Exercices préparatoires à la consécration à Marie
Préalable : se vider du monde

Neuvième Jour
LA MORTIFICATION UNIVERSELLE

Le désir ardent de la véritable Sagesse détourne à jamais nos âmes de cette cupidité des mondains, uniquement préoccupés des biens de la terre. La prière persévérante nous délivre de leur esprit d’orgueil, puisqu’elle nous agenouille continuellement devant Dieu, conscients de notre impuissance à obtenir par nous-mêmes le Bien suprême tant souhaité. À son tour, la mortification sera notre plus sûre défense contre cette fièvre de jouissance, tant répandue de nos jours.

Appliquons-nous donc courageusement à méditer, avec notre saint Louis-Marie de Montfort, sur l’importance de la mortification dans notre vie de baptisés et sur l’étendue qu’elle doit avoir. Daigne la Très Sainte Vierge nous accorder alors l’abondance de ces joies spirituelles qui sont toujours le partage et la récompense des cœurs vraiment mortifiés.


I – IMPORTANCE DE LA MORTIFICATION

Elle est indispensable à qui veut acquérir l’esprit de Notre-Seigneur Jésus-Christ. « La sagesse, nous dit l’Esprit-Saint, ne se trouve pas chez ceux qui vivent à leur aise (Job. 28, 13), qui donnent à leurs passions et à leurs sens tout ce qu’ils désirent ; car ceux qui marchent selon la chair ne peuvent plaire à Dieu, et la sagesse charnelle est l’ennemie de Dieu. (Rom. 8, 7, 8).

« Tous ceux qui sont à Jésus-Christ, la Sagesse incarnée, ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises (Gal. 5, 24) ; ils portent actuellement et toujours la mortification de Jésus dans leur corps (2 cor. 4, 10), se font une continuelle violence, portent leur croix tous les jours (Luc, 9, 23) ; et enfin ils sont morts et même ensevelis avec Jésus-Christ (Rom. 4, 4).

« Voilà des paroles de l’Esprit-Saint, nous déclare Montfort, qui montrent plus clair que le jour que pour avoir la Sagesse incarnée, Jésus-Christ, il faut pratiquer la mortification, le renoncement à l’esprit de jouissance de ceux que le monde considère comme siens.

« Ne vous imaginez pas, poursuit-il, que cette sagesse, plus pure que les rayons du soleil, entre en une âme et un corps souillés par les plaisirs des sens. Ne croyez pas qu’elle donne son repos, sa paix ineffable, à ceux qui aiment les compagnies et les vanités du monde. Je ne donne, dit-elle, ma manne cachée qu’à ceux qui sont victorieux du monde et d’eux-mêmes. (Apoc. 2, 17).

« Cette aimable Souveraine, quoique par sa lumière infinie elle connaisse et distingue toutes choses en un instant, cherche cependant des personnes dignes d’elle (Sap. 6, 17). Elle cherche, parce que leur nombre est si petit, qu’à peine en trouve-t-elle d’assez détachées du monde, d’assez intérieures et mortifiées, pour être dignes d’elle, dignes de sa Personne et de ses trésors et de son alliance. » (A.S.E. n° 194-195).

Ô mon Dieu, combien ces paroles, jaillies du cœur d’un saint, doivent déterminer ma conversion complète à l’esprit de votre divin Fils ! Jusqu’à présent, le désir de l’unique et véritable Sagesse, ainsi que la prière nécessaire pour l’acquérir, ont porté ma volonté à un choix définitif ; mais désir et prière n’ont pas sondé le côté vulnérable de ma nature, ils ne m’ont pas mis aux prises avec sa corruption et ses défaillances. La mortification m’atteint au vif de l’être, elle m’engage dans une lutte décisive contre les instincts et les passions dont le monde cherche à se faire des complices. Accepter la lutte, la poursuivre généreusement, c’est vaincre le monde, c’est me rendre capable d’aspirer aux joies de la divine Sagesse.

Vais-je reculer maintenant ? Vais-je rendre inutiles mes précédents efforts ? Pourquoi persisterais-je à entretenir en ma nature, blessée par le péché d’origine et affaiblie par mes péchés personnels, les brèches par lesquelles pénètre l’esprit de jouissance du siècle ? Ma propre sécurité ne me commande-t-elle pas de lui fermer tout accès ?…

De quelque côté que je me tourne, la même alternative se présente toujours : ou l’esprit du monde, ou l’esprit de Jésus-Christ… Je puis suivre la voie large du plaisir… Je puis m’engager aussi, à la suite de mon divin Maître, dans la voie étroite du sacrifice. Le mieux n’est-il pas de prendre, d’accepter tout ce que vient de me dire saint Louis-Marie de Montfort, tel qu’il le donne à la lumière et dans la force des textes inspirés, sans chercher à éluder quoi que ce soit ?…

Ô Marie, modèle des cœurs forts, engagez et maintenez mes pas dans le chemin que m’indique votre amour, c’est le chemin de la divine Sagesse.


II. ÉTENDUE DE LA MORTIFICATION

« La Sagesse ne demande pas, pour se communiquer, une demi-mortification et une mortification de quelques jours ; mais une mortification universelle et continuelle, courageuse et discrète.

« Pour avoir la Sagesse, c’est-à-dire pour posséder Jésus-Christ avec ses trésors de grâces et de vertus, il fut ou quitter réellement les biens du monde, comme firent les apôtres, les disciples, les premiers chrétiens, et comme font les religieux : c’est le plus tôt fait, c’est le meilleur, c’est le moyen le plus assuré ; ou, du moins, il faut détacher son cœur des biens, et les posséder comme ne les possédant point, sans s’empresser pour en avoir, sans s’inquiéter pour les conserver, sans se plaindre ni s’impatienter quand on les perd : ce qui est bien difficile à exécuter. »

Bon nombre de chrétiens cependant parviennent à se sanctifier en demeurant au milieu du monde. Mais alors « il ne faut pas se conformer aux modes extérieures des mondains, soit dans les habits, soit dans les meubles, soit dans les maisons, soit dans les repas et autres usages et actions de la vie. Ne vous conformez pas à ce siècle présent (Rom, 12, 2). Cette pratique est plus nécessaire qu’on ne pense ». Elle met un frein à l’amour du bien-être et des satisfactions naturelles.

« Il ne faut ni croire, ni suivre les fausses maximes du monde, comme nous l’avons déjà vu dans notre méditation du premier jour. Il ne faut pas penser, parler, agir comme les mondains. Ils ont une doctrine aussi contraire à celle de la Sagesse incarnée, que les ténèbres à la lumière et la mort à la vie.

« Examinez bien leurs sentiments et leurs paroles : ils pensent et ils parlent mal de toutes les grandes vérités. Il est vrai qu’ils ne mentent pas ouvertement ; mais ils déguisent leurs mensonges sous l’apparence de la vérité ; ils ne croient pas mentir, mais ils mentent cependant. D’ordinaire, ils n’enseignent pas le péché ouvertement, mais ils le traitent ou de vertu, ou d’honnêteté, ou de chose indifférente et de peu de conséquence. C’est en cette finesse, que le monde a apprise du démon pour couvrir la laideur du péché et du mensonge, que consiste cette malignité dont parle saint Jean : Le monde est tout entier établi dans le mal. (1 Joan. 5, 10). Partout le monde est pénétré de cette malignité et, à présent, plus que jamais ». C’est la porte grande ouverte sur tous les plaisirs défendus.

« Enfin, si l’on demeure dans le siècle, il faut, tant qu’on peut, fuir les compagnies des hommes, non seulement celles des mondains, qui sont pernicieuses ou dangereuses, mais même celles des personnes dévotes, lorsqu’elles sont inutiles et qu’on y perd du temps ». Les conversations deviennent alors l’aliment de cette curiosité qui développe les goûts terrestres et nuit grandement à la vie intérieure. (A.S.E. 197-200).

Voilà bien la plus fondamentale mortification chrétienne : pas d’alliage, pas de compromission avec l’esprit du monde, tout en demeurant au milieu du monde. « Le point capital de la vie chrétienne, écrivait le grand Pontife Léon XIII, est de ne point céder à la corruption des mœurs du siècle, mais de lui opposer une lutte, une résistance constante. »


« Pour avoir la Sagesse, continue Montfort, il faut aussi mortifier son corps, non seulement en souffrant patiemment les maladies qui l’affectent, les injures des saisons et les atteintes qu’il reçoit, en cette vie, des créatures ; mais encore en se procurant quelques peines et mortifications, comme les jeûnes, les veilles, et autres austérités de saints pénitents. Il faut du courage pour cela, parce que la chair est naturellement idolâtre d’elle-même ; et le monde regarde et rejette comme inutiles toutes les mortifications du corps. Que ne dit-il point, que ne fait-il point pour détourner de la pratique des austérités des saints qui, tous, plus ou moins, ont réduit leur corps en servitude ? Ils avaient fait comme un pacte avec lui de ne lui accorder aucun repos en ce monde ».

Ce sont ces grands victorieux que nous devons imiter, sans tenir compte de la raillerie des mondains : nos goûts ne leur sont-ils pas contraires, nos mœurs ne leur sont-elles pas opposées ? Redisons-leur la parole de Tertullien : « Le temps de nos festins et de nos noces n’est pas encore venu : nous ne pouvons nous réjouir avec vous, parce que vous non plus ne pourrez vous réjouir avec nous » (De spectac. n° 28). Viendra le temps de notre banquet, car l’Epoux divin nous a conviés à ses noces éternelles : alors, ceux qui ont porté dans leur corps la mortification du Sauveur Jésus entreront dans la joie de sa béatitude infinie, tandis que les mondains jouisseurs s’en iront au lieu des pleurs et des grincements de dents.

« Afin que cette mortification extérieure et volontaire soit bonne, il faut nécessairement la joindre avec la mortification du jugement et de la volonté, par la sainte obéissance ; parce que, sans cette obéissance, toute mortification est souillée de la volonté propre, et souvent plus agréable au démon qu’à Dieu. C’est pourquoi il ne faut se livrer à aucune mortification considérable sans conseil… Quiconque veut ne point se repentir de ce qu’il a fait ne doit le faire qu’après avoir demandé l’avis d’un homme prudent et expérimenté. C’est le grand conseil que le Saint-Esprit nous donne… (Eccli. XXXII, 24).

« Par le moyen de cette obéissance l’amour-propre, qui gâte tout, est chassé ; la plus petite chose devient très méritoire ; on est à couvert de l’illusion du démon » (A.S.E. n° 196-202).

Saint Louis-Marie de Montfort nous fait ainsi entendre que la mortification intérieure ou spirituelle l’emporte évidemment sur la mortification extérieure ou corporelle, mais l’une n’est pas moins nécessaire que l’autre, sinon nous ne parviendrons pas à triompher de cette convoitise charnelle que nous portons en nous-mêmes et nous n’avancerons jamais sérieusement dans la vertu. La mortification corporelle, pratiquée avec cette modération et cette prudence que vient de nous recommander notre guide spirituel, sera toujours notre force contre la tendance de notre nature déchue à rechercher le plaisir partout où nous pouvons le trouver. En fin de compte, elle nous fera jouir aussi de cette paix, de cette joie, de cette sérénité d’âme, que nous avons implorée de la Très Sainte Vierge au début de notre méditation. Les chrétiens mortifiés goûtent un bonheur intime que ne connaîtront jamais les mondains livrés à toutes sortes de plaisirs.


Il va sans dire que la mortification, ainsi comprise, diffère de la pénitence. Celle-ci a pour effet de réparer les péchés que nous avons eu le malheur de commettre ; la mortification, au contraire, tend avant tout à prévenir les fautes. Sans doute, peut-elle aussi contribuer à nous purifier des fautes passées ; mais son but principal est de nous prémunir contre celles du présent et de l’avenir, en diminuant en nous l’amour du plaisir, source de tous nos péchés, et en nous maintenant par là même opposés à l’esprit du monde. Nous avançons ainsi d’un pas assuré vers cette fin béatifiante que Montfort ne cesse de nous indiquer : la possession de Jésus, la Sagesse incarnée, avec tous les biens que renferme sa divine Personne.

Ô Marie, éprenez de plus en plus nos cœurs de ce bonheur qui ne trompe et ne passe jamais. Si nous voulons en jouir un jour au Ciel dans le face à face de l’éternité, ne devons-nous pas, dès maintenant, en chercher et en trouver un avant-goût dans les intimités que nous offre notre vie de grâce sanctifiante ? Notre Consécration d’esclaves d’amour y ajoutera encore les joies d’une appartenance totale et indéfectible.

LECTURES

ÉVANGILE selon saint Mathieu, chap. 8, 1 à 27 : Jésus prouve sa mission par des miracles.

IMITATION de Jésus-Christ, livre 1, chap. 18 : De l’exemple des saints..

Évangile

(Saint Mathieu 8, 1-27)

 Or, lorsqu’il fut descendu de la montagne, une grande foule le suivit. Et voilà qu’un lépreux venant à lui l’adorait, disant : Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir.  Et Jésus étendant la main le toucha, disant : Je le veux, sois guéri. Et à l’instant sa lèpre fut guérie.  Alors Jésus lui dit : Prends garde, ne le dis à personne, mais va, montre-toi au prêtre, et offre le don prescrit par Moïse, en témoignage pour eux.

 Et comme il était entré dans Capharnaüm, un centurion s’approcha de lui, le priant,  Et disant : Seigneur, mon serviteur gît paralytique dans ma maison, et il souffre violemment.

 Jésus lui dit : J’irai, et le guérirai.

 Mais le centurion répondant : Seigneur, dit-il, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit ; mais dites seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Car moi qui suis un homme soumis à la puissance d’un autre et qui ai sous moi des soldats, je dis à l’un : Va, et il va ; et à un autre : Viens, et il vient, et à mon serviteur : Fais cela, et il le fait.

 Or Jésus, l’entendant, fut dans l’admiration, et il dit à ceux qui le suivaient : En vérité, je vous le dis ; je n’ai pas trouvé une si grande foi dans Israël. Aussi je vous dis que beaucoup viendront de l’Orient et de l’Occident et auront place dans le royaume des deux avec Abraham, Isaac et Jacob ; tandis que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures ; là sera le pleur et le grincement de dents.

 Alors Jésus dit au centurion : Va, et que selon que tu as cru il te soit fait. Et son serviteur fut guéri à cette heure même.

 Jésus étant venu ensuite dans la maison de Pierre vit sa belle-mère gisante et ayant la fièvre. Il lui toucha la main, et la fièvre la quitta ; aussitôt elle se leva, et elle les servait.

 Le soir étant venu, on lui présenta beaucoup de démo niaques, et par sa parole il chas sait les malins esprits, et il guérit tous les malades afin que s’accomplît la parole du prophète Isaïe, disant : Lui-même a pris nos infirmités et il s’est chargé de nos maladies.

 Or Jésus voyant une grande foule autour de lui ordonna de passer à l’autre côté de la mer. Alors un scribe s’approchant, lui dit : Maître, je vous suivrai partout où vous irez.

 Et Jésus lui dit : Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête.

 Un autre de ses disciples lui dit : Seigneur, permettez-moi d’aller d’abord et d’ensevelir mon père.

 Mais Jésus lui dit : Suis-moi et laisse les morts ensevelir leurs morts.

 Étant ensuite monté dans la barque, ses disciples le suivirent.  Et voilà qu’une grande tempête se leva sur la mer ; de sorte que la barque était couverte par les vagues ; lui-même cependant dormait.

 C’est pourquoi ses disciples s’approchèrent de lui et l’éveillèrent, disant : Seigneur, sauvez- nous, nous périssons. Jésus leur dit : Pourquoi craignez-vous, hommes de peu de foi ? Alors, se levant, il commanda aux vents et à la mer, et il se fit un grand calme. Or, saisis d’admiration, ces hommes disaient : Quel est celui- ci, que les vents et la mer lui obéissent ?

Imitation de Jésus-Christ

Livre 1, ch. 18. De l’exemple des saints

1. Contemplez les exemples des saints Pères, en qui reluisait la vraie perfection de la vie religieuse, et vous verrez combien peu est ce que nous faisons, et presque rien. Hélas ! Qu’est-ce que notre vie comparée à la leur ?

Les saints et les amis de Jésus-Christ ont servi Dieu dans la faim et dans la soif, dans le froid et dans la nudité, dans le travail et dans la fatigue, dans les veilles et dans les jeûnes, dans les prières et dans les saintes méditations, dans une infinité de persécutions et d’opprobres.

2. Oh ! que de pesantes tribulations ont souffertes les apôtres, les martyrs, les confesseurs, les vierges et tous ceux qui ont voulu suivre les traces de Jésus-Christ ! Ils ont haï leur âme en ce monde, pour la posséder dans l’éternité.

Oh ! quelle vie de renoncements et d’austérités, que celle des saints dans le désert ! quelles longues et dures tentations ils ont essuyées ! que de fois ils ont été tourmentés par l’ennemi ! que de fréquentes et ferventes prières ils ont offertes à Dieu ! quelles rigoureuses abstinences ils ont pratiquées ! quel zèle, quelle ardeur pour leur avancement spirituel ! quelle forte guerre contre leurs passions ! quelle intention pure et droite toujours dirigée vers Dieu !

Ils travaillaient pendant le jour, et passaient la nuit en prière ; et même durant le travail, ils ne cessaient point de prier en esprit.

3. Tout leur temps avait un emploi utile. Les heures qu’ils donnaient à Dieu leur semblaient courtes, et ils trouvaient tant de douceur dans la contemplation, qu’ils en oubliaient les besoins du corps.

Ils renonçaient aux richesses, aux dignités, aux honneurs, à leurs amis, à leurs parents ; ils ne voulaient rien du monde ; ils prenaient à peine ce qui était nécessaire pour la vie ; s’occuper du corps, même dans la nécessité, leur était une affliction.

Ils étaient pauvres des choses de la terre, mais ils étaient riches en grâce et en vertus. Au-dehors tout leur manquait, mais Dieu les fortifiait au-dedans par sa grâce et par ses consolations.

4. Ils étaient étrangers au monde, mais unis à Dieu et à ses amis familiers. Ils se regardaient comme un pur néant, et le monde les méprisait ; mais ils étaient chéris de Dieu, et précieux devant lui.

Ils vivaient dans une sincère humilité, dans une obéissance simple, dans la charité, dans la patience, et devenaient ainsi chaque jour plus parfaits et plus agréables à Dieu.

Ils ont été donnés en exemple à tous ceux qui professent la vraie religion, et ils doivent nous exciter plus à avancer dans la perfection, que la multitude des tièdes ne nous porte au relâchement.

5. Oh ! quelle ferveur en tous les religieux au commencement de leur sainte institution ! quelle ardeur pour la prière ! quelle émulation de vertu ! quelle sévère discipline ! que de soumission ils montraient tous pour la règle de leur fondateur !

Ce qui nous reste d’eux atteste encore la sainteté et la perfection de ces hommes qui, en combattant généreusement, foulèrent aux pieds le monde.

Aujourd’hui on compte pour beaucoup qu’un religieux ne viole point sa règle, et qu’il porte patiemment le joug dont il s’est chargé.

O tiédeur, ô négligence de notre état qui a si vite éteint parmi nous l’ancienne ferveur !

Maintenant tout fatigue notre lâcheté, jusqu’à nous rendre la vie ennuyeuse. Plût à Dieu qu’après avoir vu tant d’exemples d’homme vraiment pieux, vous ne laissiez pas entièrement s’assoupir en vous le désir d’avancer dans la vertu !