Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Préalable : se vider du monde

Onzième Jour
L’INIMITIÉ ENTRE SATAN ET MARIE

Notre dévotion à la Sainte Vierge étant le plus grand, le plus puissant moyen d’attirer en nos âmes Jésus-Christ, la sagesse éternelle et incarnée, elle est aussi par le fait même le moyen le plus radical de nous affranchir de l’esprit du monde, toujours en vivante opposition avec celui de l’Évangile.

C’est pourquoi il convient – en terminant cette période préliminaire de nos Exercices spirituels – de fixer notre méditation sur l’inimitié irréconciliable, voulue par Dieu, entre la Vierge et Satan, le Prince du monde. Cette même inimitié devra se retrouver chez tous ceux qui veulent être les fidèles esclaves d’amours de Marie.

Du même coup, une lumière plus vive va se projeter sur les promesses de notre saint Baptême, et nous inviter à les renouveler avec un accroissement de ferveur. Renoncer à Satan et à ses séductions, nous redonner pour toujours par Marie à Jésus-Christ, comment accorder mieux nos âmes avec ce qui constitue le fondement de la vie chrétienne ? Nous atteignons pleinement le but de notre labeur des douze jours préliminaires.

Arrêtons-nous aujourd’hui à considérer l’inimitié qui existe entre Satan et Marie : inimitié que nous révèle la sentence portée par Dieu au paradis terrestre contre le serpent tentateur. Nous verrons comment, en vertu de cette sentence, Marie a été entièrement soustraite au pouvoir du démon : jamais il n’a pu et ne pourra lui nuire. Par contre, la Vierge sera toujours toute-puissante face à sa haine de damné.

I
MARIE, ENTIÈREMENT SOUSTRAITE AU POUVOIR DE SATAN.

Adam et Ève, créés dans l’état d’innocence ou de justice originelle, jouissaient de leur bonheur au jardin d’Éden où Dieu les avait placés. Pour éprouver leur fidélité, le Seigneur avait porté une défense ; et nos premiers parents s’y soumettaient docilement.

C’est alors qu’intervint le tentateur, Satan, le Séraphin déchu, jaloux du bonheur de ces deux êtres fidèles à Dieu, entreprit de s’attaquer à la femme comme à une proie plus facile à saisir. Caché sous la forme d’un serpent, le plus rusé de tous les animaux, il se glissa, ondoyant au milieu des feuillages, à proximité d’Ève, pour lui faire entendre des paroles séductrices et mensongères. La faiblesse d’Ève fut d’engager avec lui la conversation que nous connaissons et qui se termina par une double désobéissance : la sienne d’abord, puis celle d’Adam. Le bonheur du paradis terrestre venait de prendre fin. Nos premiers parents se retrouvaient devant Dieu, tremblant de peur, rougissant de honte, ne cherchant qu’à se cacher.

Dieu interroge les coupables. Adam avoue, mais s’excuse sur la femme. Ève avoue pareillement, et fait retomber une partie de sa responsabilité sur le serpent. « Le Seigneur Dieu dit alors au serpent : parce que tu as fait cela, tu es maudit entre les animaux domestiques et toutes les bêtes des champs ; tu marcheras sur ton ventre et tu mangeras la poussière tous les jours de ta vie. Et je mets une inimitié entre toi et la Femme, entre ta race et sa descendance : celle-ci (la descendance ou la postérité de cette Femme) t’écrasera la tête et tu la mordras au talon. » (Gen. 3, 13-15).

Cette sentence divine comprend deux parties bien distinctes. La première énonce une peine afflictive contre le serpent-animal, frappé en lui-même comme instrument de figure du tentateur : « tu es maudit… ». Tu seras cet être rampant qui n’inspire qu’horreur et répulsion. La seconde expose une peine vindicative contre le Serpent infernal, Satan, l’ennemi de Dieu, qui s’est subordonné le corps d’un serpent réel pour parler à Ève et la faire désobéir à son Créateur et Sanctificateur : « Je mets une inimitié entre toi et la Femme… ».

Parce que tu t’es servi d’Ève pour séduire Adam et essayer de ruiner mon œuvre de grâce, moi aussi je me servirai de la Femme et de sa descendance pour mon plan de revanche. C’est pourquoi j’établis une inimitié entre toi, démon, et la Femme par excellence, d’ores et déjà prédestinée, la Femme bénie entre toutes les femmes, la Vierge Marie. Cette inimitié est mon œuvre, mon œuvre personnelle. Je l’établis et la maintiendrai : elle est sainte, absolue, inconditionnée.

« Marie sera donc l’ennemie-née de Satan. Elle n’existe pas encore et Dieu l’a déjà prédestinée à ce rôle. C’est dire qu’elle commencera à le jouer à l’instant même où elle commencera d’exister. Elle sera l’ennemie de Satan dès le moment de sa conception, qui contrastera ainsi avec celle des autres descendants d’Adam et d’Ève. Eux seront conçus dans le péché. La conception de Marie sera immaculée2 ». La Vierge entrera dans l’existence sous le signe de l’inimitié posée par Dieu.

Conçue immaculée, Marie sera, en outre, confirmée en grâce, c’est-à-dire préservée de tout péché, même véniel, à l’abri de toute défaillance. Elle sera entièrement soustraite aux attaques du démon. Satan ne pourra jamais rien contre elle, pas même l’amener à commettre la plus petite faute, la plus légère désobéissance. Quel contraste avec le pouvoir qu’il eut sur Ève !

Marie sera surtout la Mère de celui qui écrasera la tête du Serpent infernal, la Mère du grand vainqueur de Satan ; « Je mets une inimitié entre toi, Satan, et la Femme à venir ; entre ta race et sa descendance. Celle-ci – la descendance de cette Femme – t’écrasera la tête… » c’est-à-dire qu’elle ruinera ton empire, qu’elle brisera ta puissance de « chef », de Prince de ce monde » (Joan. 12, 31). Ce qui ne peut s’entendre, en tout premier lieu, que du Christ Jésus, le miséricordieux Sauveur du genre humain.

Marie sera donc la Mère du Rédempteur et, avec son Fils, la triomphatrice de Satan. Elle sera sa Mère et sa collaboratrice dans l’œuvre divine de revanche. « Ève avait collaboré activement à notre perte, Marie collaborera non moins activement à notre salut. Mais, de même que la désobéissance d’Ève ne consomma pas notre perte, l’obéissance de Marie ne parachèvera pas notre salut : toutes deux agissent en second. Au grand responsable que fut Adam, Dieu opposera le grand Répondant, le Christ : ipse conteret caput tuum ». C’est Lui qui t’écrasera la tête, qui t’enlèvera de haute lutte le bénéfice de ta victoire su nos premiers parents.

La Vulgate a mis le pronom féminin ipsa, elle, attribuant ainsi la victoire à la Femme elle-même plutôt qu’à sa descendance ; mais, dans le texte hébreu, le pronom est masculin, de même que dans les Septante et la version syriaque[1]. C’est le Christ, le Rejeton par excellence de la Femme, qui sera le grand victorieux de Satan, et Marie sera associée, en qualité de Corédemptrice, à la victoire de Celui qui représentera éminemment sa postérité.

Cette interprétation, d’ailleurs, nous aide à comprendre les derniers mots de la sentence divine. « Le Rejeton de la Femme t’écrasera la tête, et tu le mordras au talon ». À la différence de sa Mère, le Sauveur, en effet, sera exposé à la morsure du Serpent infernal, c’est-à-dire aux embûches que lui tendra celui-ci : peu de temps après sa naissance, il devra subir la fuite en Égypte pour échapper au massacre prescrit par Hérode, instrument du démon : dès son entrée dans la vie publique, il sera tenté dans le désert ; tout au long de ses années d’apostolat, il subira les persécutions des pharisiens, « race de vipères » ; et finalement, à l’heure de la puissance de ténèbres, il souffrira la Passion et la mort sur la croix. C’est ainsi que le Christ a été mordu au talon, dans la partie inférieure de lui-même, dans son humanité, plus exactement dans corps : il a payé sa victoire de ses blessures et de sa vie corporelle.

Par contre, Marie Corédemptrice sera exempte de toute morsure du Serpent infernal : elle ne subira ni les tentations provenant de sa ruse, ni les persécutions des ennemis de son divin Fils. « Nulle part, on ne voit que les hommes se soient attaqués directement à sa personne. Sur le calvaire, ni avant ou après le Cénacle, elle n’est l’objet, semble-t-il, d’aucune raillerie, d’aucun mauvais traitement1. Les premières persécutions déchaînées contre l’Église ne l’atteindront pas davantage. Elle vivra paisiblement auprès de saint Jean, comme en un lieu de retraite et de contemplation, comme en un « déserté (Apoc. 12, 6 et 14), à ce point que son nom disparaît complètement des Écritures depuis la Pentecôte.

S’il faut admettre, en s’appuyant sur la croyance universelle, que Marie ait connu la mort corporelle, cette mort ne pouvait être qu’une extase d’amour, une sortie très douce de l’âme, une dormition paisible suivie d’un prompt réveil ; en un mot, une mort ne comportant aucun caractère pénal, cas unique dans l’histoire du monde. Car non seulement la mort des pécheurs, mais même celle des saints, et surtout celle du Christ, revêtent ce caractère.

Satan n’a donc pu nuire à Marie en aucune manière. Sans doute, la Vierge a souffert tout au long de la vie du Sauveur, et principalement au pied de la croix. Elle a souffert, non pas dans son corps, mais dans son âme, comme le lui avait prédit le saint vieillard Siméon. Elle a souffert avec son Fils et dans son Fils. Aux mérites de la douloureuse « agonie », elle ajoutait ceux de sa Compassion. Ses souffrances, unies à ses prières, ont contribué à notre Rédemption, c’est-à-dire à la défaite de Satan. Elle s’est ainsi montrée son ennemie active, et sans jamais subir la moindre morsure.

Admirons ce triomphe de Dieu dans son plan de revanche. Admirons la nouvelle Ève, entièrement soustraite au pouvoir du tentateur, aux embûches du « Serpent antique, appelé le Diable ou Satan » (Apoc. 12, 9), « par l’envie de qui la mort est entrée dans le monde » (Sap. 2, 24). Avec Marie victorieuse, la vie nous a été rendue, et la victoire nous est assurée à nous-mêmes, car si le démon ne peut rien contre la Vierge, de son côté la Vierge tout contre lui.

II
MARIE, TOUTE-PUISSANTE CONTRE SATAN

Sa toute puissance apparaît dès le Cénacle, berceau de l’Église naissante ; La Mère de Jésus est là, au milieu des apôtres et des disciples ; et elle prie, elle appelle sur eux tous la venue de l’Esprit-Saint. Ce sont eux qui vont commencer la conquête des âmes, entreprendre la conversion du monde païen, l’arracher province par province à Satan. Et pendant que se livrent leurs premiers combats, pendant qu’ils fondent et multiplient les chrétientés, pendant qu’ils se répandent sur toutes les voies de l’immense empire romain, Marie continue de prier dans la solitude et la retraite. Son divin Fils la laisse un certain nombre d’années sur la terre pour la consolation des premiers baptisés, des premiers persécutés, des premiers martyrs : tous puisent leur force et leur ardeur dans cette prière de Marie qu’ils savent encore présente au milieu d’eux.

L’Église primitive a tellement gardé ce souvenir que, dans les peintures des Catacombes et les fresques de ses premières Basiliques, Marie ne sera pas représentée autrement que comme la grande Orante, les mains toujours levées vers le Ciel. Quelle devait être la rage de Satan contre cette continuelle et toute-puissante intercession de la Vierge, au temps où commençait de crouler son empire terrestre !

Au Ciel de sa triomphante Assomption, Marie demeure bien plus encore cette toute-puissance suppliante : omnipotentia supplex. Elle ne cesse de nous obtenir et de nous distribuer toutes les grâces de la Rédemption. Sa mission très précise est de peupler le Paradis des élus, de remplir toutes les places de la Cour céleste. « Dieu lui a donné, écrit Montfort, le pouvoir et la commission de remplir de saints les trônes vides dont les anges apostats sont tombés par orgueil. » (V.D. n° 28). Quelle nouvelle et éclatante revanche sur Lucifer ! Elle assure, non pas seulement la simple entrée des élus dans la gloire, mais encore leur placement au sein des hiérarchies angéliques. « Pour récompense de son humilité », Marie est établie Souveraine du Royaume céleste, avec pouvoir et charge de rendre à Dieu la gloire dont les anges rebelles l’ont frustré.

Dans cette mission qui doit durer jusqu’à la fin des siècles, les anges, demeurés fidèles, sont à son service et, plus qu’eux tous, saint Michel, le vainqueur de Lucifer. Ce Chef et Prince de la Milice céleste sera le plus zélé à exécuter ses ordres, soit dans les grands combats de l’Église, où Marie apparaîtra toujours l’exterminatrice des hérésies, soit dans les luttes intimes que chaque chrétien doit livrer au cours de sa vie contre le démon, et surtout à l’heure décisive de la mort, où Marie ne demande qu’à justifier son titre consolant de « Porte du Ciel », c’est-à-dire à sauver le plus grand nombre possible d’âmes.


C’est pourquoi sa toute-puissance se manifeste surtout vis-à-vis des pécheurs. Chose merveilleuse : Marie, l’ennemie irréconciliable de Satan, ne sera pas l’ennemie de ceux que Satan possède et détient dans le péché. Elle sera bien plutôt leur Refuge, elle sera même l’Espérance des désespérés, comme l’appelle saint Éphrem. Elle les arrachera à l’enfer, s’ils consentent à l’invoquer et à implorer leur pardon ; car il ne sera jamais dit qu’aucun de ceux qui auront eu recours à sa miséricorde ait été abandonné ou repoussé.

On comprend alors la haine que Satan continue de lui vouer, sa fureur contre ses miraculeuses interventions, contre Lourdes, La Salette, Fatima, contre toutes ses apparitions. Car c’est un fait que celles-ci se manifestent toujours en faveur des pécheurs et suscitent d’innombrables conversions.

Si Notre-Dame de Fatima est allée jusqu’à mettre sous les yeux de ses trois enfants privilégiés une vision de l’enfer, c’est bien le signe qu’elle veut, de toute la force de sa puissance éviter le malheur de la damnation éternelle à quantité de pauvres âmes où l’enfer – plus déchaîné que jamais – s’acharne à leur perte. Et si elle vient de parcourir en Pèlerine le monde entier – même le monde hindou et musulman – semant partout des bienfaits sur son passage, c’est encore un signe manifeste de sa lutte contre Satan et de son inlassable miséricorde envers ceux que celui-ci croit détenir pour toujours.

On ne peut nier que le communisme ne soit aujourd’hui la plus monstrueuse hérésie qui ait jamais existé. Il est la négation absolue de Dieu et de tous ses commandements. Il est une entreprise d’athéisme universel. Par ses adeptes, qui n’admettent que la matière et la seule vie présente, il s’applique à repaganiser la terre. Son succès est foudroyant : un quart de la population du globe est en son pouvoir. Dans l’Encyclique Divini Redemptoris, Pie XI déclarait que la diffusion si rapide des idées communistes, à travers le monde, ne peut s’expliquer que par « une propagande vraiment diabolique ».

Or, voici Marie apparaissant à Fatima et dénonçant la Russie comme le foyer du communisme. En même temps, elle sollicite des prières et des actes pour la conversion de cette malheureuse nation, gouvernée par les Sans-Dieu. Elle promet le triomphe final de son Cœur immaculé, la cessation des guerres et persécutions, si on lui obéit, si on abandonne l’esprit du monde pour revenir à l’esprit de l’Évangile. Nous la voyons donc dressée à nouveau contre Satan et ses légions infernales.

Par la solennelle Définition du dogme de son Assomption corporelle, survenant au moment où Satan croit détenir sa victoire, elle écrase d’un seul coup toutes les erreurs communistes. Elle affirme devant l’Univers la différence entre l’âme et le corps, la survivance de l’âme, l’existence d’une autre vie, la participation du corps au bonheur de l’âme, la personne humaine reconstituée en dignité, la vie éternelle avec Dieu.

Bien plus, pour montrer le lien qu’elle a voulu établir entre cette Définition solennelle et son Message de Fatima, à quatre reprises : les 30, 31 octobre 1950, le 1er novembre, jour de la Définition, et le 8 novembre, jour-octave, elle renouvelle pour Pie XII seul, dans les jardins du Vatican, le grand miracle du soleil, signe de l’authenticité de son Message de 1917.

Comment pouvait-elle nous montrer de façon plus éclatante sa toute-puissance d’Ennemie de Satan ?

Enfin, la Sainte Vierge avait demandé que la Russie soit spécialement consacrée à son cœur Immaculé ; et toute la catholicité a tressailli de joie devant le geste magnifique du Souverain Pontife, le 7 juillet 1952. Par ce geste, Marie atteint le communisme à la tête, car la conversion de la Russie, annoncée par elle, entraînera certainement celle des autres nations qui gémissent sous le joug infernal.

Ce sera son triomphe et son règne de paix. Ainsi voyons-nous se vérifier ce qu’écrivait Montfort en son Traité de la Vraie Dévotion : « Jamais Dieu n’a fait et formé qu’une inimitié, mais irréconciliable, qui durera et augmentera même jusqu’à la fin : c’est entre Marie, sa digne Mère, et le diable ; entre les enfants et les serviteurs de la sainte Vierge, et les enfants et suppôts de Lucifer ; en sorte que la plus terrible des ennemis que Dieu ait faite contre le diable est Marie, sa sainte Mère » (N° 52).


Que cette méditation nous aide à comprendre combien nous aussi devons demeurer toute notre vie, à la suite de la Vierge, les ennemis déclarés de Satan. Il a le pouvoir de nous tenter, certes ; mais il n’a pas celui de nous faire succomber. Nous pouvons lui opposer l’énergie de notre volonté soutenue par la grâce.

Au jour de notre baptême, les prières sacramentelles de l’Église ont chassé de notre âme le démon qui s’y trouvait installé en conséquence du péché originel. « Sors de cet enfant, lui a dit le prêtre, et laisse la place à l’Esprit-Saint ». Par la vertu de ce commandement, Satan a dû sortir, et l’Esprit-Saint est entré avec l’intention d’y demeurer toujours.

Si nous nous laissons aller à commettre le péché mortel, nous retournons cette forte parole du prêtre ; c’est nous alors qui disons à l’Esprit-Saint : « Sors de chez moi, et laisse de nouveau la place au démon ». Le démon revient, et il ravage.

Réfléchissons à la peine qu’éprouve la Sainte vierge chaque fois qu’un baptisé pactise ainsi avec le démon. Et combien plus s’il s’agit d’une âme esclave de Marie, consentant à redevenir l’esclave de Satan ! Sans doute, il y a le remède du sacrement de Pénitence, si l’âme pécheresse présente à Dieu les dispositions voulues ; mais il est autrement sanctifiant de s’épargner les remords d’une conscience souillée et une reddition de comptes plus aggravée au jour du jugement.

Sachons employer à notre profit la toute-puissance de la Sainte Vierge contre le démon tentateur, afin qu’il ne puisse aucunement nous nuire. Nous avancerons alors, dans la fidélité aux promesses de notre Baptême et de notre Consécration, sur le chemin qui conduit à l’éternelle récompense.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Mathieu, chap. 9, 14 à 17 : Pourquoi les disciples de Jésus ne jeûnent pas.
IMITATION de Jésus-Christ, livre 1, chap. 24 : Du jugement et des peines du péché.

Évangile

Saint Mathieu ch. 10, 14-17

Alors s’approchèrent de lui les disciples de Jean, disant : Pourquoi nous et les pharisiens jeûnons-nous fréquemment, et vos disciples ne jeûnent-ils point ?

Jésus leur répondit : Les amis de l’époux peuvent-ils s’attrister pendant que l’époux est avec eux ? Mais viendront des jours où l’époux leur sera enlevé, et alors ils jeûneront.

Personne ne met une pièce d’étoffe neuve à un vieux vêtement, car elle emporte du vêtement tout ce qu’elle recouvre, et la déchirure devient plus grande.

Et l’on ne met point de vin nouveau dans des outres vieilles, autrement les outres se rompent, le vin se répand, et les outres sont perdues ; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et tous les deux se conservent.

Imitation de Jésus-Christ livre 1, 24

4. Du jugement et des peines des pécheurs

1. En toutes choses regardez la fin, et reportez-vous au jour où vous serez là, debout devant le Juge sévère à qui rien n’est caché, qu’on n’apaise point par des présents, qui ne reçoit point d’excuses, mais qui jugera selon la justice.

Pécheur misérable et insensé ! que répondrez-vous à Dieu, qui sait tous vos crimes, vous qui tremblez quelquefois à l’aspect d’un homme irrité ?

Par quel étrange oubli de vous-même vous en allez-vous, sans rien prévoir, vers ce jour où nul ne pourra être excusé ni défendu par un autre, mais où chacun sera pour soi un fardeau assez pesant ?

Maintenant votre travail produit son fruit : vos larmes sont agréées, vos gémissements écoutés, votre douleur satisfait à Dieu et purifie votre âme.

2. Il a ici-bas un grand et salutaire purgatoire, l’homme patient qui, en butte aux outrages, s’afflige plus de la malice d’autrui que de sa propre injure ; qui prie sincèrement pour ceux qui le contristent, et leur pardonne du fonds du cœur ; qui, s’il a peiné les autres, est toujours prêt à demander pardon ; qui incline à la compassion plus qu’à la colère ; qui se fait violence à lui-même, et s’efforce d’assujettir entièrement la chair à l’esprit.  Il vaut mieux se purifier maintenant de ses péchés et retrancher ses vices, que d’attendre de les expier en l’autre vie.

Oh ! combien nous nous trompons nous-mêmes par l’amour désordonné que nous avons pour notre chair.

3. Que dévorera ce feu, sinon vos péchés ?

Plus vous vous épargnez vous-même à présent, et plus vous flattez votre chair, plus ensuite votre châtiment sera terrible et plus vous amassez pour le feu éternel.  L’homme sera puni plus rigoureusement dans les choses où il a le plus péché.  Là les paresseux seront percés par des aiguillons ardents, et les intempérants tourmentés par une faim et une soif extrêmes.

Là les voluptueux et les impudiques seront plongés dans une poix brûlante et dans un soufre fétide ; comme des chiens furieux, les envieux hurleront dans leur douleur.  4.Chaque vice aura son tourment propre.

Là les superbes seront remplis de confusion, et les avares réduits à la plus misérable indigence.

Là une heure sera plus terrible dans le supplice, que cent années ici dans la plus dure pénitence.

Ici quelquefois le travail cesse, on se console avec ses amis : là nul repos, nulle consolation pour les damnés.

Soyez donc maintenant plein d’appréhension et de douleur pour vos péchés, afin de partager, au jour du jugement, la sécurité des bienheureux.

Car les justes alors s’élèveront avec une grande assurance contre ceux qui les auront opprimés et méprisés.

Alors se lèvera pour juger celui qui se soumet aujourd’hui humblement aux jugements des hommes.

Alors l’humble et le pauvre auront une grande confiance ; et de tous côtés l’épouvante environnera le superbe.

5. Alors on verra qu’il fut sage en ce monde, celui qui apprit à être insensé et méprisable pour Jésus-Christ.

Alors on s’applaudira des tribulations souffertes avec patience, et toute iniquité sera muette.

Alors tous les justes seront transportés d’allégresse, et tous les impies consternés de douleur.

Alors la chair affligée se réjouira plus que si elle avait toujours été nourrie dans les délices.

Alors les vêtements pauvres resplendiront, et les habits somptueux perdront tout leur éclat.

Alors la plus pauvre petite demeure sera jugée au-dessus du palais tout brillant d’or.  Alors une patience constamment soutenue sera de plus de secours que toute la puissance du monde ; et une obéissance simple, élevée plus haut que toute la prudence du siècle.

6. Alors on trouvera plus de joie dans la pureté d’une bonne conscience que dans une docte philosophie.

Alors le mépris des richesses aura plus de poids dans la balance que tous les trésors de la terre.

Alors le souvenir d’une pieuse prière vous sera de plus de consolation que celui d’un repas splendide.

Alors vous vous réjouirez plus du silence gardé que de longs entretiens.

Alors les œuvres saintes l’emporteront sur les beaux discours.

Alors vous préférerez une vie de peine et de travail à tous les plaisirs de la terre.  Apprenez donc maintenant à supporter quelques légères souffrances afin d’être alors délivré de souffrances plus grandes.

Éprouvez ici d’abord ce que vous pourrez dans la suite.

Si vous ne pouvez maintenant souffrir ce peu de chose, comment supporterez-vous les tourments éternels ?

Si maintenant la moindre douleur vous cause tant d’impatience, que sera-ce donc alors des tortures de l’enfer ?

Il y a, n’en doutez point, deux joies qu’on ne peut réunir : vous ne pouvez goûter ici-bas les délices du monde, et régner ensuite avec Jésus-Christ.

7. Si vous aviez vécu jusqu’à ce jour dans les honneurs et les voluptés, de quoi cela vous servirait-il, s’il vous fallait mourir à l’instant ?

Donc tout est vanité, hors aimer Dieu et le servir lui seul.

Car celui qui aime Dieu de tout son cœur ne craint ni la mort, ni le supplice, ni le jugement, ni l’enfer, parce que l’amour parfait nous donne un sûr accès près de Dieu.  Mais celui qui aime encore le péché, il n’est pas surprenant qu’il redoute la mort et le jugement.

Cependant, si l’amour ne vous éloigne pas encore du mal, il est bon qu’au moins la crainte du feu vous retienne.

Celui qui est peu touché de la crainte de Dieu ne saurait longtemps persévérer dans le bien, mais il tombera bientôt dans les pièges du démon.


[1] Saint Jérôme lui-même reconnaissait que la vraie leçon est ipse, conservée dans plusieurs manuscrits anciens de la Vulgate. Un copiste, ne comprenant pas la relation de ipse (ou ipsum) avec semen, aura mis ipsa. Le sens, d’ailleurs, n’en est pas essentiellement différent. (Cf. la Bible de Crampon, note, Genèse 3, 15)