Conduite pour passer saintement le carême SAMEDI APRÈS LES CENDRES

Jour de Confiance

Pratique

Regardez aujourd’hui, et premièrement à votre réveil, Jésus-Christ, tantôt comme votre Dieu, tantôt comme votre Père, et tantôt comme votre Sauveur. Recourez à la protection de ce Dieu tout-puissant, confiez-vous en sa tendresse de Père, et abandonnez-vous sans réserve aux bontés de ce Sauveur. Que ces trois regards différents accompagnent alternativement toutes les actions de votre journée ; rien n’est plus capable de calmer vos alarmes, d’apaiser vos troubles et de soutenir votre confiance. Dites-vous souvent à vous-même avec une tendre confiance : Un Dieu peut-il abandonner l’ouvrage de ses mains et une créature qu’il a formée à. son image, quand elle a recours à lui ? Un père peut-il oublier son enfant ? Un Sauveur peut-il laisser périr le prix de son sang ?

MÉDITATION SUR LA CONFIANCE

Ier POINT. — Les Apôtres étaient en mer sur le soir, le vent contraire les fatiguait et rendait tous les efforts inutiles. Jésus seul était à terre. Il les aperçoit, il est touché du danger où ils se trouvent ; il marche à eux sur les flots. Ils le prennent pour un fantôme, la peur les fait crier. Jésus s’approche et leur dit : Ne craignez point. Il monta ensuite dans leur barque, et le vent cessa.

Notre adorable Sauveur a tant de bonté pour les hommes, qu’il se montre quelquefois à ceux qui ne pensent pas à lui, et qui se trouvent dans quelque rude travail qui semble surpasser leurs forces, dans quelque affliction ou dans quelque danger, comme étaient les Apôtres : à combien plus forte raison se trouvera-t-il avec ceux qui le cherchent avec ardeur, qui l’invoquent de tout leur cœur et qui travaillent par ses ordres, sous ses yeux et pour son amour ! Quel motif de confiance quand il veut bien faire entendre au fond de leur cœur ces agréables et consolantes paroles C’est moi, ne craignez point, ayez confiance ! Mais la plupart des chrétiens, semblables à ces Apôtres, qui étaient encore grossiers, ne le connaissent pas, parce qu’ils n’ont pas soin de se procurer sa divine présence et de converser souvent avec lui par l’oraison ; et ils le prennent pour un fantôme, quoiqu’il parle assez pour se faire connaître, et qu’il soit à leurs côtés pour les secourir.

Pour faire naître infailliblement cette confiance dans votre cœur, pour le soutenir contre tout ce qui pourrait l’ébranler, et pour en ressentir toute la douceur et tous les effets favorables, il suffit que vous vous occupiez souvent de cette pensée, surtout quand vous êtes dans la peine : 1° que vous avez un Dieu ; 2° que ce Dieu vous aime, parce que vous êtes son ouvrage et son image tout ensemble : parce qu’il est infiniment bon et infiniment puissant, qu’il veut et qu’il peut vous secourir ; et c’est ainsi que vous devez former votre raisonnement en chrétien : Si Dieu est bon, il a sans doute mesuré la peine qui se présente à mes forces, puisqu’il me les a données, et que d’ailleurs il m’a promis que je ne serais point tenté au-dessus de mes forces ; et je dois comprendre que cette peine m’était nécessaire, soit pour expier mes péchés, soit pour me guérir de quelque attache trop sensible, soit pour me servir d’épreuve, soit pour me faire acquérir des vertus qui me manquent, soit pour me faire mériter le ciel.

En effet, il vous a peut-être dit, comme à ses Apôtres C’est moi, ayez confiance, et vous avez méconnu sa voix, ou fait semblant de ne la pas entendre. Il ne vous a exposé qu’à une peine supportable ; et, faute de confiance, vous la rendez insupportable, parce que vous ne pensez pas à lui, et que vous vous abandonnez trop à votre sensibilité, qui vous met hors d’état de demander et de recevoir les secours dont vous auriez besoin. Il n’attend peut-être que le premier de vos gémissements ou votre premier acte de confiance et de résignation pour vous délivrer de la peine où vous êtes. Concluez donc que c’est être ennemi de soi-même que de manquer de confiance.

IIe POINT. – Ayez confiance, dit Jésus-Christ ; c’est moi, ne craignez point ; et il monta avec eux dans leur barque, et aussitôt le vent cessa.

Que ces paroles sont consolantes, puisque nous y voyons et le motif de notre confiance et le favorable effet de cette confiance ! Faisons donc résolution de n’en jamais manquer, et cherchons les sujets sur lesquels nous devons exercer notre confiance et en produire des actes. Les voici. Premièrement, quand il vous arrive une disgrâce imprévue qui vous touche vivement ; secondement, dans le mauvais succès d’une entreprise que vous preniez à cœur ; et enfin dans la crainte excessive des jugements de Dieu sur les péchés dont vous vous sentez coupable.

Dans les afflictions vous manquez de confiance, parce que vous ne cherchez votre consolation que dans les créatures, et Dieu n’est pas obligé de vous secourir quand vous n’avez pas recours à lui.

Vous entreprenez mille choses sans le consulter, et qui ne réussissent point, parce qu’il ne vous a pas promis de se mêler de ce que vous feriez sans son ordre et souvent contre son ordre. Il vous laisse dans le travail et même dans le danger, comme il a fait à ses Apôtres ; et il vous y laissera jusqu’à ce que vous le connaissiez et que vous mettiez toute votre confiance en lui.

Le souvenir de vos péchés vous accable, et vous n’osez presque espérer d’en obtenir le pardon, parce que vous ne commencez pas par apaiser la colère de Dieu par la pénitence : voilà la vraie source de votre défaut de confiance. Vous la connaissez, mettez-y ordre ; sinon vous courez risque de désespérer de sa miséricorde.

Ouvrez, pour votre consolation, les livres sacrés, et vous verrez qu’on ne s’est jamais confié en Dieu que cette confiance n’ait été couronnée d’heureux succès quand elle a été soutenue par les bonnes œuvres. La chaste Susanne, accusée injustement d’un infâme adultère par les juges du peuple, et près de souffrir une mort honteuse, fut miraculeusement délivrée ; et l’Écriture remarque que son cœur avait confiance au Seigneur. (Daniel, 3.) Le prophète Élie, au milieu d’une affreuse solitude, lève les yeux au ciel avec confiance, et Dieu fait tous les jours un miracle pour le nourrir. (3è livre des Rois, 19.) Une femme malade d’un flux de sang depuis douze années s’approche de Jésus- Christ en se disant secrètement à elle-même, avec une confiance admirable : Si je touche seulement à la frange de son habit, je serai guérie. Elle le fut en effet, et Jésus lui dit tendrement ces paroles : Ayez confiance, ma fille, c’est votre foi qui vous a guérie. (S. Matth., 8.) Approchons-nous donc avec confiance, dit l’Apôtre, du trône de la grâce, afin d’y trouver la miséricorde. (Épît. aux Héb., 4.) Mais remarquez que, dans la même épître, il établit les conditions de cette confiance, quand il dit : Je suppose, mes frères, que vous ayez mis votre confiance dans le sang de Jésus-Christ ; approchez-vous-en donc avec un vrai cœur, c’est-à-dire avec un cœur droit et sincère, avec une intention pure (Épît. aux Héb., 10), et non pas avec un cœur hypocrite, dont la confiance, dit le saint homme Job, est semblable aux toiles d’araignée, qui sont trop fragiles pour prendre autre chose que des mouches. (Job, 8.) Si vous suivez cette règle, vous ne pouvez pas pousser trop loin votre confiance.

Sentiments

Je reconnais, Seigneur, que la triste situation des Apôtres est la mienne. Quand je me suis éloigné de vous, j’ai travaillé sans succès et j’ai souffert sans aucun mérite. Les tempêtes des tentations m’auraient infailliblement causé un triste naufrage, si vous ne vous étiez approché de moi. Je me suis souvent trouvé par ma faute dans un état si périlleux et si déplorable, qu’il n’y avait plus qu’une faible planche entre mon âme et la damnation éternelle. Vous vous montriez à moi, et mon cœur aveugle ne vous connaissait pas, et il vous prenait pour un fantôme ; vous vous approchiez de moi, et je m’éloignais de vous : à la fin vous avez parlé, vous êtes monté dans ma barque, vous êtes entré chez moi par la sainte communion, vous avez eu la bonté de me dire : C’est moi, prenez confiance ; et je l’ai prise. Plutôt mourir que de la perdre. Vous avez fait cesser toutes les tempêtes qui m’agitaient, vous m’avez fait jouir de cette heureuse paix que procure votre adorable présence ; mais ne vous éloignez jamais de moi, de peur que je ne travaille en vain et que je ne périsse. Ah ! je comprends que vous ne vous éloignez jamais de moi que je ne commence moi-même à m’éloigner de vous, et je suis résolu de ne jamais m’en éloigner, quelque chose qui m’arrive. Dorénavant, Seigneur, vous serez seul toute ma confiance, mon refuge, mon conseil, mon protecteur et mon soutien ; soyez aussi mon libérateur, selon votre divine parole. Mais puisque ma confiance est votre ouvrage, augmentez-la, soutenez-la et contre la timidité et contre la présomption, qui sont ses deux plus dangereux écueils. Je suis sûr cependant de ne point excéder, tant qu’elle sera inspirée par votre grâce et qu’elle sera soutenue par mes bonnes œuvres.

Sentences de l’Écriture Sainte et des Saints Pères

Ceux qui se confient au Seigneur sont semblables à la montagne de Sion ; ils ne seront jamais ébranlés. (Ps. 124.)

Ne perdez jamais votre confiance, à laquelle Dieu a-attaché une grande récompense. (Épît. aux Hébr., 10).

La vraie confiance de l’homme chrétien consiste à se défier de soi-même, et à ne s’appuyer que sur son Dieu. (S. Bernard.)

Celui-là, a une confiance bien ordonnée en la toute-puissante miséricorde de Dieu, qui commence par pleurer ses péchés et par faire pénitence. (S. Grégoire.)

Prière

Dieu tout-puissant et tout miséricordieux, nous nous approchons avec confiance du trône de votre grâce, et nous vous prions d’être attentif et favorable à nos humbles prières, afin que ces abstinences et ces jeûnes solennels que vous avez si saintement institués pour la guérison de nos corps et de nos âmes, leur soient profitables, et que nous les accomplissions sans relâchement, avec une dévotion sincère, et dans l’esprit d’une vraie pénitence, pour nous rendre dignes de participer avec tous les fidèles aux fruits et aux mérites de vos souffrances, de votre mort et de votre résurrection. Nous vous en prions par votre adorable Fils Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu.

Point de la Passion

Trahison de Judas

Le perfide Judas, possédé de la passion infâme de l’avarice, venait de marquer assez publiquement, et au scandale de toute la compagnie, son indignation contre Madeleine et contreJésus-Christ même : contre Madeleine, parce qu’elle avait répandu avec une admirable profusion un baume très précieux sur la tête adorable du Sauveur, action éclatante dont il aurait dû faire l’éloge ; et contre Jésus-Christ même, parce qu’il l’avait souffert : car, comme il était voleur, et que depuis longtemps il retenait pour lui une partie des oblations que les fidèles faisaient au Sauveur pour le faire subsister, lui et sa troupe apostolique, il aurait souhaité que cette précieuse liqueur eût été vendue, pour contenter son avarice, qu’il cachait adroitement sous le voile hypocrite de la charité. Frustré d’une somme de trois cents deniers qu’il se serait appropriée, et dont il prétendait grossir son trésor injustement acquis, il voulait venger son avarice frustrée de cette injuste prétention, et la dédommager en partie, en vendant non un baume, mais la personne de Jésus-Christ même. Il ne le mettra pas même, à beaucoup près, à si haut prix que le baume dont la perte le désespérait et le mettait en fureur.

Poussé par cette exécrable convoitise, qui n’épargne pas même ce qu’il y a de plus sacré et qui fait commettre les parricides les plus horribles, il va trouver les princes des prêtres pour vendre à prix d’argent son Maître, son Sauveur, son ami et son Dieu, et il leur tient ce détestable langage : Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai entre les mains ? Enfin ils convinrent d’une somme de trente deniers ; et depuis ce malheureux moment où il avait fait ce contrat sacrilège et simoniaque, il chercha toutes les occasions de s’acquitter de sa promesse, de surprendre et de livrer Jésus-Christ : il offrit même de se mettre à la tête des soldats qui le prendraient et de le désigner par un baiser, et il trouva le moyen d’exécuter ce cruel attentat. Que d’injustices criantes dans une seule trahison, et dans ce contrat sacrilège et simoniaque ! Premièrement, il vend un Homme-Dieu et son propre Maître, qui, par conséquent, ne lui appartenait pas, et sur lequel il n’avait aucun droit. Secondement, il le vend pour la somme chétive de trente deniers. Injustice énorme, d’apprécier à si peu de chose une tête si chère et si précieuse, qui ne serait pas bien payée de tous les trésors du ciel et de la terre et du sang de tous les hommes ! Exécrable simonie, de vendre un Dieu et l’auteur de la grâce pour de l’argent ! Sacrilège infernal, de le vendre pour lui donner la mort, et par le plus cruel et le plus infâme de tous les genres de mort !

Donnez-vous plutôt à moi, ô mon Sauveur ! Heureux si je pouvais vous acheter, non pas pour vous livrer entre les mains de vos ennemis, mais pour vous conserver dans mon cœur ! non pas pour vous trahir et vous perdre, mais pour vous adorer, pour vous aimer et pour vous servir ! non pas au prix de trente deniers, mais au prix de tout ce que je possède et de tout ce que je suis ! Si j’ai un esprit, ô divin Sauveur, je vous en consacre toute les pensées et toutes les lumières ; si j’ai un cœur, je vous en sacrifie toutes les ardeurs ; si j’ai du sang, je suis prêt à le répandre jusqu’à la dernière goutte ; si j’ai un corps et une âme, je consens de perdre l’un et l’autre dans cette vie pour vous posséder dans l’éternité.