Conduite pour passer saintement le carême ~ Mardi après le 4e dimanche

Jour de Conformité à la volonté de Dieu

Pratique

Abandonnez-vous, en vous éveillant, à la volonté de Dieu adorez-la avec un profond respect, et demandez-lui avec instance de vous conduire sûrement dans les voies du salut. Prenez-la pour la règle souveraine et infaillible de la vôtre, sans jamais vous en écarter ; quelque chose qu’il vous arrive, soumettez-lui sans réserve vos vues, vos projets et vos désirs. Dites avec beaucoup d’attention, de respect et de résignation, et répétez souvent dans la journée ces paroles de l’Oraison dominicale : Seigneur, que votre volonté se fasse dans le ciel et sur la terre ! Faites en sorte que sa volonté divine soit aujourd’hui votre étude capitale, aussi bien que dans toute votre vie. Cherchez-la, aimez-la, conformez-vous-y en toutes choses, et ne faites rien que vous ne l’ayez consultée. C’est dans cette pratique que vous trouverez sûrement votre sûreté et votre repos.

Méditation sur la conformité a la volonté de dieu

Ier POINT. – Jésus dit aux Juifs : Ma doctrine n’est pas ma doctrine, mais de Celui qui m’a envoyé ; et quiconque fera la volonté de Dieu connaîtra si elle est de lui, ou si je parle de moi-même. (S. Jean, 7.)

Cet adorable Sauveur avait pris l’occasion d’une fête pour prêcher au peuple dans le temple. Sa science et son éloquence surprirent ses auditeurs, et ils s’écrièrent en l’admirant : Comment se peut-il faire qu’il soit si savant, lui qui n’a pas étudié ? Il leur répondit que sa doctrine n’était pas de lui, mais de son Père, leur voulant faire comprendre par là qu’elle était divine, infuse et inspirée ; c’était pour préparer insensiblement leurs esprits et leurs cœurs à la grande vérité qu’il voulait leur faire goûter, qui était la conformité à la volonté de Dieu, qu’il leur proposait non seulement comme un moyen pour régler leurs mœurs mais encore pour discerner la divinité de sa doctrine. Si quelqu’un, dit Jésus-Christ, veut faire la volonté de mon Père céleste, il connaîtra ma doctrine.

Elle renferme trois choses essentielles et dignes de nos réflexions. La première est de connaître la volonté de Dieu ; la seconde est de l’aimer ; la troisième est de l’accomplir et d’y conformer toutes nos actions. Appliquons-nous sérieusement à ces grandes vérités.

La volonté de Dieu est la cause de toutes choses ; elle est toute-puissante comme Dieu même ; elle atteint avec une force invincible d’un terme à l’autre, et elle dispose tout avec une suavité admirable. C’est la loi souveraine, c’est le principe, c’est le centre, c’est la mesure, c’est la fin de toutes choses, disent les saints Pères.

Au contraire, notre propre volonté est faible ; elle est aveugle ; elle est téméraire et présomptueuse ; elle est en tout l’ennemie de Dieu, parce qu’elle se révolte contre lui, et qu’elle se propose d’autres moyens que les siens pour parvenir à ses fins ; elle est l’amie du démon, elle établit sa tyrannie dans le cœur de l’homme, après en avoir chassé Dieu ; elle est la ruine de toutes les vertus ; enfin, dit saint Augustin, elle a dépouillé le ciel, elle a enrichi l’enfer, et ce lieu de ténèbres et de flammes ne serait pas encore, s’il n’y avait eu de propre volonté. (S. Augustin.)

Soyez persuadé que l’occupation la plus nécessaire et la plus importante du chrétien, c’est la destruction de sa propre volonté et l’étude de celle de Dieu. Le grand Apôtre le conseillait aux chrétiens de Rome, quand il disait : Efforcez-vous, mes frères, de connaître la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est parfait, ce qui est agréable à ses yeux. Étudions-la toute notre vie ; nous l’avons dans l’Écriture, où elle est écrite du doigt de Dieu.

Nous trouverons dans saint Paul que sa volonté est notre sanctification ; elle est écrite dans nos consciences ; elle est signifiée dans la divine parole, dans les inspirations. Consultons-la dans tous nos projets, dans tous nos désirs, dans toutes nos entreprises ; mais si nous voulons la trouver sûrement, cherchons-la avec une intention droite et un cœur pur. Prenons garde surtout de prendre le change, et que notre amour-propre ne mette notre volonté à la place de celle de Dieu.

IIe POINT. — Jésus dit à haute voix dans le temple : Vous me connaissez, et vous savez d’où je suis : je ne suis pas venu de moi-même ; mais Celui qui m’a envoyé est véritable, et vous ne le connaissez pas.

Les Juifs demeurent dans l’aveuglement et dans l’obstination sur la volonté de Dieu. Ils n’avaient garde de juger sainement la doctrine de Jésus-Christ, ni d’aimer sa volonté, parce qu’on n’aime pas ce qu’on ne veut pas connaître. Au contraire, ils persécutent ce Sauveur, et ils se bouchent les oreilles aux vérités qu’il leur annonce.

Prenons une conduite tout opposée : ne nous contentons pas d’étudier la volonté de Dieu pour la connaître ; mais aimons-la, respectons-la, mettons- y toute notre confiance. Suivons en cela l’exemple de Jésus-Christ ; car il faut qu’il ait bien aimé la volonté de Dieu, quelque rigoureuse qu’elle fût à son égard, puisqu’il l’a préférée à sa propre vie.

C’est la pratique qu’il nous a laissée dans l’Oraison dominicale, quand il nous fait dire : Seigneur, que votre volonté se fasse. En effet, dit saint Augustin, par cette prière, tout notre cœur se porte vers cette adorable volonté par désir, par confiance et par amour. Ainsi nous devons, en faisant cette prière, sentir toute la faiblesse et toute la corruption de notre propre volonté, qui ne nous conduit qu’à la révolte et qu’au péché ; demander avec ardeur d’être déchargé de ce cruel fardeau, et reconnaître que la seule volonté de Dieu peut nous conduire sûrement au bienheureux terme où nous aspirons.

Enfin il ne suffit pas de connaître et d’aimer la volonté de Dieu, il faut encore s’y confier et s’y abandonner sans réserve, comme a fait Jésus-Christ, qui, bien que sa propre volonté fût sainte, n’a cependant jamais cherché à la faire, mais celle de son Père, non seulement dans les choses faciles, mais quand il a été question de souffrir la mort même. « Si je ne puis me dispenser de boire ce calice, disait ce Sauveur agonisant, que votre volonté se fasse, et non la mienne. »

C’est sur ce divin modèle que vous devez régler votre conduite.Vous êtes dans la peine et dans l’humiliation, Dieu le veut, il faut se soumettre. Plaignez-vous, révoltez-vous, vous aigrissez sûrement votre mal ; conformez-vous à la volonté de Dieu, vous l’adoucissez, et souvent Dieu attache votre délivrance à votre conformité. La volonté de Dieu, dit saint Augustin, est que vous soyez tantôt malade et tantôt en santé : elle vous paraît amère quand vous êtes malade, elle vous paraît douce quand vous êtes en santé. Votre cœur n’est pas droit, parce que vous ne voulez pas élever votre volonté à celle de Dieu, mais abaisser celle de Dieu à la vôtre : élevez plutôt la vôtre à celle de Dieu, et alors votre cœur sera droit.

Sentiments

Souveraine volonté de mon Dieu, je vous adore, je vous aime, je mets en vous toute ma confiance, et je m’abandonne sans réserve à votre conduite. Faites-vous connaître à mon esprit, faites-vous aimer à mon cœur : réglez-moi, conduisez- moi, régnez en moi, et disposez souverainement de moi pour les biens ou pour la pauvreté, pour la joie ou pour la douleur, pour la grandeur ou pour l’humiliation, pour la santé ou pour la maladie, pour la vie ou pour la mort ; pourvu que vous sauviez mon âme, je ne demande rien de plus. Je suis encore entre vos mains, et je ne puis être mieux. Assez et trop longtemps j’ai été entre les miennes, et je ne pouvais être plus mal.

Rendez-vous la maîtresse absolue de ma propre volonté, qui m’a fait commettre jusqu’à présent tant de fautes, et qui m’a rendu coupable de tant d’égarements et de tant de révoltes contre vous. Détruisez-la, absorbez-la, anéantissez-la, ou plutôt, ô mon Sauveur, rendez-la conforme en toutes choses à la vôtre, qui est sainte. Faites-lui vouloir efficacement tout le bien que vous lui inspirez ; réglez son caprice, fixez sa légèreté, éclairez son ignorance et son aveuglement. Je ne veux plus étudier, plus chercher, plus consulter, plus aimer, plus accomplir d’autre volonté que la vôtre ; je ne veux plus former de desseins, faire de projets et d’entreprises sans elle ; elle sera ma règle, mon modèle, mon conseil, ma conductrice dans toutes mes actions, puisque sans elle je ne puis rien faire qui vous soit agréable.

Sentences de l’Écriture Sainte et des Saints Pères

Faites de bon cœur la volonté de Dieu, comme étant les serviteurs de Jésus-Christ. (Épît. aux Éphésiens, 6.)

Le monde passe aussi bien que la concupiscence ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement. (1re Épît. de S. Jean, 2, 47.)

L’homme terrestre sort de sa bassesse et s’élève jusqu’à la Divinité, quand il préfère en toutes choses la volonté divine à sa propre volonté. (S. Augustin.)

Si vous méprisez la volonté d’un Dieu bienfaiteur quand il vous inspire de faire le bien, vous sentirez à vos dépens la volonté terrrible d’un Dieu vengeur. (S. Jérôme.)

Prière

Nous vous supplions, Seigneur tout-puissant et tout miséricordieux, d’agréer nos pénitences. Regardez-nous d’un œil favorable pendant que nous macérons notre chair pécheresse par les saintes pratiques, par les jeûnes et les abstinences consacrées par l’Église, pour nous conformer à. votre divine volonté qui nous les ordonne, et à tous les fidèles répandus dans le monde chrétien, qui les pratiquent dans ce saint temps ; et si elles vous sont agréables, accordez-nous pour salaire et pour récompense une augmentation de ferveur et de piété, le secours continuel de votre grâce et de votre miséricorde dans cette vie, et la gloire éternelle dans l’autre.. Nous vous en prions par les mérites de Jésus-Christ, votre Fils et notre Seigneur.

Point de la Passion

Jésus détaché de la colonne et couronné d’épines

Jésus, épuisé de forces par une flagellation si longue et si cruelle, et tout couvert de meurtrissures, de plaies et de sang depuis la tête jusqu’aux pieds, fut enfin délié de la colonne, après que les bourreaux furent las et fatigués de le frapper. Comme les douleurs extrêmes qu’il avait endurées dans cette sanglante exécution, et la prodigieuse quantité de sang qu’il avait perdue, l’avaient extrêmement affaibli et mis hors d’état de se soutenir sur ses pieds, dès qu’il ne fut plus retenu par des cordes à la colonne, il tomba par terre et dans son propre sang ; et il y serait mort de faiblesse, d’épuisement et de douleur, si on ne l’avait relevé. Incompréhensible situation pour un Dieu tout-puissant ! triste et douloureux spectacte, capable d’attendrir un rocher ! s’écrie saint Augustin. Proh dolor ! jacet extensus ante hominem Deus. Un Dieu avec un corps livide, meurtri et défiguré, couché par terre, étendu dans son propre sang en présence des hommes qui sont ses propres créatures, et qui le regardent avec un plaisir cruel, barbare et dénaturé, dans cette posture affreuse, où on n’avait peut-être jamais vu le plus scélérat de tous les hommes ! Un Dieu qui ramasse comme il peut et avec peine ses habits dispersés pour se couvrir, et qui est si faible, qu’il a besoin de la main d’un de ses bourreaux pour l’aider à se relever !

Cruels, laissez plutôt Jésus-Christ étendu dans son propre sang ; laissez-le plutôt mourir où il est que de le relever pour lui faire de nouveaux outrages. N’en a-t-il pas assez enduré ! et l’état pitoyable où vous le voyez ne devrait-il pas être le dernier terme de votre fureur ! Mais non contents de ce supplice cruel et infâme, ils lui mettent une vieille robe de pourpre pour insulter à sa royauté et la tourner en dérision, et un roseau à la main au lieu de sceptre. Ils l’adorent en cette posture un genou en terre, ils lui crachent au visage, et ils ne se relèvent que pour le frapper à la joue avec le roseau qu’il avait à la main. On lui avait mis une robe blanche chez Hérode, on lui en met une de pourpre chez Pilate. Ce bien-aimé et cet époux des âmes fidèles le permet ainsi, parce que, selon le sacré Cantique, il devait être blanc et vermeil, et il l’a été par son innocence et par le sang qu’il a répandu pour notre amour.

Après avoir, dans la flagellation, traité son corps avec tant de cruauté, on veut que sa tête si respectable, et digne de porter tous les diadèmes du ciel et de la terre, ait aussi un nouveau genre de supplice, qui jusqu’alors avait été inconnu. On lui enfonce cruellement une couronne d’épines dont les pointes aiguës, pénétrant jusqu’au crâne, lui causaient une excessive douleur, et faisaient sortir une prodigieuse quantité de sang. Son front, ses yeux, ses joues, sa bouche en étaient remplis, et ses cheveux, tellement imbibés, que, se collant sur sa tête et sur son visage, ils le défiguraient de la manière la plus pitoyable et la plus touchante.

Sortez, filles de Sion ; sortez, âmes fidèles, et voyez votre Créateur, votre Dieu, votre Sauveur, votre Époux et votre Roi, avec le surprenant diadème dont sa mère la Synagogue l’a couronné dans le jour de ses noces sanglantes ; jour auquel il a épousé l’Église, et toutes les âmes saintes qui la composent et qui la composeront jusqu’à la consommation des siècles. Compatissez à ses peines, qui sont excessives ; faites entrer ces sacrées épines jusque dans le fond de votre cœur, et souffrez avec lui, puisqu’il souffre pour l’amour de vous.