Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Préalable : se vider du monde

Dixième Jour
UNE VÉRITABLE DÉVOTION A MARIE

Voici enfin le plus grand des moyens que nous propose saint Louis-Marie de Montfort pour nous affranchir de l’esprit du monde et nous faire acquérir l’esprit de Jésus-Christ : avoir une véritable dévotion envers la Sainte Vierge.

C’est le plus grand des moyens, parce que pour pratiquer tous les moyens de salut et de sainteté, la grâce nous est absolument nécessaire ; mais la grâce, c’est-à-dire la vie divine de Jésus en nous, ne nous est communiquée que par Marie.

Nous considérerons donc pourquoi la grâce nous est donnée par Marie, et combien il importe de nous disposer à la recevoir par une véritable dévotion envers cette divine Mère.

Rendons notre méditation de plus en plus fervente, à mesure que nous approchons de la fin de cette première période de nos Exercices préparatoires à la Consécration.

I
POURQUOI LA GRACE NOUS EST DONNÉE PAR MARIE

Il n’y a jamais eu que Marie, nous dit Montfort, qui ait trouvé grâce devant Dieu pour elle-même et pour tout le genre humain, et qui ait eu le pouvoir d’incarner et mettre au monde la Sagesse ÉTERNELLE ; et il n’y a encore qu’elle qui, par l’action du Saint-Esprit, ait le pouvoir de l’incarner, pour ainsi dire, dans les prédestinés.

Les patriarches, les prophètes et les saints personnages de l’ancienne Loi avaient crié, soupiré et demandé l’incarnation de la sagesse ÉTERNELLE ; mais aucun ne l’avait pu mériter. Il ne s’est trouvé que Marie qui, par la sublimité de sa vertu, a atteint jusqu’au trône de la Divinité et a mérité ce bienfait infini.

Elle est ainsi devenue la Mère, la Maîtresse et le Trône de la Sagesse Éternelle.

1° – Elle en est la MÈRE très digne, parce qu’elle l’a incarnée et mise au monde comme le fruit de ses entrailles, ce que nous lui redisons bien des fois tous les jours : Et Jésus, le fruit de votre sein, est béni.

Ainsi, partout où se trouve Jésus, au Ciel ou sur la terre, dans nos tabernacles ou dans nos cœurs, il est vrai de dire qu’il est le fruit de Marie ; que Marie seule est l’arbre de vie, et que Jésus seul en est le fruit.

Quiconque veut donc avoir ce fruit admirable dans son cœur doit avoir l’arbre qui est le produit : qui veut avoir Jésus doit avoir Marie.

2° – Marie est la MAÎTRESSE de la divine Sagesse. Non pas qu’elle soit au-dessus de la divine Sagesse, vrai Dieu, ou qu’elle l’égale ; ce serait un blasphème de le penser et de le dire ; mais parce que Dieu le Fils, la Sagesse Éternelle, s’étant soumis parfaitement à Marie comme à da Mère, il lui a donné sur lui-même un pouvoir maternel et naturel qui est incompréhensible, et cela non seulement pendant sa vie sur la terre, mais encore à présent dans le Ciel, puisque la gloire, loin de détruire la nature, la perfectionne au plus haut degré.

Ce qui fait que, dans le Ciel, Jésus est, autant que jamais, enfant de Marie, et Marie, mère de Jésus. En cette qualité, elle a pouvoir sur lui ; et lui est soumis, parce qu’il le veut bien. Ce qui revient à dire que Marie, par ses puissantes prières et sa maternité divine, obtient de Jésus tout ce qu’elle veut. Elle le donne à qui elle veut. Elle le produit tous les jours dans les âmes qu’elle veut.

Oh ! dit encore notre Saint, qu’une âme qui a gagné les bonnes grâces de Marie, est heureuse ! Elle se doit tenir comme assurée de posséder bientôt la Sagesse ; car, comme Marie aime ceux qui l’aiment, elle leur communique ses biens à pleines mains, et le bien infini dans lequel tous les autres sont renfermés, Jésus, le fruit de son sein.

S’il est donc vrai de dire que Marie est, dans le sens indiqué, la Maîtresse de la Sagesse incarnée, que devons-nous penser de la puissance qu’elle a sur toutes les grâces et sur tous les dons de Dieu, et de la liberté qu’elle a de les donner à qui bon lui semble ? Elle est le trésor inépuisable du seigneur et la trésorière, la dispensatrice de tous ses dons.

C’est la volonté de Dieu que, depuis qu’il lui a donné son Fils, nous recevions tout par sa main ; et il ne descend aucun don céleste sur la terre qu’il ne passe par elle… C’est de sa plénitude que nous avons tous reçu, et s’il y a en nous quelque grâce, quelque espérance de salut, c’est un bien qui nous vient de Dieu par elle. Elle est si maîtresse des biens de Dieu, qu’elle donne à qui elle veut, autant qu’elle veut, quand elle veut et de la manière qu’elle veut, toutes les grâces de Dieu, toutes les vertus de Jésus-Christ et tous les dons du Saint-Esprit, tous les biens de la nature, de la grâce et de la gloire…

Mais, quelques dons que nous fasse cette souveraine et aimable Princesse, elle n’est point contente si elle ne nous donne la Sagesse incarnée, Jésus son Fils ; et elle est occupée tous les jours à chercher des âmes dignes d’elle, afin de la leur donner.

3° – De plus, Marie est le TRÔNE ROYAL de la Sagesse ÉTERNELLE. C’est en Marie que cette Sagesse ÉTERNELLE, du fait de son incarnation, laisse voir ses grandeurs, qu’elle étale ses trésors et qu’elle prend ses délices. Il n’y a point de lieu, dans le Ciel et sur la terre, dans lequel elle fasse voir tant de magnificence et prenne tant de complaisance qu’en l’incomparable Marie.

C’est pourquoi les Pères et les Docteurs de l’Église appellent la Très Sainte Vierge le sanctuaire de la Divinité, le repos et le contentement de la Sainte Trinité, le trône de Dieu, la cité de Dieu, l’autel de Dieu, le temple de Dieu, le monde de Dieu et le paradis de Dieu. Toutes ces louanges sont très véritables, pour nous faire comprendre les différentes merveilles que le Très-Haut a opérées en Marie (A.S.E. nn° 203-206).


Montfort nous conduit ainsi à cette conclusion ferme : « Ce n’est donc que par Marie qu’on peut obtenir la Sagesse », c’est-à-dire la possession de la divine Personne de Jésus, avec tous les trésors de grâce et de sainteté qu’elle renferme.

La dévotion à Marie nous apparaît alors, de toute évidence, comme le plus grand des moyens pour atteindre le but que nous poursuivons dans nos Exercices spirituels. Sans Jésus et ses trésors de vie divine nous ne pouvons rien faire, nous ne pouvons gagner aucun mérite ; et c’est Marie seule qui nous donne Jésus. Elle l’a donné au monde, elle le donne à chaque âme en particulier. Nous devons donc l’aimer, recourir à elle, lui témoigner une véritable dévotion et lui permettre ainsi d’exercer à notre égard sa mission de grâce.

II
CE QU’IL FAUT ENTENDRE PAR UNE VÉRITABLE DÉVOTION A MARIE

La véritable dévotion à Marie se reconnaît aux qualités suivantes : elle est intérieure, tendre, constante et sainte. Montfort prend soin de nous indiquer ces qualités avant d’aller plus loin, pour nous mettre en garde contre les fausses dévotions qui courent le monde, et dont le démon se sert pour tromper et damner bien des âmes. Il nous serait funeste, en effet, de tendre vers la Parfaite Consécration à Marie, si notre dévotion ne présentait pas les qualités de base, qui nous seront toujours lumière et force.

Avant tout, la véritable dévotion à Marie est INTÉRIEURE, ce qui veut dire qu’elle part de notre esprit et de notre cœur : de notre esprit qui s’est formé – comme nous venons de le voir – une haute idée des grandeurs de Marie : de notre cœur qui lui porte un amour à toute épreuve. L’intelligence et la volonté sont conquises, l’âme tout entière lui est dévouée. En conséquence, on s’efforce de manifester au dehors cette estime et cet amour par diverses pratiques de piété laissées à l’initiative de chacun, et aussi par un zèle prompt à saisir toutes les occasions de faire connaître la sainte Vierge et de répandre sa dévotion autour de soi.

Parmi les pratiques de piété, on s’attachera surtout au saint Rosaire que Montfort, ici même, nous a déjà recommandé comme le moyen le plus puissant d’attirer la Sagesse ÉTERNELLE au-dedans de nous[1]. On veillera à le dire avec ferveur et méditation des mystères, luttant sans cesse contre la routine et le laisser-aller. On se séparera ainsi nettement de ces dévots extérieurs que décrit notre saint dans son Traité de la Vraie Dévotion (n° 96). Eux aussi acceptent volontiers les pratiques habituelles de dévotion à Marie, mais ils n’en goûtent que l’extérieur. Tout ce qui se voit les attire. Leur sensibilité s’y trouve satisfaite. Ils ne vont pas au-delà. L’esprit intérieur leur manque.

Vous les voyez « réciter force chapelets à la hâte, entendre plusieurs messes sans attention, aller aux processions sans dévotion, se mettre de toutes les confréries sans amendement de leur vie, sans violence à leurs passions et sans imitation des vertus de la Sainte Vierge ». Tels vous les observez aujourd’hui, tels vous les retrouverez plus tard. L’âme n’a retiré aucun fruit de pratiques si sanctifiantes en elles-mêmes.

« Le monde, note judicieusement le Père de Montfort, est plein de ces sortes de dévots extérieurs. » On les reconnaît à leur esprit de curiosité et de dénigrement. Car il n’y a pas de gens plus critiques des personnes d’oraison, qui s’appliquent à l’intérieur comme à l’essentiel ».


La véritable dévotion à Marie est TENDRE, c’est-à-dire pleine de confiance en Marie, comme celle d’un enfant en sa bonne Mère. L’âme alors recourt à son intercession avec une grande simplicité, en tous ses besoins, ceux du corps comme ceux de l’esprit. Elle implore son aide, son assistance en tout temps, en tout lieu et en toute chose : « dans ses doutes, pour en être éclairée ; dans ses égarements, pour être redressée ; dans ses tentations, pour être soutenue ; dans ses faiblesses pour être fortifiée ; dans ses chutes, pour être relevée ; dans ses découragements, pour être encouragée ; dans ses scrupules, pour en être ôtée ; dans ses croix, travaux et traverses de la vie, pour être consolée » (V.D. n° 107).

Marie est son recours ordinaire, et jamais ne l’effleure la crainte d’importuner cette bonne Mère ou de déplaire à Jésus-Christ. Admirable simplicité, elle est le signe d’une âme qui aime véritablement. Combien, par le fait, nous apparaît différente et blâmable la conduite de ceux qui ont toujours peur d’en faire trop pour la Sainte Vierge, comme si la Sainte Vierge arrêtait à elle-même les hommages que nous lui adressons ; comme si le plus grand désir de Marie n’était pas de nous voir aimer de plus en plus son divin Fils. Qu’ils comprennent donc aussi que Jésus-Christ a honoré sa Mère, plus que jamais nous-mêmes ne l’honorerons.


La véritable dévotion à Marie est CONSTANTE. Elle affermit une âme dans le bien, et elle la porte à ne pas quitter facilement ses pratiques de piété. Elle la rend courageuse à s’opposer au monde, dans ses modes et ses maximes ; à la chair, dans ses ennuis et ses passions ; et au diable, dans ses tentations ; en sorte qu’une personne vraiment dévote à Marie n’est point changeante ni chagrine.

Ce n’est pas qu’elle tombe quelquefois, ou qu’elle n’ait pas à souffrir dans la sensibilité de sa dévotion. Mais si elle tombe, elle se relève aussitôt en tendant la main à sa bonne Mère ; si elle devient sans goût ni ferveur sensible, elle ne s’en met point en peine, car dans son intelligence la foi continue de projeter des lumières sur les grandeurs de Marie et sur la solidité de sa dévotion. (V.D. n° 109).

Elle lutte ainsi, et de façon méritoire, contre la légèreté de tant de pauvres personnes dans le monde, qui n’aiment la Sainte Vierge que par intervalles et par boutades. À des moments de ferveur succèdent des jours de tiédeur ; à des engagements et promesses de fidélité ne répond aucun effort louable pour les tenir. Mieux vaut promettre moins, et demeurer fidèle ; mieux vaut se contenter des pratiques essentielles, et ne jamais les omettre, sauf cas d’impossibilité.


Enfin, la véritable dévotion à Marie est SAINTE, ce qui signifie qu’elle porte une âme à éviter le péché et à imiter les vertus de la Très Sainte Vierge. Éviter le péché ne suffit pas, c’est le côté négatif de la vie chrétienne. Il faut surtout s’appliquer à manifester dans sa conduite les vertus tant recommandées par Notre-Seigneur dans son Évangile. Ces vertus, nous les trouvons toutes dans le Cœur de Marie, où elles nous sont rendues aimables, attrayantes, accessibles, parce que pratiquées par une personne humaine, sœur de nos âmes, qui a marché dans nos chemins et qui, maintenant, facilite notre accès au Christ Jésus.

Le Père de Montfort énumère, au n° 108 de son Traité, les dix principales vertus de Notre-Dame. Ce qui veut dire qu’il nous faut n’en négliger aucune. Mais, pour commencer du moins, on pourra s’appliquer à imiter spécialement son humilité profonde, vertu de base que rien ne remplace (nous y reviendrons dans notre première Semaine) ; puis, son obéissance à toute épreuve, sa patience héroïque, sa douceur angélique. Lorsque ces vertus apparaissent dans une âme, les autres sont aussi en bonne voie, et la solidité de la dévotion s’affirment de plus en plus.

Que nous sommes loin alors de ces dévots présomptueux que signale et stigmatise Montfort, comme étant les pires de tous. Pécheurs abandonnées à leurs passions ou amateurs du monde, ils cachent – sous l’apparence de quelques pratiques de dévotion envers Marie – des fautes graves et dorment en paix dans leurs mauvaises habitudes. La Sainte Vierge, disent-ils, ne les laissera pas mourir sans confession ; ils ne seront pas damnés, du moment qu’ils continuent de la prier. Ils espèrent ainsi éviter la damnation, tout en continuant de commettre le péché.

Ce sont les pires faux dévots, parce que chez eux la volonté est foncièrement mauvaise. Il ne s’agit pas, remarquons-le bien, de pauvres pécheurs, victimes de leur faiblesse, déplorant leurs chutes et recourant à Marie pour se relever et sortir de ce misérable état. Il s’agit de pécheurs commettant sciemment le péché mortel, et refusant tout amendement tant que leur sourira la vie présente.

« J’avoue, reconnaît Montfort, que pour être vraiment dévot à la Sainte Vierge, il n’est pas absolument nécessaire d’être si saint qu’on évite tout péché, quoiqu’il le fût à souhaiter ; mais il faut du moins (et qu’on remarque bien ce que je vais dire) être dans une sincère résolution d’éviter au moins tout péché mortel ; se faire violence pour éviter le péché ; se mettre des confréries, réciter le chapelet, le rosaire ou autres prières, jeûner le samedi, etc.

« Cela est merveilleusement utile à la conversion d’un pécheur, même endurci ; et si mon lecteur est tel, quand il aurait mis un pied dans l’abîme, je le lui conseille ; mais à condition qu’il ne pratiquera ces bonnes œuvres que dans l’intention d’obtenir de Dieu, par l’intercession de la Sainte Vierge, la grâce de la contrition et du pardon de ses péchés, et de vaincre ses mauvaises habitudes, et non pas pour demeurer paisiblement dans l’état du péché contre les remords de sa conscience, l’exemple de Jésus-Christ et des saints, et les maximes de l’Évangile. » (VD, 99, 100).

Car « rien n’est si damnable, dans le christianisme, que cette présomption diabolique. Peut-on dire avec vérité qu’on aime et qu’on honore la Sainte Vierge, lorsque par ses péchés on pique, on perce, on crucifie et on outrage Jésus-Christ, son Fils ? Et si Marie se faisait une loi de sauver par sa miséricorde ces sortes de gens, elle autoriserait le crime, et elle aiderait à crucifier et outrager son Fils ; qui l’oserait jamais penser ?

« Je dis qu’abuser ainsi de la dévotion à la sainte Vierge, c’est commettre un horrible sacrilège. Après le sacrilège de l’indigne communion, c’est le plus grand et le moins pardonnable. » (n° 98).

Grave avertissement d’un saint qui nous met continuellement en garde contre l’esprit du monde, insufflé par Satan jusque dans la dévotion à Marie. « Le diable, comme un faux monnayeur et un trompeur fin et expérimenté, a déjà tant trompé et damné d’âmes par une fausse dévotion à la Très Sainte Vierge, qu’il se sert tous les jours de son expérience diabolique pour en damner beaucoup d’autres en les amusant et en les endormant dans le péché, sous prétexte de quelques prières mal dites et de quelques pratiques extérieures qu’il leur inspire » (N° 90).


Nous nous garderons à l’abri de tous ses pièges, en nous rappelant fréquemment ce que Dieu a fait pour la Très sainte Vierge : comment il l’a choisie pour être la Mère et la Maîtresse de son divin Fils, et le Trône d’où il veut rayonner sur le monde toutes les grâces de la rédemption. En contemplant Marie si grande dans la pensée e le cœur de Dieu, nous la voudrons grande aussi dans la dévotion vraie que nous lui avons vouée, et que nous verrons s’épanouir, au terme de ces Exercices, en la Parfaite consécration de saint Louis-Marie de Montfort.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Mathieu, chap. 9, 1 à 13 : Guérison d’un paralytique et vocation de Mathieu le publicain.
IMITATION de Jésus-Christ, livre 1, chap. 23 : De la méditation de la mort.

Évangile

Saint Mathieu chap. 9, 1-13

Jésus étant monté dans la barque, traversa la mer et vint dans sa ville. Et voilà que des gens lui présentaient un paralytique gisant sur un lit. Or Jésus voyant leur foi, dit à ce paralytique : Mon fils, aie confiance, tes péchés te sont remis.

Et voici que quelques-uns d’entre les scribes dirent en eux-mêmes : Celui-ci blasphème.

Mais, comme Jésus avait vu leurs pensées, il dit : Pourquoi pensez-vous mal en vos cœurs ? Lequel est le plus facile de dire : Tes péchés te sont remis, ou de dire : Lève-toi et marche ? Or, afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de remettre les péchés : Lève-toi, dit-il alors au paralytique, prends ton lit et retourne en ta maison. Et il se leva et s’en alla dans sa maison.

Mais, voyant cela, la multitude fut saisie de crainte, et rendit gloire à Dieu qui a donné une telle puissance aux hommes.

Lorsqu’il fut sorti de là, Jésus vit un homme nommé Matthieu assis au bureau des impôts, et il lui dit : Suis-moi. Et, se levant, il le suivit.

Or il arriva que Jésus étant à table dans la maison, beaucoup de publicains et de pécheurs vinrent s’y asseoir avec lui et ses disciples. Les pharisiens voyant cela, disaient à ses disciples : Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ?

Mais Jésus, entendant, dit : Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Allez donc et apprenez ce que veut dire : J’aime mieux J a miséricorde que le sacrifice. Car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs.

Imitation de Jésus-Christ

23. De la méditation de la mort

1. C’en sera fait de vous bien vite ici-bas : voyez donc en quel état vous êtes.

L’homme est aujourd’hui, et demain il a disparu, et quand il n’est plus sous les yeux, il passe bien vite de l’esprit.

Ô stupidité et dureté du cœur humain, qui ne pense qu’au présent et ne prévoit pas l’avenir !

Dans toutes vos actions, dans toutes vos pensées, vous devriez être tel que vous seriez s’il vous fallait mourir aujourd’hui.

Si vous aviez une bonne conscience, vous craindriez peu la mort.

Il vaudrait mieux éviter le péché que fuir la mort.

Si aujourd’hui vous n’êtes pas prêt, comment le serez-vous demain ?

Demain est un jour incertain : et que savez-vous si vous aurez un lendemain ?

2. Que sert de vivre longtemps puisque nous nous corrigeons si peu ?

Ah ! Une longue vie ne corrige pas toujours ; souvent plutôt elle augmente nos crimes.

Plût à Dieu que nous eussions bien vécu dans ce monde un seul jour !

Plusieurs comptent les années de leur conversion ; mais souvent, qu’ils sont peu changés, et que ces années ont été stériles !

S’il est terrible de mourir, peut-être est-il plus dangereux de vivre si longtemps.

Heureux celui à qui l’heure de sa mort est toujours présente, et qui se prépare chaque jour à mourir !

Si vous avez vu jamais un homme mourir, songez que vous aussi vous passerez par cette voie.

3. Le matin, pensez que vous n’atteindrez pas le soir ; le soir, n’osez pas vous promettre de voir le matin.

Soyez donc toujours prêt, et vivez de telle sorte que la mort ne vous surprenne jamais.

Plusieurs sont enlevés par une mort soudaine et imprévue : car le Fils de l’homme viendra à l’heure qu’on n’y pense pas.

Quand viendra cette dernière heure, vous commencerez à juger tout autrement de votre vie passée, et vous gémirez amèrement d’avoir été si négligent et si lâche.

4. Qu’heureux et sage est celui qui s’efforce d’être tel dans la vie qu’il souhaite d’être trouvé à la mort.

Car rien ne donnera une si grande confiance de mourir heureusement, que le parfait mépris du monde, le désir ardent d’avancer dans la vertu, l’amour de la régularité, le travail de la pénitence, l’abnégation de soi-même et la constance à souffrir toutes sortes d’adversités pour l’amour de Jésus-Christ.

Vous pourrez faire beaucoup de bien tandis que vous êtes en santé ; mais, malade, je ne sais ce que vous pourrez.

Il en est peu que la maladie rend meilleurs, comme il en est peu qui se sanctifient par de fréquents pèlerinages.

5. Ne comptez point sur vos amis ni sur vos proches, et ne différez point votre salut dans l’avenir ; car les hommes vous oublieront plus vite que vous ne pensez.

Il vaut mieux y pourvoir de bonne heure et envoyer devant soi un peu de bien, que d’espérer dans le secours des autres.

Si vous n’avez maintenant aucun souci de vous-même, qui s’inquiétera de vous dans l’avenir ?

Maintenant le temps est d’un grand prix. Voici maintenant le temps propice, voici le jour du salut.

Mais, ô douleur ! Que vous fassiez un si vain usage de ce qui pourrait vous servir à mériter de vivre éternellement !

Viendra le temps où vous désirerez un seul jour, une seule heure, pour purifier votre âme, et je ne sais si vous l’obtiendrez.

6. Ah ! Mon frère, de quel péril, de quelle crainte terrible vous pourriez vous délivrer si vous étiez à présent toujours en crainte de la mort !

Étudiez-vous maintenant à vivre de telle sorte qu’à l’heure de la mort vous ayez plus sujet de vous réjouir que de craindre.

Apprenez maintenant à mourir au monde afin de commencer alors à vivre avec Jésus-Christ.

Apprenez maintenant à tout mépriser, afin de pouvoir alors aller librement à Jésus-Christ.

Châtiez maintenant votre corps par la pénitence afin que vous puissiez alors avoir une solide confiance.

7. Insensés, sur quoi vous promettez-vous de vivre longtemps, lorsque vous n’avez pas un seul jour d’assuré ?

Combien ont été trompés et arrachés subitement de leur corps !

Combien de fois avez-vous ouï dire : Cet homme a été tué d’un coup d’épée ; celui-ci s’est noyé, celui-là s’est brisé en tombant d’un lieu élevé ; l’un a expiré en mangeant, l’autre en jouant ; l’un a péri par le feu, un autre par le fer, un autre par la peste, un autre par la main des voleurs !

Et ainsi la fin de tous est la mort, et la vie des hommes passe comme l’ombre.

8. Qui se souviendra de vous après votre mort, et qui priera pour vous ?

Faites, faites maintenant, mon cher frère, tout ce que vous pouvez, car vous ne savez pas quand vous mourrez, ni ce qui suivra pour vous la mort.

Tandis que vous en avez le temps, amassez des richesses immortelles.

Ne pensez qu’à votre salut, ne vous occupez que des choses de Dieu.

Faites-vous maintenant des amis, en honorant les saints et en imitant leurs œuvres, afin qu’arrivé au terme de cette vie, ils vous reçoivent dans les tabernacles éternels.

9. Vivez sur la terre comme un voyageur et un étranger à qui les choses du monde ne sont rien.

Conservez votre cœur libre et toujours élevé vers Dieu, parce que vous n’avez point ici-bas de demeure permanente. Que vos gémissements, vos larmes, vos prières, montent tous les jours vers le ciel afin que votre âme, après la mort, mérite de passer heureusement à Dieu.


[1] Voir notre 8ème jour : La prière continuelle