Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Préalable : se vider du monde

Douzième Jour
L’INIMITIÉ ENTRE LA RACE DE SATAN
ET LA DESCENDANCE DE MARIE

Après la chute de nos premiers parents, Dieu ne s’est pas contenté d’établir une inimitié totale, irrémissible entre Satan, le démon tentateur, et Marie, la Femme qui sera intimement associée à l’œuvre de revanche. Il a établi, de façon aussi formelle, la même inimitié entre la race de Satan et la descendance de la Vierge.

La race de Satan est formée de tous les hommes pervers qui imitent sa conduite de révolté. Quant à la descendance de Marie, elle comprend Jésus, son Fils par nature, et tous ses enfants par grâce, les prédestinés, membres du Corps mystique du Christ.

C’est cette descendance de Marie qui a reçu mission d’écraser la tête du serpent infernal, comme nous l’avons vu dans notre méditation du 11è jour. Jésus, Verbe incarné s’est manifesté, au cours de son existence terrestre, le grand Vainqueur de Satan et des suppôts de Satan. Mais ceux-ci n’ont pas désarmé pour autant. Jusqu’à la fin du monde, ils ne cesseront d’attaquer et de persécuter tous ceux qui appartiennent à la descendance spirituelle de Marie. Les justes auront donc à lutter, eux aussi, et à vaincre.

Nous considérerons d’abord comment le monde est partagé en deux camps adverses. Nous comprendrons mieux ensuite combien nous devons être heureux de nous ranger du côté des esclaves de la Vierge, dans la certitude de notre victoire sur les esclaves de Satan.

I
LES DEUX CAMPS ADVERSES

C’est un fait indéniable que le monde se trouve divisé en deux groupes : d’une part, Satan et la race des méchants ; d’autre part, Marie et sa descendance. À la cité du mal, Dieu – par sa sentence du Paradis terrestre – a opposé la cité du bien.

Cette cité du mal existait déjà, en la personne de Lucifer et de ses anges rebelles. On sait que les esprits angéliques, au moment de leur création, furent soumis à une épreuve, afin de mériter l’entrée dans le Ciel de la vision béatifique. Dans un dessein d’amour, Dieu leur révélait le mystère de l’incarnation de son Fils. Ce Fils, prédestiné à être leur Roi, « ne leur était pas présenté dans sa gloire, ni même dans la plénitude de sa vie humaine, mais dans l’humiliation : c’était un enfant, un enfant dans le sein de sa mère » (Apoc. 12, 2)[1]. À la suite de l’orgueilleux Lucifer, les uns ne veulent pas le reconnaître et se dressent contre lui. Les autres, sous la conduite de Michel, prennent sa défense et l’adorent.

Il y eut un grand combat entre eux, mais le dragon rouge et ses anges ne purent vaincre, et leur place même ne se trouva plus dans le Ciel.

Ainsi, c’est autour de la Vierge-Mère du Verbe incarné que s’est fait l’éternel partage des bons et des mauvais, du bien et du mal, dans la création. L’enfer est né de cette révolte des mauvais anges, transformés aussitôt en démons. On comprend de ce fait leur haine contre la Vierge et contre sa descendance spirituelle.


Au paradis terrestre, le signe marial est de nouveau levé, qui se place cette fois devant l’humanité pécheresse. Il faut choisir entre la Femme corédemptrice et le démon, corrupteur des âmes ; entre Marie ou Satan. Il n’y a pas de milieu. Les hommes se diviseront en deux camps comme les anges : les uns accepteront le miséricordieux plan de la rédemption, les autres rejetteront cette immense grâce qui leur est offerte. Les premiers se rangeront du côté de la Vierge ; les seconds, par orgueil, resteront du côté de Satan, l’ennemi de la Femme et de sa descendance. Il y aura les bons et les mauvais, les dociles et les rebelles, les élus et les réprouvés. Il y aura les esclaves de Marie et les esclaves de Satan.

Entre les uns et les autres, aucune entente ne sera possible. « Dieu a mis, dit Montfort, des inimitiés, des antipathies, des haines secrètes, entre les vrais enfants et serviteurs de la Sainte Vierge et les enfants et esclaves du démon. Ils ne s’aiment point mutuellement, ils n’ont point de correspondance intérieure les uns avec les autres.

« Les enfants de Bélial, les esclaves de Satan, les amis du monde (car c’est la même chose, ont toujours persécuté jusqu’ici et persécuteront plus que jamais ceux et celles qui appartiennent à la Très Sainte Vierge, comme autrefois Caïn persécuta son frère Abel, et Esaü son frère Jacob, qui sont les figures des réprouvés et des prédestinés.

« Mais l’humble Marie aura toujours la victoire sur cet orgueilleux, et si grande, qu’elle ira jusqu’à lui écraser la tête où réside son orgueil. Elle découvrira toujours sa malice de serpent… (VD n° 54).

Au temps de l’Incarnation, elle lui a déjà arraché, par son divin Fils, cet empire du monde qu’il détenait sans conteste depuis des millénaires. Au matin de Pentecôte, elle a opposé à sa haine la force irrésistible de conquête de l’Église naissante. La prédication des apôtres, soutenue par la vertu de l’Esprit-Saint, lui a permis d’engendrer des enfants innombrables et de voir surgir des chrétientés magnifiques. Pendant près de quatre siècles, les empereurs païens ont déchaîné persécutions sur persécutions, qui ont fait des milliers de martyrs. Ces persécutions sont les morsures de la race du Serpent contre la descendance spirituelle de Marie, contre « les autres enfants de la Femme », revêtue du soleil et couronnée d’étoiles (Apoc. 12, 17). Satan, par ses suppôts, s’est acharné à meurtrir leurs corps par toutes sortes de tortures, jusqu’à provoquer la mort violente. Comme il a persécuté le Christ, il a persécuté les premiers chrétiens.

Il en a toujours été ainsi dans la vie de l’Église. Sur toutes les plages où les missionnaires sont venus annoncer la Vierge et son divin Fils, ceux-ci ont arraché quantité d’âmes à Satan ; mais Satan n’a pas tardé à susciter contre eux de sanglantes persécutions. Néanmoins, les martyrs ont toujours triomphé de leurs bourreaux, et leur sang versé est devenu une semence de nouvelles chrétientés pour Marie.

Même dans les pays où l’Église affirme depuis des siècles la puissance de la hiérarchie, si Satan ne peut pas toujours déchaîner de persécutions sanglantes, il emploie des armes autrement meurtrières pour les âmes. C’est la laïcisation à outrance, c’est la mensongère et odieuse propagande communiste, c’est la mauvaise presse de plus en plus envahissante par ses livres, brochures et revues aux gravures obscènes, c’est le mauvais cinéma, ce sont toutes les attractions du monde.

Jamais les morsures de la race du Serpent ne furent plus venimeuses et plus cruelles. Jamais la cité du mal ne s’est tant élevée contre la cité du bien. Dieu a laissé au démon le pouvoir de nuire, afin de donner aux enfants de la Vierge la gloire de combattre et de souffrir pour mériter la couronne éternelle. Ce pouvoir cependant est limité, et ne durera qu’un temps ; c’est pourquoi nous voyons le démon – sachant qu’il lui reste peu de temps – intensifier sa haine et gagner partout à sa cause des multitudes d’hommes pervers, pour combattre plus que jamais les fidèles enfants et esclaves de la Vierge.

Combien nous devons être heureux de vouloir appartenir à Marie comme ses esclaves d’amour, dans cette lutte formidable des derniers temps annoncée par Montfort, et qui se terminera par le triomphe éclatant de Jésus-Christ et son Règne dans les siècles des siècles.

II
LA VICTOIRE DES ESCLAVES DE MARIE SUR LES ESCLAVES DE SATAN

« Mais le pouvoir de Marie sur tous les diables éclatera particulièrement dans les derniers temps, où Satan mettra des embûches à son talon, c’est-à-dire à ses humbles esclaves et à ses pauvres enfants, qu’elle suscitera pour lui faire la guerre.

« Ils sont petits et pauvres selon le monde, et abaissés devant tous comme le talon, foulés et persécutés comme le talon l’est à l’égard des autres membres du corps. Mais, en échange, ils seront riches en grâces de Dieu, que Marie leur distribuera abondamment ; grands et élevés en sainteté devant Dieu, supérieurs à toute créature par leur zèle animé, et si fortement appuyés du secours divin, qu’avec l’humilité de leur talon, en union de Marie, ils écraseront la tête du diable et feront triompher Jésus-Christ » (V.D. n° 54).

Ne nous étonnons donc pas de voir la haine des esclaves de Satan se manifester de façon caractérisée contre les apôtres et esclaves de Marie, c’est-à-dire contre ceux et celles qui, totalement dévoués à sa cause, s’efforcent de promouvoir son Règne dans le monde.

Ce sont les deux esclavages qui s’affrontent, car tous ceux qui se rangent obstinément du côté de Satan sont ses esclaves dès ce monde, et le seront bien plus encore dans l’enfer. Ils sont ici-bas ses esclaves de contrainte : bon gré, mal gré, Satan les entraîne dans sa révolte contre le plan divin, comme il entraîna jadis le tiers des esprits angéliques. Dans l’enfer, ils seront, avec Satan et sous la domination de Satan, les esclaves de contrainte de la justice de Dieu, subissant un châtiment implacable et sans espoir d’en voir le terme. Ils sauront alors que Dieu est le Maître : Et scient quia ego Dominus.

Contre les esclaves de Satan Marie lève l’armée de ses esclaves d’amour, qu’elle a formés à la ressemblance de son divin Fils. Leur petitesse aux yeux du monde, leur humilité, leur esprit de dépendance, leur pauvreté et leur détachement des biens terrestres, leur manque de considération au point de vue humain et naturel, tout leur extérieur évangélique ne feront qu’attiser la haine de Satan. Plus que les autres, ils subiront ses morsures. « Ils seront foulés et persécutés, comme le talon l’est à l’égard des autres membres du corps ». On les méprisera, on les contredira, on les traitera d’insensés.

Mais Marie leur communiquera une force surnaturelle qui les rendra invincibles. Elle leur distribuera abondamment ses grâces, en sorte que plus ils apparaîtront pauvres aux yeux du monde, plus ils seront riches en vertus et mérites ; plus on les verra petits et méprisés, plus ils seront « grands et élevés en sainteté devant Dieu ».

« Ils seront supérieurs à toute créature par leur zèle animé », ce qui veut dire que leur apostolat ne s’arrêtera ni devant les puissances infernales déchaînées, ni devant les puissances humaines complices. Et ils se sentiront « si fortement appuyés du secours divin, qu’avec l’humilité de leur talon, en union de Marie, ils écraseront la tête du diable », ils arracheront quantité d’âmes à son esclavage, ils convertiront les pêcheurs, ils reculeront les frontières de ce qui lui reste encore d’empire. « Et ils feront triompher Jésus-Christ », ils établiront son Règne, ce Règne éclatant que toutes les âmes saintes attendent, et pour lequel elles prient et se sacrifient.

Ce sera le beau triomphe de l’Ère mariale. Car « Dieu veut que sa sainte Mère soit à présent plus connue, plus aimée, plus honorée que jamais elle n’a été… » (V.D. n° 55).

« C’est par Marie que le salut du monde a commencé, et c’est par Marie qu’il doit être consommé. Marie n’a presque point paru dans le premier avènement de Jésus-Christ… : mais dans le second (c’est-à-dire dans les derniers temps qui précèderont l’apparition du Sauveur dans la gloire de son triomphe), Marie doit être connue et révélée par le Saint-Esprit, afin de faire par elle connaître, aimer et servir Jésus-Christ » (N° 49).

« Marie doit éclater, plus que jamais, en miséricorde, en force et en grâce, dans ces derniers temps : en miséricorde, pour ramener et recevoir amoureusement les pauvres pécheurs et dévoyés qui se convertiront et reviendront à l’Église catholique ; en force, contre les ennemis de Dieu… qui se révolteront terriblement pour séduire et faire tomber, par promesses et menaces, tous ceux qui leur seront contraires ; et enfin elle doit éclater en grâce (comme nous l’avons vu), pour animer et soutenir les vaillants soldats et fidèles serviteurs de Jésus-Christ qui combattront pour ses intérêts… » (N° 50).

Très visiblement, nous sommes entrés dans cette Ère mariale des grandes luttes de l’Église. Si, d’une part, nous voyons l’armée des esclaves de Satan plus organisée et plus décidée que jamais, d’autre part, il est incontestable que les âmes viennent de plus en plus nombreuses à la parfaite Consécration, aussi bien dans nos vieilles contrées chrétiennes que dans tous les pays de Mission. Réjouissons-nous donc de vouloir, par notre Consécration, marcher en tête de l’armée du Bien.


Arrivés au terme de la période préliminaire de nos Exercices, nous ne pouvons faire un plus grand plaisir à Marie que de renouveler entre ses mains les promesses de notre saint baptême. Nos douze jours nous y ont admirablement préparés.

Puisque nous sommes résolus de suivre, non pas Satan, le prince de ce monde, mais Jésus-Christ, la Sagesse éternelle et incarnée, disons donc avec toute la ferveur de notre âme : Je renonce pour jamais à Satan, à toutes ses séductions et à ses œuvres de péché, et je me donne pour toujours à Jésus-Christ. Il est le seul Maître, le Maître humble et doux qui ne trompe jamais. Il est la Vérité par essence, il est le Verbe de Lumière, il est la Sagesse incarnée. Lui seul dit les paroles qui conduisent à la vie éternelle ; et je demeure dans la sainteté tant que je garde son enseignement.

Je dépose cette rénovation de mes promesses baptismales entre les mains de Marie Immaculée, la priant humblement de mettre dans mon âme l’inimitié que Dieu lui-même a mise entre elle et le démon. Je lui demande de rendre cette inimitié totale, sans compromission, irréductible, éternelle. Ainsi me recevra-t-elle, le jour de ma parfaite Consécration, au nombre de ses esclaves d’amour qui ne se donnent tout entiers à elle que pour être entiers à Jésus-Christ.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Mathieu, chap. 9, 18 à 34 : Miracles accomplis par Jésus.
IMITATION de Jésus-Christ, livre 1, chap. 25 : De la nécessité de travailler à amender sa vie.

Évangile

Comme il leur disait ces choses, un chef de synagogue s’approcha de lui et l’adorait, disant : Seigneur, ma fille vient de mourir ; mais venez, imposez votre main sur elle, et elle vivra. Et Jésus, se levant, le suivait avec ses disciples.

Et voilà qu’une femme affligée d’une perte de sang depuis douze ans, s’approcha de lui par derrière et toucha la frange de son vêtement. Car elle disait en elle-même : Si je touche seulement son vêtement, je serai guérie. Mais Jésus s’étant retourné, et la voyant, dit : Ma fille, ayez confiance, votre foi vous a guérie. Et cette femme fut guérie à l’heure même.

Or lorsque Jésus fut arrivé à la maison du chef de synagogue, et qu’il eut vu les joueurs de flûte et la foule tumultueuse, il disait : Retirez-vous ; car la jeune fille n’est pas morte, mais elle dort. Et ils se moquaient de lui. Après donc qu’on eut renvoyé la foule, il entra, prit la main de la jeune fille, et elle se leva. Et le bruit s’en répandit dans tout le pays.

Comme Jésus sortait de là, deux aveugles le suivirent, criant et disant : Fils de David, ayez pitié de nous. Et lorsqu’il fut venu dans la maison, les aveugles s’approchèrent de lui. Et Jésus leur dit : Croyez-vous que je puisse faire cela ? Ils lui dirent : Oui, Seigneur. Alors il toucha leurs yeux, disant : Qu’il vous soit fait selon votre foi. Aussitôt leurs yeux furent ouverts, et Jésus les menaça, disant : Prenez garde que personne ne le sache. Mais eux, s’en allant, répandirent sa renommée dans tout ce pays-là.

Après qu’ils furent partis, on lui présenta un homme muet, possédé du démon. Or, le démon chassé, le muet parla ; et le peuple saisi d’admiration disait : Jamais rien de semblable ne s’est vu en Israël. Mais les pharisiens disaient : C’est par le prince des démons qu’il chasse les démons.

Imitation de Jésus-Christ, livre 1

25. Qu’il faut travailler avec ferveur à l’amendement de sa vie

1. Soyez vigilant et fervent dans le service de Dieu et faites-vous souvent cette demande : Pourquoi es-tu venu ici, et pourquoi as-tu quitté le siècle ? N’était-ce pas afin de vivre pour Dieu et devenir un homme spirituel ?

Embrasez-vous du désir d’avancer parce que vous recevrez bientôt la récompense de vos travaux, et qu’alors il n’y aura plus ni crainte ni douleur.

Maintenant un peu de travail, et puis un grand repos ; que dis-je ? une joie éternelle !

Si vous agissez constamment avec ardeur et fidélité, Dieu aussi sera sans doute fidèle et magnifique dans ses récompenses.

Vous devez conserver une ferme espérance de parvenir à la gloire ; mais il ne faut pas vous livrer à une sécurité trop profonde de peur de tomber dans le relâchement ou la présomption.

2. Un homme qui flottait souvent, plein d’anxiété, entre la crainte et l’espérance, étant un jour accablé de tristesse, entra dans une église ; et, se prosternant devant un autel pour prier, il disait et redisait en lui-même : Oh ! si je savais que je dusse persévérer !

Aussitôt il entendit intérieurement cette divine réponse : Si vous le saviez, que voudriez-vous faire ? Faites maintenant ce que vous feriez alors, et vous jouirez de la paix.

Consolé à l’instant même et fortifié, il s’abandonna sans réserve à la volonté de Dieu et ses agitations cessèrent. Il ne voulut point rechercher avec curiosité ce qui lui arriverait dans l’avenir ; mais il s’appliqua uniquement à connaître la volonté de Dieu et ce qui lui plaît davantage, afin de commencer et d’achever tout ce qui est bien.

3. Espérez en Dieu, dit le Prophète, et faites le bien ; habitez en paix la terre, et vous serez nourri de ses richesses. Une chose refroidit en quelques-uns l’ardeur d’avancer et de se corriger : la crainte des difficultés, et le travail du combat.

En effet, ceux-là devancent les autres dans la vertu, qui s’efforcent avec plus de courage de se vaincre eux-mêmes dans ce qui leur est le plus pénible et qui contrarie le plus leur penchant.

Car l’homme fait d’autant plus de progrès et mérite d’autant plus de grâce, qu’il se surmonte lui-même et se mortifie davantage.

4. Il est vrai que tous n’ont pas également à combattre pour se vaincre et mourir à eux-mêmes.

Cependant un homme animé d’un zèle ardent avancera bien plus, même avec de nombreuses passions, qu’un autre à cet égard mieux disposé, mais tiède pour la vertu.

Deux choses aident surtout à opérer un grand amendement : s’arracher avec violence à ce que la nature dégradée convoite, et travailler ardemment à acquérir la vertu dont on a le plus grand besoin.

Attachez-vous aussi particulièrement à éviter et à vaincre les défauts qui vous déplaisent le plus dans les autres.

5. Profitez de tout pour votre avancement. Si vous voyez de bons exemples ou si vous les entendez raconter, animez-vous à les imiter.

Que si vous apercevez quelque chose de répréhensible, prenez garde de commettre la même faute ; ou, si vous l’avez quelquefois commise, tâchez de vous corriger promptement.

Comme votre œil observe les autres, les autres vous observent aussi.

Qu’il est consolant et doux de voir des religieux zélés, pieux, fervents, fidèles observateurs de la règle !

Qu’il est triste, au contraire, et pénible d’en voir qui ne vivent pas dans l’ordre et qui ne remplissent pas les engagements auxquels ils ont été appelés !

Qu’on se nuit à soi-même en négligeant les devoirs de sa vocation, et en détournant son cœur à des choses dont on n’est point chargé !

6. Souvenez-vous de ce que vous avez promis, et que Jésus crucifié vous soit toujours présent.

Vous avez bien sujet de rougir, en considérant la vie de Jésus-Christ, d’avoir jusqu’ici fait si peu d’efforts pour y conformer la vôtre, quoique vous soyez depuis si longtemps entré dans la voie de Dieu.

Un religieux qui s’exerce à méditer sérieusement et avec piété la vie très sainte et la passion du Sauveur, y trouvera en abondance tout ce qui lui est utile et nécessaire, et il n’a pas besoin de chercher hors de Jésus quelque chose de meilleur.

Ah ! si Jésus crucifié entrait dans notre cœur, que nous serions bientôt suffisamment instruits !

7. Un religieux fervent reçoit bien ce qu’on lui commande et s’y soumet sans peine. Un religieux tiède et relâché souffre tribulation sur tribulation et ne trouve de tous côtés que la gêne, parce qu’il est privé des consolations intérieures et qu’il lui est interdit d’en chercher au-dehors.

Un religieux qui s’affranchit de sa règle est exposé à des chutes terribles.

Celui qui cherche une vie moins contrainte et moins austère sera toujours dans l’angoisse ; car toujours quelque chose lui déplaira.

8. Comment font tant d’autres religieux qui observent, dans les cloîtres, une si étroite discipline ?

Ils sortent rarement, ils vivent retirés, ils sont nourris très pauvrement et grossièrement vêtus.

Ils travaillent beaucoup, parlent peu, veillent longtemps, se lèvent matin, font de longues prières, de fréquentes lectures, et observent en tout une exacte discipline.

Considérez les chartreux, les religieux de Cîteaux, et les autres religieux et religieuses de différents ordres, qui se lèvent toutes les nuits pour chanter les louanges de Dieu.

Il serait donc bien honteux que la paresse vous tînt encore éloigné d’un si saint exercice lorsque déjà tant de religieux commencent à célébrer le Seigneur.

9. Oh ! si vous n’aviez autre chose à faire qu’à louer de cœur et de bouche, perpétuellement, le Seigneur notre Dieu ! Si jamais vous n’aviez besoin de manger, de boire, de dormir, et que vous puissiez ne pas interrompre un seul moment ces louanges ni les autres exercices spirituels ! Vous seriez alors beaucoup plus heureux qu’à présent, assujetti comme vous l’êtes au corps et à toutes ses nécessités.

Plût à Dieu que nous fussions affranchis de ces nécessités et que nous n’eussions à songer qu’à la nourriture de notre âme, que nous goûtons, hélas, si rarement !

10. Quand un homme en est venu à ne chercher sa consolation dans aucune créature, c’est alors qu’il commence à goûter Dieu parfaitement, et qu’il est, quoiqu’il arrive, toujours satisfait.

Alors il ne se réjouit d’aucune prospérité et aucun revers ne le contriste ; mais il s’abandonne tout entier, avec une pleine confiance, à Dieu qui lui est tout en toutes choses, pour qui rien ne périt, rien ne meurt, pour qui au contraire tout vit, et à qui tout obéit sans délai.

11. Souvenez-vous toujours que votre fin approche et que le temps perdu ne revient point.

Les vertus ne s’acquièrent qu’avec beaucoup de soins et des efforts constants.

Dès que vous commencerez à tomber dans la tiédeur, vous tomberez dans le trouble.

Mais si vous persévérez dans la ferveur, vous trouverez une grande paix et vous sentirez votre travail plus léger, à cause de la grâce de Dieu et de l’amour de la vertu.

L’homme fervent et zélé est prêt à tout.

Il est plus pénible de résister aux vices et aux passions que de supporter les fatigues du corps.

Celui qui n’évite pas les petites fautes tombe peu à peu dans les grandes.

Vous vous réjouirez toujours le soir, quand vous aurez employé le jour avec fruit.

Veillez sur vous, excitez-vous, avertissez-vous ; et quoiqu’il en soit des autres, ne vous négligez pas vous-même.

Vous ne ferez de progrès qu’autant que vous vous ferez violence.


[1] Voir Bonnefoy, Le Mystère de Marie selon le Protévangile et l’Apocalypse, p. 111