Conduite pour passer saintement le carême ~ Vendredi après le 4e dimanche

Jour d’Espérance

Pratique

Priez le Seigneur, à votre premier réveil, qu’il dissipe toutes vos frayeurs et toute vos alarmes par une ferme espérance en ses divines promesses. Élevez vers le ciel vos yeux, votre esprit et votre cœur, et prononcez avec fermeté ces paroles du Roi-Prophète : Seigneur, j’ai espéré en vous ; ne permettez pas que je sois confondu pour jamais. (Ps. 39.) N’admettez donc chez vous aucun sentiment terrestre, et ne pensez qu’aux récompenses qui vous sont promises dans le ciel, si vous êtes fidèle à Dieu et à sa grâce. Soupirez mille fois aujourd’hui après ce bonheur ; ne faites rien qui ne soit dirigé vers le ciel. Levez souvent les yeux vers cette céleste patrie, en disant avec le même Prophète : Seigneur des armées, que vos tabernacles sont aimables ! mon âme désire ardemment d’être dans la maison du Seigneur.

Méditation sur l’espérance

Ier POINT. — Les sœurs de Lazare envoyèrent dire à Jésus Seigneur, celui que vous aimez est malade. (S. Jean, 11)

Ces pieuses sœurs, qui avaient été instruites par la bouche de Jésus-Christ même, étaient animées d’une espérance bien ferme, puisqu’elles se contentent, dans le message qu’elles lui envoient, de lui exposer seulement la maladie de leur frère Lazare, sans le prier de le guérir et de lui rendre une visite charitable, persuadées fortement que cet incomparable ami, qui ne manque ni de puissance ni de bonté, ne manque aussi jamais de secourir dans le besoin ceux qu’il aime et qui espèrent en lui.

Faites attention que Jésus-Christ’n’était pas alors en Judée quand on vint lui dire de la part de Marthe et de Marie que leur frère était malade. Il avait été obligé de quitter son propre pays, parce que les Juifs lui dressaient continuellement des embûches, et qu’ils cherchaient l’occasion de le faire mourir. Cependant, pour secourir un ami, il retourne malgré les remontrances de ses apôtres, aimant mieux courir les risques d’être persécuté et de perdre la vie que de laisser dans la douleur une famille désolée, qui lui était chère, et qui mettait toujours son espoir en lui. Quelle consolation, quel puissant motif d’espérance dans le secours d’un Dieu Sauveur, si nous l’aimons, si nous avons recours à ses bontés dans nos souffrances !

Il fallait que ce divin libérateur soutînt la parole solennelle qu’il avait donnée à sou peuple par son prophète, et conçue en ces termes : Je le délivrerai, parce qu’il a espéré en moi ; je le protégerai, parce que dans sa peine il a invoqué mon nom. (Ps. 90.) Servez-vous de ce remède ; il est doux, il est facile, il est sûr ; et le ciel et la terre se bouleverseraient plutôt que le Seigneur ne manquât à sa parole, qui est divine et sacrée.

Vous souffrez ; vous êtes dans le mépris et dans l’humiliation ; vos besoins temporels et spirituels vous pressent ; vous ne trouvez aucune ressource dans les créatures : espérez en Jésus-Christ : vous n’avez pas besoin, comme Marthe et Marie, de lui envoyer un messager pour lui apprendre votre peine ; il est présent, il vous écoute, il la sait, il la sent ; mais il veut la savoir par vous.

Dites-lui avec une ferme espérance : Seigneur, celui que vous avez aimé jusqu’à répandre votre sang pour son amour est malade. Il viendra à vous, il vous consolera, il vous délivrera ; il s’y est engagé, il vous l’a promis. Sommez-le respectueusement de sa divine promesse. Surtout n’hésitez point ; espérez tout contre toute espérance humaine ; vous lui ferez plaisir, puisqu’en vous secourant efficacement, il suivra toujours les inclinations et les tendres mouvements de son cœur. Mais, pour animer votre espérance, n’oubliez jamais qu’il est la bonté même, et qu’il est tout-puissant ; qu’il vous aime et qu’il peut tout ; qu’il est fidèle dans ses promesses ; que votre pusillanimité lui déplaît ; que cette fidélité fait sa gloire ; que votre défiance lui serait injurieuse.

IIe POINT. — Je suis la résurrection et la vie, dit Jésus-Christ, et celui qui croira en moi vivra, quoiqu’il soit mort. Voyez jusqu’à quel terme notre adorable Sauveur étend le mérite et l’efficace de l’espérance. Il ne la borne ni à la guérison des maladies corporelles, ni à la délivrance des peines spirituelles, mais il l’étend jusqu’à la mort et par delà. Cette sublime théologie avait été inspirée au saint homme Job, quand il disait sur son fumier : Dieu m’a réduit aux dernières extrémités ; j’ai perdu tous mes biens, tous mes enfants, et je suis couvert de plaies depuis les pieds jusqu’à la tête ; mais quand il me tuerait même, je ne cesserais pas d’espérer en lui ; et c’est dans cette espérance qu’il puisait toute sa consolation : Etiam si occiderit me, in ipso sperabo. (Job, 13.)

Jésus confirme aujourd’hui ce grand sentiment et par sa parole et par le prodige qu’il opère. Porté sur les ailes de la charité, il vient à Béthanie, où Lazare était mort depuis quatre jours. Marthe et Marie lui disent : Seigneur, si vous aviez été ici, mon frère ne serait pas mort. Marthe ajoute Mais je sais que Dieu vous accordera tout ce que vous lui demanderez. Jésus, pour récompenser une espérance si héroïque, s’approche du tombeau, il pleure, il prie, il se trouble, il commande, et il ressuscite le mort.

Qui n’espérera pas en Jésus-Christ après ce miracle ? Espérez donc, non pas une résurrection anticipée, mais la résurrection spirituelle de votre âme par la divine miséricorde. Espérez la délivrance de tous les maux qui vous affligent : espérez la gloire que Jésus-Christ vous a promise par les mérites de son sang.

Espérez la divine miséricorde, quelques péchés que vous ayez commis, puisque sans cette espérance vous ne l’obtiendrez jamais. Priez, faites pénitence, et elle vous sera donnée. La miséricorde, dit le Prophète, environnera celui qui espère en elle. (Ps. 32.) Vous qui craignez le Seigneur, dit le Sage, espérez en lui, et sa miséricorde viendra consoler votre âme. (Eccli., 2.)

Espérez en Dieu pour la délivrance de vos peines ; il est avec vous dans la tribulation, et il vous a promis de vous délivrer. Si vous êtes faible, dit saint Augustin, l’espérance sera la colonne qui vous soutiendra de peur que vous ne tombiez. Si le vaisseau mystérieux de votre âme est agité par les flots de la tentation, l’espérance sera l’ancre qui l’arrêtera et qui la préservera du naufrage.

Mais surtout espérez la gloire que Jésus-Christ vous a promise ; car l’espérance de la vie immortelle, dit encore saint Augustin, est la même. Tant que vous aurez un souffle de vie, vous aurez droit et même obligation d’espérer ; mais ayez soin de soutenir votre espérance par la pratiqué des bonnes œuvres. Espérez en Dieu, dit le Prophète, mais faites le bien : car, sans cette pratique, l’espérance n’est qu’une illusion grossière et une véritable présomption. (Ps. 39.) Elle est semblable, dit le Sage, à ces petites pailles que le vent emporte, ou à cette écume légère qui est dispersée par la tempête, ou à la fumée que le vent dissipe ; et elle fondra comme la glace de l’hiver, ou elle s’écoulera comme une eau inutile. (Sag., 5.)

Sentiments

Venez à moi, Seigneur, rendez une visite charitable à mon âme. Elle est languissante, elle implore votre secours, et elle n’espère qu’en vous seul. Hélas ! peut-être est-elle morte, et renfermée dans mon corps comme dans un tombeau. Otez non seulement, mais brisez la pierre qui me retient dans les ombres de la mort. Mon cœur est lui-même plus sec et plus dur que la pierre qui fermait le sépulcre de Lazare. Je vous conjure, par les larmes que vous répandîtes alors, d’amollir sa dureté. Parlez-lui, faites-lui entendre votre voix, qui porte partout la grâce, qui est la source de la vie. Embrasez-le d’une ardeur si pure, qu’elle chasse pour toujours le péché, qui est le principe de la mort. Extirpez-en toutes flammes étrangères, afin qu’il ne brûle que du feu de votre amour. Bannissez-en toute la crainte servile, tout le découragement, toute la défiance, et apprenez-lui à mettre toute son espérance en votre divine miséricorde. Permettez encore que je vous dise avec un de vos saints docteurs : Mon Dieu, puisque vous avez la bonté de me promettre des récompenses éternelles, j’espérerai toujours de les obtenir par vous seul, en répondant fidèlement à votre grâce. (S. Bernard.) Si vous trouvez à propos de m’exposer à des combats rigoureux, je ne m’effrayerai et je ne me découragerai jamais ; je combattrai généreusement, et par vous j’espérerai la victoire. Si le monde veut m’éblouir par ses fausses grandeurs, ou me corrompre par ses plaisirs sensuels ; si le démon m’attaque par des tentations importunes, je surmonterai tout, parce que j’espérerai que vous combattrez avec moi, et que vous me donnerez toute la force dont j’ai besoin pour ne me laisser jamais abattre. Puis-je désespérer de votre miséricorde, puisque vous me donnez trois motifs puissants qui m’engagent à tout espérer ? J’espère donc, Seigneur, dans la charité de votre adoption, dans la vérité de vos promesses, et dans la toute-puissance de mon rémunérateur : Sperabo in charitate adoptionis, in veritate promissionis, in potestate redditionis. (S. Bernard.)

Sentences de l’Écriture Sainte et des Saints Pères

Ceux qui espèrent au Seigneur auront toujours de nouvelles forces, ils auront les ailes d’un aigle, ils voleront et ils ne se lasseront jamais. (Isaïe, 40.)

Nous avons en nous-mêmes la réponse de la mort, afin que nous ne mettions point notre espérance en nous, mais en Dieu, qui resuscite les morts. (2e Épît. aux Cor., 1.)

Toute la vie mortelle consiste dans l’espérance de la vie immortelle. (S. Augustin.)

Tous les combats paraissent faciles à un chrétien qui envisage le ciel, et l’espérance de la gloire éternelle facilite et adoucit les plus rudes travaux. (S. Jérôme.)

Prière

Seigneur tout-puissant, en qui la sagesse et la bonté sont infinies, et qui, par ces divines perfections, pourvoyez abondamment à tous nos besoins spirituels et corporels ; divin Sauveur, qui prenez soin de renouveler tous les jours les fidèles qui composent votre Église par des sacrements ineffables, que vous leur fournissez comme des sources inépuisables de grâces pour effacer leurs péchés, et pour les conserver dans l’innocence, accordez encore à votre Église la grâce de profiter des divines leçons, qui ne tendent qu’a nous détacher de la terre pour nous porter vers le ciel ; mais ayez aussi la bonté de pourvoir à nos besoins temporels, que nous vous demandons dans l’ordre de votre divine providence, et autant qu’ils pourront contribuer à notre bonheur éternel. Nous vous en prions par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Point de la Passion

Jésus conduit au Calvaire

À peine la dernière sentence de mort est-elle prononcée contre Jésus-Christ, que ses ennemis, impatients d’exécuter sur lui le dernier acte de leur fureur, se hâtent de le conduire et de le traîner au Calvaire. On lui ôte la robe de pourpre dont on l’avait revêtu par dérision, et pour insulter à sa royauté, on lui met ses propres habits, afin qu’étant mieux reconnu par les spectateurs qui accouraient en foule, et qui l’avaient vu sous cet habit prononcer tant d’oracles de vie et opérer tant de miracles, il en reçût plus de honte et d’infamie

Pour rendre cette infamie plus complète, on tire de la prison deux voleurs publics ; on les lui donne pour compagnons de son supplice, afin de vérifier l’oracle du Prophète, qui dit qu’il sera mis et confondu avec les scélérats. Jésus les reçoit en sa compagnie ; il souffre d’être comparé, puni et crucifié avec eux, et même d’être mis au milieu de ces voleurs, comme le chef, comme le plus coupable et le plus digne de mort. Aussi était-il chargé des péchés de ces voleurs, de ceux de tous les pécheurs, et il allait mourir pour tous les hommes.

Tout est en mouvement, tout marche au Calvaire pour immoler cette innocente victime, et achever de répandre le peu de sang qui lui reste dans les veines, qui soutient encore faiblement quelques douloureux moments d’une vie languissante.

Considérez le triste état de cet homme de douleurs ; voyez en esprit ce Sauveur pâle et défait sortir de la maison de Pilate, poussé, traîné au milieu des rues les plus fréquentées de Jérusalem, où quelques jours auparavant il avait passé en triomphe, adoré comme le Messie ; il est accompagné, pour tout cortège, de soldats, de bourreaux, et d’une foule qui l’insulte et qui le regarde comme le plus scélérat de tous les hommes. Ses mains sont liées avec des cordes qui ne sont plus que de couleur de sang ; sa couronne d’épines est sur sa tête ; il en coule une si prodigieuse quantité de sang, qu’a peine on peut voir son visage. Ses yeux plombés et moribonds ne jettent que des regards languissants, où la plus vive douleur est exprimée ; les larmes abondantes qu’ils répandent sont mêlées et confondues avec le sang qui coule de sa tête. Ses joues divines sont toutes déformées par les soufflets, meurtries de coups, et couvertes de larmes qui coulent de ses yeux. Sa bouche est livide et sanglante, et il ne l’ouvre que pour faire passage à quelques soupirs et à quelques sanglots que l’excès de sa tristesse et de sa douleur arrache de son cœur. Ses épaules sont déchirées de coups de fouet et chargées du pesant fardeau de la croix. Ses pieds sont encore tout rouges du sang qu’il a répandu à sa cruelle flagellation, et tout son corps si faible, qu’il peut à peine se soutenir, parce qu’il est épuisé par la quantité prodigieuse de sang qu’il a répandue.

Suivons donc ce Dieu souffrant au Calvaire. La terre couverte de son sang nous en apprendra les routes ; ses pieds, dont la forme est empreinte en rouge, nous en montreront le chemin. Ses vestiges sanglants sont trop bien marqués pour ne pas les apercevoir. Allons de cœur et d’esprit sur les traces de cet homme de douleurs, et allons mourir avec lui, puisqu’il va mourir pour nous. Cette mort nous donnera la vie.