Conduite pour passer saintement le carême ~ Samedi après le 4e dimanche

Jour d’imitation

Pratique

Représentez-vous, à votre premier réveil, l’image et le portrait de Notre-Seigneur Jésus-Christ, son air de visage tranquille et majestueux, qui inspirait la sagesse, le respect et la confiance ; ses yeux, dont la douceur, la modestie et l’humilité attiraient les regards ; sa bouche adorable qui ne s’ouvrit jamais que par nécessité ou pour prononcer les oracles de la vie, ou pour parler avec bonté à ceux qui avaient recours à lui.

De l’extérieur de Jésus passez à son intérieur. Représentez-vous la sainteté et la sublimité des pensées de son esprit, son recueillement et son application continuelle à procurer la gloire et à faire en toutes choses la volonté de son Père Céleste ; les adorations et les hommages respectueux qu’il lui rendait, la charité immense qui embrasait son cœur, et toutes les vertus qu’il a pratiquées pendant son séjour sur la terre. Voilà le grand modèle qu’il faut vous efforcer de copier aujourd’hui et tous les jours de votre vie.

Méditation sur l’imitation de notre-seigneur

Ier POINT. – Jésus dit au peuple : Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. (S. Jean, 8.)

Ouvrons les yeux de l’âme pour voir quelle est cette lumière si brillante, si sainte et si bienfaisante, qui vient dissiper nos ténèbres et nous conduire avec sûreté dans les voies du salut. C’est Jésus-Christ même qui est cette lumière de lumière, qui éclaire, qui parle, qui invite et qui conduit en même temps tous ceux qui ont recours à lui, de peur qu’ils ne s’égarent et qu’ils ne tombent dans l’erreur et dans l’aveuglement ; lumière divine, lumière essentielle, source de toutes les autres lumières, qui n’est pas cachée sous le boisseau, mais exposée publiquement aux yeux de tous les hommes.

On a vu, en effet, cette lumière incréée et incarnée. Ce Sauveur a conversé visiblement parmi les hommes ; il a parlé, il a pratiqué les plus héroïques vertus ; il a soulagé tous les malheureux qui ont eu recours à lui ; il a partout donné des exemples d’humilité, de patience et de charité, et tout un peuple en a été le témoin.

Quoi de plus fort et de plus énergique que les paroles dont Jésus-Christ se sert pour nous engager à le suivre et devenir ses imitateurs ? Pesez-les au poids du sanctuaire. Il nous promet que si nous le suivons nous aurons la lumière de la vie, non pas d’une seule vie temporelle, mais d’une vie spirituelle et éternelle tout ensemble, c’est-à-dire la vie de la grâce et la vie de la gloire : quoi de plus avantageux ? Pouvons-nous nous passer de cette double vie, nous qui n’avons de nous-mêmes que les ténèbres, l’ignorance et le péché pour partage, et qui sommes partout environnés des ombres de la mort ?

Que pouvons-nous craindre en suivant les vestiges et les routes qu’un Dieu Sauveur nous a marqués, lui qui a dit qu’il est la Voie, la Vérité et la Vie ? une voie sûre et qui n’est point sujette à l’égarement ; une vérité éternelle- et qui ne peut nous tromper ; une vérité éternelle qui exclut la mort pour toujours : une voie, dis-je, qui conduit dans les sentiers Les plus droits de la justice ; une vérité qui éclaire, qui instruit et qui persuade ; une vie qui soutient, qui nourrit, qui fortifie et qui ne finit jamais.

IIe POINT. – C’est moi, dit encore le Sauveur, qui rends témoignage de moi-même, et mon Père, qui m’a envoyé, me rend aussi témoignage.

Un seul de ces deux témoignages devrait suffire à un chrétien pour écouter la doctrine et pour imiter la vie de Jésus-Christ. Mais, pour mieux l’autoriser, voici deux témoignages irréfragables : du Père Céleste, qui est un Dieu éternel ; l’autre du Fils, qui est un Dieu sauveur ; où trouverons-nous une plus grande sûreté ?

On peut craindre de se tromper en se fiant à la parole d’un homme mortel, ou en l’imitant dans ses actions. Vous n’avez rien à craindre ici, c’est un Dieu qui parle, qui instruit, qui invite et qui agit : à quoi tient-il donc que vous ne l’imitiez ?

Formez aujourd’hui une généreuse résolution d’imiter et de suivre Jésus-Christ, quoi qu’il vous en coûte ; et, pour y réussir, faites attention aux avis importants que vous donne saint Bernard quand il dit : Il y en a qui refusent de suivre Jésus-Christ et qui le fuient ; et ce sont les pécheurs déclarés. Il y en a qui ne veulent pas le suivre, mais le précéder ; et ce sont les orgueilleux que l’humilité du Sauveur scandalise. Il y en a qui ne le suivent que de la voix, et non des actions ; ce sont les faux dévots et les lâches. Il y en a qui ne le suivent que de loin, et qui ne le joindront jamais, parce qu’ils marchent trop lentement, au lieu de courir avec ferveur. Mais il y en a qui le suivent, et qui ont le bonheur de le joindre et de ne s’en séparer jamais, parce qu’ils persévèrent jusqu’à la mort. Prenez ici votre place.

Ayez toujours devant les yeux ce divin original ; copiez-le dans tous ses traits ; efforcez-vous de n’en perdre aucun, afin de l’imiter plus parfaitement. Irritez sa modestie, sa douceur, son humilité, sa patience, sa pureté, son zèle et sa charité. Aimez ce qu’il a aimé, haïssez ce qu’il a haï, souffrez comme il a souffert ; en un mot, pensez, désirez, aimez, parlez et agissez comme ce divin Sauveur.

Extirpez avec un grand soin ce qui vous empêche de le suivre. Trois choses nous empêchent de suivre un homme qui marche à grands pas : 1° quand nous sommes faibles ; 2° quand nous sommes liés ; 3° quand nous sommes trop chargés.

Vous êtes peut-être trop faible par votre faute, parce que vous avez affaibli votre grâce par vos lâchetés et vos fréquentes infidélités. Demandez avec ardeur cette grâce de force ; soyez-lui fidèle, et vous serez en état de suivre Jésus- Christ. Vous êtes peut-être trop attaché à la créature et à vous-même. Brisez ces liens, qui vous sont funestes ; vous ne le suivrez jamais que vous n’ayez la générosité de les rompre. Si vous êtes trop chargé du fardeau de vos iniquités, déposez au plus tôt ce fardeau insupportable ; pleurez- les, ces péchés qui vous appesantissent ; expiez-les, sans vous épargner, par la pénitence. C’est ainsi que vous pourrez suivre Jésus-Christ.

Sentiments

Lumière éternelle et divine, lumière qui dormez la vie, lumière qui brillez partout par vos clartés, et qui embrasez en mème temps par vos ardeurs, dissipez les ténèbres de mon esprit, et fondez la glace de mon cœur, afin que je vous connaisse et que je vous aime, que je vous suive et que je vous imite. Vous m’y invitez vous-même avec une bonté et une tendresse de Père et de Sauveur, quand vous me dites : Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. Aidez-moi donc à marcher sur vos traces, car je suis faible ; tous mes pas sont chancelants, et sans votre secours je ne puis ni marcher, ni même me servir de la lumière que vous me présentez. Rendez-moi attentif à votre voix, docile à votre grâce, fidèle à vos divines inspirations ; guérissez ma surdité, éclairez mon ignorance, amollissez ou brisez la dureté de mon cœur, fortifiez ma faiblesse, réveillez ma langueur et ma nonchalance, et prenez-moi charitablement par la main, pour m’aider à suivre les routes que vous m’avez tracées pendant votre vie mortelle, afin que je me forme et que je me règle dans toute ma conduite sur les excellentes leçons que vous m’avez données, et sur les vertus héroïques que vous avez pratiquées, pour me rendre digne de la gloire que vous m’avez promise, et que vous m’avez méritée par vos souffrances, et par l’effusion de votre sang.

Sentences de l’Écriture Sainte et des Saints Pères

Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce soi-même, qu’il porte sa croix, et qu’il me suive. (S. Matth., 16. )

Soyez les imitateurs de Dieu, comme des enfants chéris, et marchez dans la dilection, comme Jésus-Christ nous a aimés. (Épît. aux Éphés., 5.)

C’est une erreur bien misérable de rendre un culte religieux à un Dieu qu’on refuse d’imiter, puisque l’essentiel de la religion consiste à imiter ce qu’on adore. (S. Augustin.)

Il n’y en a que trop qui voudraient suivre et imiter Jésus-Christ dans la gloire et la prospérité, et non dans l’humiliation et dans la souffrance ; qui voudraient bien régner, et non pas combattre avec lui. (S. Bonaventure.)

Prière

Inspirez-nous, Seigneur, dans ce saint temps de pénitence, les sentiments d’une véritable et sincère dévotion ; soutenez- la de votre grâce ; acceptez-la, bénissez-la, afin qu’elle porte des fruits dignes de vous être présentés. Vous nous en avez montré l’exemple par un jeûne rigoureux de quarante jours, accompagné d’une oraison sublime et continuelle, par les combats que vous soutîntes dans le désert, et par les glorieuses victoires que vous remportâtes sur le démon. Vous êtes notre divin modèle ; nous voulons, avec votre secours, suivre vos traces et vous imiter ; et nous le devons, parce que vous l’ordonnez, et que nos jeûnes et nos œuvres de piété ne nous deviendront salutaires que quand nous les unirons aux vôtres, que quand nous les pratiquerons dans le même esprit, et qu’ils seront agréables à votre divine Majesté. Purifiez, Seigneur, nos intentions et nos vues de tous les sentiments d’amour-propre, de respect humain et de vanité, donnez-nous la force de les pratiquer jusqu’à la fin, pour votre seul amour. Nous vous en prions par vos mérites, par vos souffrances et par votre sang.

Point de la Passion

Jésus portant sa croix

En sortant de la maison de Pilate, on présenta à Jésus-Christ la croix sur laquelle il devait être attaché ; on le chargea cruellement de cet infâme et douloureux fardeau, quoiqu’il fût dans une extrême faiblesse, parce qu’il venait de perdre une partie de son sang. Ce Sauveur le regarda avec des yeux où la douleur et la résignation étaient marquées. Il l’accepta, pour obéir à la justice de Dieu son Père, et par l’amour qu’il avait pour les pécheurs. Il la prend donc sur ses épaules sans hésiter, et la pesanteur de ce bois fait entrer sa robe dans sa chair déjà déchirée. Ce Fils obéissant, comme un nouvel Isaac, se laisse charger du bois de l’holocauste pour aller être immolé sur la montagne. Mais l’ange du Seigneur, qui lui avait prononcé l’arrêt de mort de la part de son Père, ne l’en délivrera pas ; il boira le calice jusqu’à la lie ; l’hostie sera immolée, on répandra tout son sang pour les péchés du peuple.

Ah ! Seigneur, quel insupportable fardeau vous laissez- vous imposer sur un corps faible et épuisé de sang ! pouvez-vous aller ainsi jusqu’à la montagne du Calvaire sans être accablé et sans tomber plusieurs fois de faiblesse, d’autant plus qu’en vous chargeant de la croix, vous vous chargez encore d’un autre fardeau si terrible, qu’il n’y a qu’un Dieu seul qui puisse le porter ! Ce sont les péchés de tous les hommes qui ont été, qui sont et qui seront jusqu’à la consommation des siècles, avec la satisfaction rigoureuse que vous devez en faire à la justice de votre Père céleste. Vous vous mettez ainsi à ma place et à celle de tous les criminels, pour porter vous seul la peine et la punition qu’ils méritent. À quelles excessives rigueurs vous exposez-vous en prenant la croix sur les épaules !

Chargez-vous cependant, ô mon Sauveur, de cette croix infâme ; elle vous deviendra honorable et glorieuse ; c’est par elle que vous allez prendre l’investiture de votre royaume ; c’est par elle que je suis obligé de vous reconnaître non seulement pour ma caution et pour mon libérateur, mais encore pour mon Roi et pour mon Souverain. Vous deviez, selon l’oracle d’un Prophète, porter le sceptre pour marque de votre royauté, non à la main, comme les souverains de la terre, mais sur les épaules, comme le Roi des rois, et comme le souverain du ciel et de la terre, qui devait conquérir son royaume, non en répandant le sang de ses ennemis, comme les conquérants mondains, mais en répandant son propre sang pour épargner celui de ses sujets. (Isaïe, 9.)

Considérez attentivement cet Homme de douleurs, qui tombe de défaillance sous le poids excessif de la croix, et qui serait mort effectivement sous ce pesant fardeau, si les Juifs, qui voulaient le faire mourir d’une mort bien plus cruelle et plus infâme, et exercer plus longtemps leur barbare fureur sur ce corps innocent, n’eussent emprunté le secours d’un passant pour le soulager. Jusqu’alors personne ne lui avait aidé à porter sa croix ; ses propres disciples n’avaient eu garde de s’y présenter, puisqu’ils l’avaient lâchement abandonné, et qu’ils avaient pris la fuite ; les Juifs ne lui auraient pas rendu ce service, parce qu’ils regardaient la croix comme un sujet de scandale et de malédiction.

Ah ! Seigneur, ce recours que vous empruntez renferme un mystère qui m’instruit, et qui me confond si je n’en profite. Vous voulez me faire entendre que si je veux me sauver, il faut que je vous aide à porter votre croix, que je me regarde comme un pèlerin dans ce monde, que j’unisse mes souffrances aux vôtres, que je vive dans une continuelle abnégation de moi-même, afin que je porte ma croix et que je vous suive sur le Calvaire, si je veux vous suivre et régner avec vous dans le ciel.