’élève pas notre âme vers les réalités immortelles est une science caduque. Connaître Jésus-Christ, auteur de la grâce, c’est la vie éternelle, c’est la vie tout court, car il n’y a pas pour nous de vie vraie, différente de celle de l’Esprit du Christ en nous. Il importe donc de surnaturaliser nos études, de les orienter toujours vers cette vérité divine qui est le Christ. Alors, notre science, même profane, s’épanouira dans la lumière, au lieu d’être seulement le fruit éphémère d’une activité naturelle.

– Quant à la vérité divine elle-même, apportons à la contempler le regard humble de ces cœurs simples et droits à qui Dieu daigne se révéler. Ne recherchons pas ce qui nous dépasse. Sachons nous borner et tenir compte des limites assignées à notre exil. Celui qui voudra scruter la majesté sera opprimé par la gloire (Prov. XXV, 27). L’histoire ecclésiastique est pleine de la chute de savantes esprits, curieux à outrance. « Combien ont trouvé leur perte dans la trop grande méditation des secrets de la prédestination et de la grâce ! » (Bossuet). Le mystère de la prédestination et de la réprobation est impénétrable, nous ne pouvons qu’en balbutier quelque explication. Soyons donc sobres et modérés dans l’étude de ces questions relevées, ainsi que saint Paul nous y exhorte, tout en nous recommandant la science et la sagesse : Non plus sapere quam oportet sapere, sed sapere ad sobrietatem (Rom., XV, 3).

« Croyons simplement aujourd’hui ; demain les voiles tomberont, la grande vision apparaîtra, et le mystère aura disparu pour toujours. » (Mgr Gay, Vie et vertus chrétiennes. De l’humilité)

– Enfin gardons-nous de cet autre travers, qui consiste à recueillir et amasser des connaissances même surnaturelles, uniquement pour soi, pour sa propre satisfaction, comme un trésor improductif, ce qui serait l’avarice de l’esprit. Dieu ne nous a pas donné le goût et la capacité de connaître, d’étudier, pour notre seule jouissance personnelle. L’intelligence, comme l’argent, ne sert qu’à condition d’être utilisée dans l’intérêt du prochain. Nos facultés ne nous appartiennent pas : elles nous ont été prêtées par Dieu comme un dépôt à faire fructifier. La connaissance de la vérité, et surtout de la vérité révélée, confère à qui la possède le devoir de la répandre. Que notre science s’épanouisse en désir d’apostolat.

III

Pour achever de nous détourner à jamais de cet esprit du monde, sous son double aspect d’avarice et de curiosité, rendons-nous compte maintenant qu’il vient en droite ligne de Satan, l’adversaire de Dieu et l’ennemi de nos âmes. Sur ce point particulier, nulle part sa tactique de corrupteur ne se montre à découvert comme dans la tentation de nos premiers parents au paradis terrestre et dans la tentation du nouvel Adam au désert de Judée.

Au paradis terrestre, nos premiers parents avaient tout en abondance. Ils n’éprouvaient aucun besoin de toucher au fruit marqué de la défense divine. C’est pourquoi le démon se garde bien de leur proposer un surcroît de richesses ou de bien-être, mais il s’attaque à leur intelligence. Devant les yeux de leur esprit, il ouvre une curiosité comme infinie, en promettant la possession d’une science qui leur permettra de découvrir jusqu’aux secrets de la conduite de Dieu : « Non, vous ne mourrez point en mangeant du fruit de cet arbre. Dieu sait au contraire que le jour où vous en mangerez, vos yeux seront ouverts ». Aperientur oculi vestri.

Vos yeux seront ouverts, c’est-à-dire votre esprit s’ouvrira à une science supérieure inconnue jusqu’ici. Les lumières que vous en avez ne sont rien en présence de celles que vous dérobe encore la vertu cachée dans ce fruit. Par cette science vous serez éclairés sur toutes les choses qui peuvent vous rendre heureux ou malheureux. Vous pénétrerez par vous-mêmes dans cette connaissance mystérieuse et réservée du bien et du mal dont Dieu semble si jaloux.

Et voilà la terrible convoitise éveillée en leur esprit. Adam et Eve s’y laissèrent prendre.

Au désert de Judée, la situation était totalement différente. Pendant son jeûne de quarante jours, Jésus vivait dans le dénuement le plus absolu. Aussi le démon, vaincu sur la tentation de la faim, propose-t-il de suite au Sauveur la séduction des richesses de ce monde. Selon le récit de saint Luc (III, 5-8), il le transporta alors sur une montagne très élevée, d’où il découvrit à ses yeux en un instant tous les royaumes de l’univers avec leur magnificence et leurs trésors : « Je te donnerai tous ces biens, je t’établirai le possesseur de toute cette opulence, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi ! »

D’un mot de commandement, Jésus repoussa le tentateur dont la tactique était la même qu’au paradis terrestre. Que le démon s’en prenne aux yeux de notre esprit ou à ceux de notre corps, son but sera toujours d’attirer les humains vers une félicité mensongère, par la promesse de biens qui nous détournent de Dieu et nous jettent à ses pieds.


Ainsi a-t-il infusé dans le monde cet esprit de possession, justement dénommé par l’apôtre saint Jean concupiscence des yeux ; des yeux qui veulent se repaître de la richesse pour elle-même, ou des yeux qui veulent s’ouvrir sur la connaissance du péché. Les yeux s’ouvrent alors, en effet, mais c’est « pour voir son malheur et un désordre en soi-même qu’on n’aurait jamais vu sans cela » (Bossuet). Quant aux yeux avares ou cupides, leur misérable délectation n’aura qu’un temps.

Ô Marie, puisque la perversité et le mensonge du monde nous apparaissent de plus en plus clairement, ne permettez pas que nous nous y laissions prendre un seul jour. Que vos charmes, vos attraits, vos vertus, vos exemples nous captivent et nous retiennent dans les moments de tentation. Attirez-nous à vous. Vous tenir, vous posséder, n’est-ce pas tenir et posséder tous les biens ? N’êtes vous pas le trésor de Dieu, et donc aussi le nôtre ? « Oh ! » s’écriait le P. de Montfort, quelle confiance et quelle consolation pour une âme qui peut dire que le trésor de Dieu, où il a mis tout ce qu’il a de plus précieux, est aussi le sien : Ipsa est thesaurus Domini. Elle est, dit un saint, le trésor du Seigneur ». (VD, n° 216).

Et telle est la richesse que nous assure notre Donation totale.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Matthieu, chap. 5, versets 27 à 32 : La loi nouvelle, complément de la loi ancienne (suite). IMITATION de Jésus-Christ, livre I, chap. 3 : De la doctrine de vérité.

Évangile

(S. Matthieu, V, 27-32 ; S. Luc, XVI, 18)

« Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : « Vous ne commettrez point d’adultère. » Et Moi Je vous dis : Quiconque regarde une femme avec concupiscence a déjà commis l’adultère dans son cœur.

« Si donc votre œil droit vous est une occasion de chute, arrachez-le et jetez-le loin de vous ! car il vaut mieux, pour vous, perdre l’un de vos membres, qu’être jeté tout entier dans la Géhenne. Et si votre main droite vous est une occasion de chute, coupez-la et jetez-la loin de vous ! Il vaut mieux, pour vous, qu’un de vos membres périsse, que de voir votre corps tout entier dans la Géhenne.

Il a été dit : « Si quelqu’un renvoie sa femme, il lui donnera un écrit de répudiation. » – Et Moi Je vous dis : Quiconque se sépare de sa femme, hors le cas d’infidélité, la rend adultère ; et, même en ce cas, il est adultère s’il en épouse une autre ; et quiconque épouse la femme renvoyée, commet un adultère.

Imitation de Jésus-Christ

3. De la doctrine de la vérité

1.Heureux celui que la vérité instruit elle-même, non par des figures et des paroles qui passent, mais en se montrant telle qu’elle est.

Notre raison et nos sens voient peu, et nous trompent souvent. À quoi servent ces disputes subtiles sur des choses cachées et obscures, qu’au jugement de Dieu on ne vous reprochera point d’avoir ignorées ?

C’est une grande folie de négliger ce qui est utile et nécessaire pour s’appliquer au contraire curieusement à ce qui nuit. Nous avons des yeux, et nous ne voyons point. 2.Que nous importe ce qu’on dit sur les genres et sur les espèces ?

Celui à qui parle le Verbe éternel est délivré de bien des opinions. Tout vient de ce Verbe unique, de lui procède toute parole, il en est le principe, et c’est lui qui parle en dedans de nous.

Sans lui nulle intelligence, sans lui nul jugement n’est droit. Celui pour qui une seule chose est tout, qui rappelle tout à cette unique chose, et voit tout en elle, ne sera point ébranlé, et son cœur demeurera dans la paix de Dieu. O Vérité, qui êtes Dieu, faites que je sois un avec vous dans un amour éternel ! Souvent j’éprouve un grand ennui à force de lire et d’entendre ; en vous est tout ce que je désire, tout ce que je veux.

Que tous les docteurs se taisent, que toutes les créatures soient dans le silence devant vous : parlez-moi vous seul.

3.Plus un homme est recueilli en lui-même, et dégagé des choses extérieures, plus son esprit s’étend et s’élève sans aucun travail, parce qu’il reçoit d’en haut la lumière de l’intelligence.

Une âme pure, simple, formée dans le bien, n’est jamais dissipée au milieu même des plus nombreuses occupations, parce qu’elle fait tout pour honorer Dieu, et que, tranquille en elle-même, elle tâche de ne se rechercher en rien. Qu’est-ce qui vous fatigue et vous trouble, si ce n’est les affections immortifiées de votre cœur ?

4.L’homme bon et vraiment pieux dispose d’abord au-dedans de lui tout ce qu’il doit faire au-dehors ; il ne se laisse point entraîner, dans ses actions, au désir d’une inclination vicieuse, mais il les soumet à la règle d’une droite raison. Qui a un plus rude combat à soutenir que celui qui travaille à se vaincre ? C’est là ce qui devrait nous occuper uniquement : combattre contre nous-mêmes, devenir chaque jour plus forts contre nous, chaque jour faire quelques progrès dans le bien.

Toute perfection, dans cette vie, est mêlée de quelque imperfection : et nous ne voyons rien qu’à travers je ne sais quelle fumée.

L’humble connaissance de vous-même est une voie plus sûre pour aller à Dieu que les recherches profondes de la science.

Ce n’est pas qu’il faille blâmer la science, ni la simple connaissance d’aucune chose ; car elle est bonne en soi, et dans l’ordre de Dieu ; seulement on doit préférer toujours une conscience pure et une vie sainte.

Mais, parce que plusieurs s’occupent davantage de savoir que de bien vivre, ils s’égarent souvent, et ne retirent que peu ou point de fruit de leur travail. 5.Oh ! s’ils avaient autant d’ardeur pour extirper leurs vices et pour cultiver la vertu que pour remuer de vaines questions, on ne verrait pas tant de maux et de scandales dans le peuple, ni tant de relâchement dans les monastères.

Certes, au jour du jugement on ne nous demandera point ce que nous avons lu, mais ce que nous avons fait ; ni si nous avons bien parlé, mais si nous avons bien vécu. Dites-moi où sont maintenant ces maîtres et ces docteurs que vous avez connus lorsqu’ils vivaient encore, et lorsqu’ils florissaient dans leur science ? D’autres occupent à présent leur place, et je ne sais s’ils pensent seulement à eux. Ils semblaient, pendant leur vie, être quelque chose, et maintenant on n’en parle plus. 6.Oh ! que la gloire du monde passe vite ! Plût à Dieu que leur vie eût répondu à leur science ! Ils auraient lu alors et étudié avec fruit.

Qu’il y en a qui se perdent dans le siècle par une vaine science, et par l’oubli du service de Dieu.

Et, parce qu’ils aiment mieux être grands que d’être humbles, ils s’évanouissent dans leurs pensées.

Celui-là est vraiment grand, qui a une grande charité.

Celui-là est vraiment grand, qui est petit à ses propres yeux, et pour qui la plus grande gloire n’est qu’un pur néant.

Celui-là est vraiment sage, qui, pour gagner Jésus-Christ, regarde comme de l’ordure, du fumier toutes les choses de la terre. Celui-là possède la vraie science, qui fait la volonté de Dieu et renonce à la sienne.