Conduite pour passer saintement le carême ~ Samedi saint

Jour de Sépulcre

Pratique

Accompagnez aujourd’hui en esprit ces saintes âmes qui rendent les derniers devoirs au Corps adorable de Jésus-Christ, qui le détachent de la croix, qui l’embaument, qui l’ensevelissent, et qui le portent au tombeau. Suivez-les dans toutes leurs démarches ; aidez-les à porter ce divin fardeau ; imitez leur dévotion et leur empressement ; laissez-vous pénétrer des mêmes sentiments d’amour et de douleur, et répandez des larmes avec elles. Mais en vous occupant de la sépulture de votre Dieu et de votre Sauveur, n’oubliez pas de penser à la vôtre. Dites-vous souvent à vous-même : Puisqu’un Sauveur innocent a bien voulu se soumettre à la mort, et se laisser enfermer dans un sépulcre, lui qui est l’auteur de la vie, il est bien juste qu’un pécheur comme moi, qui ne suis que cendre et que poussière, retourne dans la terre dont il est formé. Faites donc des actes fréquents d’acceptation de cet état si humiliant que vous avez mérité, et offrez à Dieu en sacrifice ce que vous êtes obligé de lui payer comme une dette.

Méditation sur le sépulcre de jésus-christ

Ier POINT. — Marie Madeleine et une autre Marie vinrent pour voir le sépulcre.

Est-ce dans un sépulcre de mort qu’il faut chercher un Dieu immortel, qui est le destructeur de la mort et l’auteur de la vie ? La mort est une peine, le tombeau est une infamie, et l’un et l’autre le châtiment du péché. Jésus est innocent, et l’innocence même ; c’est là cependant que Madeleine le va chercher, parce qu’elle sait que c’est là que cet aimable Sauveur s’est laissé mettre par ses propres créatures, par humilité et par amour ; et il en a usé ainsi premièrement pour nous confirmer dans la foi, en ne laissant aucun doute sur la vérité de sa chair, de sa mort et de sa résurrection.

Secondement, pour nous engager à acquiescer avec une profonde humilité et une résignation parfaite à la mort, aux humiliations du tombeau, parce que nous sommes pécheurs, et que ce Sauveur s’y est soumis, quoiqu’il fût sans péché.

Enfin, pour nous inspirer une ferme espérance de la résurrection de nos corps, en nous faisant entendre que comme le tombeau qui a reçu Jésus-Christ mort l’a rendu vivant et glorieux, nous participerons au même avantage, et surtout à la même gloire, si nous travaillons à conformer notre vie à la sienne : car nous étions morts, dit le grand Apôtre, et ce qui nous restait d’espérance de vie était caché avec Jésus-Christ en Dieu. (Épît. aux Col., 3.)

Faites une sérieuse attention à cette vérité qui vous est si favorable, et que le même saint Paul développe d’une manière si claire et si consolante quand il dit aux chrétiens de Rome : Rappelez-vous, mes frères, qu’ayant été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort, et que nous avons été ensevelis avec lui dans le même tombeau, par le même baptême, pour mourir au péché ; afin que, comme Jésus-Christ est sorti vivant du tombeau par la gloire de son Père, nous marchions aussi dans une nouvelle vie ; car si nous sommes entés en lui par la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi par la ressemblance de sa résurrection.

Imaginez-vous donc que, quand on a mis Jésus-Christ dans le sépulcre, on vous y a mis aussi avec lui. Vous étiez mort alors, et tout ce que vous aviez d’espérance de vie était caché avec lui. Le corps adorable du Sauveur, tout mort et insensible qu’il était, avait en lui le germe de vie, et pour lui et pour vous ; et cette vie se manifestera quand il sera ressuscité. Jésus-Christ sortira de ce sépulcre par sa propre vertu, dès que son âme sera réunie à son corps, et il ira aussitôt trouver les pécheurs qui étaient morts à la grâce, pour leur donner la vie.

Mais ne prétendez pas participer à cette vie si avantageuse, si vous ne mourez auparavant, et si vous ne vous cachez dans le tombeau. Mourez à vous-même, mourez à tous vos désirs déréglés, mourez à votre passion dominante, mourez à tout ce que le monde adore, mourez à ses vanités, mourez à ses plaisirs. Ce n’est pas assez, il faut vous ensevelir tout vivant avec Jésus-Christ, je veux dire, vous cacher aux yeux des hommes, leur cacher vos talents et tout ce qui peut vous attirer leur estime. Cachez-vous encore à vos propres yeux, et n’en ayez que pour voir vos misères. En un mot, soyez semblable à ce grain de froment dont parle Jésus-Christ, cachez-vous dans la terre, mourez-y, si vous voulez porter des fruits de vie.

IIe POINT. — L’ange du Seigneur dit aux femmes : Ne craignez point ; car je sais que vous cherchez Jésus, qui a été crucifié.

Ces saintes femmes, après tant de frayeurs et tant d’alarmes, avaient besoin que l’ange du Seigneur les rassurât, surtout Madeleine, qui cherchait avec empressement Celui qu’elle aimait incomparablement plus qu’elle-même. Elle avait cruellement souffert au pied de la croix pendant que Jésus-Christ y était attaché, et qu’il y endurait pour son amour des douleurs extrêmes. Elle était inconsolable de sa mort ; elle avait été frappée de la cérémonie lugubre de ses obsèques ; elle avait vu avec douleur ses disciples dans une dispersion lamentable et dans une infidélité criante ; ils n’osaient le pleurer en public, ni même s’approcher de son sépulcre. Plus forte et plus généreuse elle seule que tous les apôtres, elle vient le chercher, sans craindre ni les soldats ni la fureur des Juifs ; et son amour lui inspire un courage au-dessus de son sexe.

Demandez-vous à vous-même si vous cherchez ainsi Jésus-Christ. Ne rougissez-vous point de lui rendre vos hommages et de prendre hautement son parti, quand vous vous trouvez au milieu des mondains, qui sont ses ennemis La crainte, la lâcheté, le respect humain, ne l’emportent-ils point dans votre esprit et dans votre cœur sur le respect et sur l’amour que vous lui devez ?

Mais suivez encore ces fidèles servantes de Jésus-Christ. Pensez à leur agréable surprise lorsqu’au lieu de trouver un sépulcre fermé et gardé par une bande de soldats, elles le virent ouvert, et un ange tout brillant de clarté qui leur annonça l’agréable nouvelle de la résurrection de leur, Sauveur, qu’elles cherchaient et qu’elles croyaient encore entre les morts. C’est ainsi que la joie succède à la tristesse, et le plaisir à la douleur, quand on souffre pour l’amour de Jésus-Christ, et quand on cherche en lui seul la consolation dans ses peines.

Imitez aujourd’hui ces généreuses femmes ; tenez-vous comme elles au pied de la croix de Jésus-Christ pendant que tout le monde l’abandonne ; soyez dans une attention tendre et compatissante sur tout ce qui se passe au Calvaire à l’égard de ce divin Sauveur ; attachez-vous fortement, par un amour de conformité, à la même croix où il est attaché ; que les douleurs qu’il y endure pour votre amour pénètrent votre cœur, et qu’elles y fassent la même impression qu’elles firent dans le cœur de ces amantes. Gémissez comme elles sur les douleurs et sur la mort de votre Sauveur ; en un mot, souffrez, mourez et entrez dans le sépulcre avec Jésus-Christ : rendez-lui en esprit les derniers devoirs de sépulture ; venez encore le chercher avec le même empressement et la même ardeur dans le tombeau, pour arroser son corps sacré de vos larmes, pour essuyer son sang, et pour l’embaumer par le précieux parfum de vos vertus.

Voilà le fruit que vous devez tirer de la sépulture de votre divin Sauveur ; voilà la préparation que vous devez apporter à la grande fête ; voilà les pratiques qui vous disposeront à la participation de toutes les grâces qui sont attachées à la résurrection de Jésus-Christ. Vous sortirez avec lui du tombeau ; vous vous rendrez digne d’une résurrection parfaite, vous recevrez avec abondance les précieux écoulements de la sienne ; enfin vous ressusciterez comme ce Sauveur, pour ne plus mourir.

Sentiments

Un Dieu mort, quel étonnant prodige, lui par lequel nous vous et qui donne la vie à tous les hommes ! Un Dieu porté dans le tombeau par ses propres créatures, quel triste spectacle, lui qui est si puissant et qui soutient tout ! Un Dieu dans un sépulcre, quelle étrange situation ! quel incompréhensible mystère ! quelle humilité et quel amour ! Ah ! Seigneur, j’aimerais beaucoup mieux vous aller chercher sur un trône de gloire que dans un tombeau ; il vous conviendrait beaucoup mieux, puisque vous êtes mon souverain Seigneur. Le tombeau a pour triste apanage la pauvreté, et vous êtes la source inépuisable de tous les trésors ! Le tombeau est étroit, l’on ne peut y placer qu’un corps, et vous y êtes renfermé comme dans une prison, vous qui par votre immensité remplissez le ciel et la terre, et que rien ne peut contenir ! Le tombeau est obscur, et vous y êtes dans les ténèbres, Vous qui êtes le principe des plus brillantes lumières, et qui habitez une lumière inaccessible ! Ah ! Seigneur, quelle humiliation et quel amour tout ensemble ! Cependant votre Prophète a prédit que votre sépulcre serait glorieux, et cet oracle se justifie aujourd’hui. Il vous a reçu mort, et il va vous rendre vivant ; il vous a reçu humilié, et il va vous rendre glorieux ; il vous a reçu sans force et sans mouvement, et il va vous rendre triomphant de tous vos ennemis : c’est ce qui fait ma joie, et ce qui assure mon bonheur. Faites-moi participant de cette gloire et de ce triomphe.

Sentences de l’Écriture Sainte et des Saints Pères

Les nations viendront lui offrir leurs prières, et son sépulcre sera glorieux. (Isaïe, 11.)

Nous avons été ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême, pour mourir au péché. (Épît. aux Rom., 6.)

Mourez pour vivre ; soyez ensevelis dans le tombeau pour ressusciter avec Jésus-Christ. (S. Augustin.)

Que la maison du sépulcre est dure, qu’elle est étroite, qu’elle est pauvre et qu’elle est obscure ! Elle est cependant commune aux riches et aux pauvres, aux rois et aux bergers, aux jeunes et aux vieillards. (S. Bonaventure.)

Prière

Source éternelle de lumières, Dieu tout-puissant, qui du sein des plus épaisses ténèbres faites sortir les clartés les plus brillantes, et qui avez illustré et éclairé cette nuit si sainte et si glorieuse par votre sortie du tombeau, conservez, nous vous en supplions, dans votre famille que vous venez d’engendrer sur la croix, l’esprit d’adoption que vous lui avez donné par votre mort et par votre résurrection. Inspirez-lui assez de courage et de fidélité pour profiter de l’une et de l’autre ; et pour n’en perdre jamais le souvenir, afin que, renouvelée de corps et d’esprit par une vie nouvelle et par une grâce permanente, elle vous serve dorénavant avec une innocence et une pureté qui marquent chez elle une résurrection toujours nouvelle, image parfaite de la vôtre. Ainsi soit-il.

Point de la Passion

Jésus détaché de la croix et porté au tombeau

Jésus, ayant consommé son sacrifice sur la croix, a répandu tout son sang, et rendu son esprit à Dieu son Père. Joseph d’Arimathie, un des plus riches et des plus nobles d’entre les Juifs et qui attendait en vrai fidèle la rédemption d’Israël, voulut rendre les derniers devoirs à celui qu’il reconnaissait pour le vrai Messie et pour le vrai Sauveur, quoiqu’il fût regardé par la plupart des Juifs comme un séducteur qui avait mérité les derniers supplices. Plein de zèle et d’ardeur, et animé d’une sainte hardiesse, il alla trouver Pilate, et lui demanda le corps de Jésus-Christ, pour lui donner une honorable sépulture, quoiqu’il fût encore attaché à un gibet infâme, sans craindre ce que cette action d’éclat pouvait lui attirer de fâcheux de la part de ses ennemis ; et il eut le bonheur de l’obtenir.

Nicodème, ce vrai Israélite, et qui était disciple caché du Sauveur, se déclara alors ouvertement, et se joignit à lui pour une action aussi sainte. Il acheta les choses nécessaires pour L’ensevelir et l’embaumer, et, accompagnés de la sainte Vierge, de Jean l’Évangéliste, de Madeleine et de quelques autres saintes femmes, ils allèrent au Calvaire, où Jésus mort était encore à la croix. On monte à cet arbre sacré ; on commence par ôter cette couronne d’épines qui était restée sur sa tête après sa mort ; on détache avec un profond respect mêlé de douleur ses pieds et ses mains ; on descend doucement et avec révérence ce sacré corps. Marie, toute désolée et toute fondante en larmes, le reçoit sur son sein maternel, elle le serre étroitement entre ses bras, elle lui donne mille chastes baisers, et elle arrose de ses larmes tout ce corps que le Saint-Esprit avait formé dans son sein et qu’elle avait nourri de son lait.

On peut bien s’imaginer que Madeleine prit encore possession de ses pieds adorables, qu’elle les baigna de ses larmes et les essuya de ses cheveux, comme elle avait fait chez le pharisien ; que Jean, son favori, prit la liberté de mettre sa bouche sur son cœur, sur lequel il avait eu la permission de se reposer, et que toute cette sainte compagnie s’efforça de marquer sa douleur et son amour.

On lave avec soin ce corps tout sanglant, et en le lavant on découvre les plaies qu’on n’avait point encore aperçues. On l’essuie avec des linges, on l’embaume avec cent livres de parfum, et on l’ensevelit avec plusieurs suaires, à la manière des Juifs. Unissez-vous à ces saintes âmes, et rendez en esprit avec elles les derniers devoirs au corps adorable de votre Sauveur.

Ils se chargent de ce fardeau sacré, pour le porter au sépulcre ; ils marchent avec ordre, pendant que les anges accompagnaient invisiblement cette pompe funèbre ; et les soupirs, les sanglots, les cris et les gémissements en faisaient la triste harmonie. On entre ensuite dans le jardin où était le tombeau, afin que, comme ce fut dans un jardin que commencèrent nos malheurs, ce fût aussi dans un jardin qu’ils finissent. Le tombeau était taillé dans la pierre, et c’est là que devait être mis Celui qui est la pierre vive et angulaire sur laquelle toute l’Église devait être soutenue. Ce sépulcre n’avait encore servi à personne ; il fallait un sépulcre tout neuf au nouvel Homme qui allait par sa résurrection renouveler toute la face de la terre. Cependant, à peine Jésus-Christ fut-il renfermé dans le tombeau, qu’il fut scellé par ordre de Pilate, et qu’il arriva une bande de soldats pour le garder. Ce fut par la sollicitation des princes des prêtres, et de crainte que les disciples du Sauveur n’enlevassent furtivement son corps et ne prissent de là occasion de dire qu’il était ressuscité. Mais toutes ces précautions que les Juifs apportèrent pour lui donner encore cette ignominie après sa mort ne servirent qu’à publier plus hautement sa gloire, et à tirer de la bouche de ses propres ennemis des témoignages irréfragables de la vérité de sa résurrection, et par conséquent de sa divinité.