Conduite pour passer saintement le carême ~ Lundi après le 4e dimanche

Jour de Religion

Pratique

Comme on traite aujourd’hui, non de la religion en général, mais du culte et du respect qui est dû aux églises, qui sont le centre de la religion, qui en renferment le premier objet, qui est Dieu, et qui sont le lieu où les fidèles s’assemblent pour en faire les actes, et que d’ailleurs l’Évangile nous détermine à en traiter ; ainsi vous commencerez la journée par un acte de réparation de toutes les irrévérences que vous avez commises dans le lieu saint, en présence de la majesté de Dieu, et du corps et du sang de Jésus-Christ, qui y réside, soit par votre peu de foi, soit par votre nonchalance, soit par vos dissipations extérieures et intérieures. Dès que vous serez en état de sortir, allez avec ardeur à cette église, entrez-y avec un esprit de foi et de religion, et rendez-vous-y plus assidu qu’à l’ordinaire, pour y réitérer cette réparation par des actes de douleur, de foi, d’adoration et d’amour.

Méditation sur le respect du aux temples

Ier POINT. – La Pâque des Juifs approchant, Jésus s’en alla à Jérusalem ; il y trouva des gens qui vendaient dans le temple des bœufs, des moutons, et il vit des changeurs assis à leurs bureaux. (S. Jean, 2.)

Il n’est pas étonnant que Jésus-Christ, qui venait établir une religion sainte, fût lui-même l’observateur le plus zélé de sa religion. Comme la Pâque des Juifs approchait, il se rendit des premiers à Jérusalem. Il entra d’abord dans le temple, pour y adorer Dieu son Père. Il y aperçut des marchands d’animaux, qui, bien que destinés pour les sacrifices, ne doivent pas être exposés en vente dans le temple il fut tout d’un coup animé d’un zèle ardent, et il les chassa.

Si le temple était respectable, combien nos églises le sont-elles, puisqu’il n’en était que l’ombre et la figure ! Et si celui-là était déshonoré par un commerce de victimes, combien les nôtres le sont-ils par les irrévérences qui s’y commettent tous les jours ! Quelle différence, en effet, entre la sainteté du temple de Jérusalem et celle des temples sacrés du christianisme ! Si celui-là était saint par les sacrifices d’animaux qu’on y offrait au Seigneur, le sacrifice du corps et du sang de Jésus-Christ, qu’on offre tous les jours dans les nôtres, n’est-il pas infiniment plus auguste et plus saint ? Au lieu de cette arche d’alliance renfermée dans ce premier temple, nous avons dans les nôtres un tabernacle où Dieu réside tout entier et sans figure. Au lieu de cette nuée mystérieuse, et de cette obscurité sacrée, qui ne représentait que faiblement la majesté de Dieu, nous avons le sacrement adorable de son corps et de son sang, qui sont sous les espèces comme sous un voile qui les cache à nos yeux corporels. Au lieu de cette manne, nous avons l’eucharistie, une manne céleste pour nourrir nos âmes. Au lieu de cette verge de Moïse, nous avons la croix de Jésus-Christ, qui a terrassé les démons, ressuscité les morts et sauvé tous les hommes ; et au lieu de ces pains de proposition, nous avons le pain des anges sur nos autels.

Avec quelle religion n’y devons-nous pas entrer, puisque tout y est saint ! Envisagez avec des yeux de foi le tabernacle, l’autel, les reliques, le chœur et les murailles même, et faites-y une sérieuse attention. Le tabernacle n’est-il pas saint, puisqu’il renferme le Saint des saints ? L’autel n’est-il pas saint, puisqu’on y offre tous les jours le plus saint des sacrifices ? Le chœur n’est-il pas saint, puisqu’on y fait, en chantant, les louanges de Dieu, ce que font les saints dans le ciel ? Les murailles mêmes ne sont-elles pas saintes, puisqu’elles portent la croix et l’onction, et que les mains sacrées des évêques les ont consacrées avec des cérémonies si saintes, si augustes et si mystérieuses ?

IIe POINT. — Jésus, ayant fait un fouet avec des cordes, les chassa tous du temple, et jeta par terre l’argent des changeurs, il renversa leurs bureaux en disant : Otez tout cela d’ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic.

Admirez ici le zèle de Jésus-Christ pour le lieu saint. Ses mains, avec un simple fouet de cordes, parurent armées de toutes les foudres du ciel ; il se répandit sur son visage un air de majesté offensée, et sa voix fut si foudroyante, que personne n’osa lui résister. Concluez de là que, si ses mains n’ont pris que des cordes pour chasser les profanateurs du temple de Salomon, elles s’armeront de foudres pour punir ceux de nos églises.

Rentrez ici dans vous-même. Pensez avec douleur à toutes les irrévérences que vous avez commises dans nos églises par votre peu de religion : ces regards dissipés et curieux, ces paroles inutiles, ces distractions volontaires, ce peu de foi, ce peu d’attention à la divine parole, ce peu de dévotion pendant l’auguste sacrifice de la messe, qui est le même que celui de la croix, où le sang de Jésus-Christ est répandu, où sa chair adorable est distribuée ; pendant ce sacrifice, dont la victime est un bien sauveur, victime offerte pour la rémission de nos péchés à un Dieu tout-puissant, qui nous voit et qui nous entend ; un Dieu, dis-je, à qui nous devons tout notre respect, comme à notre Souverain ; toute notre tendresse, comme à notre Sauveur ; toute notre crainte, comme à notre Juge.

Les anges y assistent ; ils y tremblent, et ils y ont l’emploi, dit saint Basile, d’écrire sur le livre de vie de nos adorations nos actes de foi et d’amour, nos pensées, nos paroles, aussi bien que nos égarements, nos irrévérences et nos dissipations : Assistunt verba describentes angeli.

Il est bien étrange que les choses saintes que Dieu a établies comme des secours et des moyens pour obtenir ses grâces, nous les profanions et les fassions servir à notre perte ; et que les églises, qui sont des lieux de sainteté, soient souvent des lieux où nous attirons sa haine et son indignation. Profitez mieux du secours qu’il vous présente. Votre conscience est-elle chargée de péchés, entrez dans nos églises, adorez, priez, gémissez, et vous obtiendrez le pardon. Êtes-vous dans la tiédeur et dans la nonchalance, priez avec foi et assiduité, et vous y obtiendrez la ferveur. Êtes-vous dans le trouble et l’affliction, vous y trouverez, ou la délivrance de vos peines, ou la consolation de la patience. Êtes-vous accablé de tentations fréquentes, dans lesquelles vous ne sentez que trop votre faiblesse, venez-y exposer à Dieu l’appréhension que vous avez de l’offenser, et vous obtiendrez sûrement, ou la tranquillité, ou la force qui vous est nécessaire pour résister à tout. Voilà l’esprit de religion avec lequel vous devez entrer et prier dans nos églises. Faites-en un saint usage.

Sentiments

Inspirez-moi, Seigneur, un esprit de religion et de foi, pour respecter comme je le dois les sanctuaires où vous habitez. (Ps. 64.) Accordez-moi la grâce, disait le Prophète, d’être rempli des biens que vous distribuez dans votre maison, car votre temple est saint ; plutôt mourir que de le profaner par mes irrévérences.

Je gémis du plus profond de mon cœur ; je vous demande pardon de toutes celles que j’ai commises et je veux, avec votre grâce, les réparer et les expier. Mais, Seigneur, arrêtez-y toute l’extravagance de mon imagination, fixez-y toute la légèreté de mon esprit, afin que je ne m’y occupe que de vous seul. Remplissez-y toute ma mémoire, afin qu’oubliant tout ce qui pourrait me distraire, je ne me ressouvienne que de vous seul. Rendez-vous maître de tous les sentiments de mon cœur ; faites sortir de ce tabernacle où vous habitez comme sur un trône de feu, vos divins flammes pour les purifier ; et pour l’embraser de vos seules ardeurs, pénétrez toute mon âme d’un profond respect pour votre divine majesté, que j’y adorerai avec un esprit de foi. Inspirez-moi dans ce lieu saint, formez dans mon cœur, articulez sur mes lèvres les prières que vous écoutez avec plus de plaisir, et que vous exaucez avec plus de succès. Recevez-y mes hommages et mes adorations, afin que de ce temple matériel où je ne vous vois que par les yeux de la foi, je passe un jour dans le temple éternel de votre gloire, où je vous verrai à découvert, et où je vous aimerai et vous posséderai pour toujours.

Sentences de l’Écriture Sainte et des Saints Pères

J’entrerai dans votre saint temple, Seigneur, et j’y chanterai les louanges de votre saint nom. (Ps. 5).

Seigneur, nous serons remplis des biens de votre maison ; car votre temple est saint et admirable, à cause de l’équité qui y règne. (Ps. 64.)

Le lieu saint ne devrait jamais être ouvert aux impies ; et quand ils y entrent sans religion, c’est le démon qui les y conduit. (S. Augustin.)

Que vous sert-il d’entrer avec hardiesse dans la maison de Dieu, d’y être debout, tête levée, sans respect, et d’y porter un cœur et des mains souillés ? (S. Jérôme.)

Prière

Écoutez nos prières, ô Dieu tout-puissant ; exaucez nos vœux dans ce temps de grâce et de pénitence, où nous nous efforçons de nous acquitter des observances annuelles que la religion nous prescrit, avec toute l’exactitude et toute la dévotion dont nous sommes capables, afin que ces jeûnes, consacrés par l’exemple et par la pratique de votre adorable Fils, et qui nous sont nécessaires pour racheter les péchés dont nous sommes coupables, et pour obtenir plus sûrement votre divine miséricorde, nous rendent agréables et de corps et d’esprit aux yeux de votre adorable majesté, et dignes de la gloire éternelle. Nous vous en prions par les mérites de ce même Jésus-Christ, votre Fils et notre Seigneur.

Point de la Passion

Flagellation

Voici le cruel événement de la sanglante prophétie contenue dans le psaume trente-septième.

Pilate s’imagine pouvoir adoucir les prêtres et le peuple irrités à l’excès contre Jésus-Christ, et venir à bout de le délivrer de la mort, s’il le faisait flageller, de sorte que tout son corps couvert de sang et déchiré de coups pût inspirer la pitié et la compassion à ses propres ennemis, et désarmât ainsi leur fureur par un spectacle si triste et si touchant. Mais cette cruelle invention, ce châtiment outré, qu’il ne méritait pas, ne servirent qu’à ajouter un nouveau supplice et une nouvelle infamie à sa passion. Le peuple eut le détestable plaisir de repaître sa cruauté de ce spectacle sanglant ; et le sang qu’il vit répandre à Jésus-Christ ne fit qu’augmenter l’envie qu’il avait de lui voir répandre encore sur la croix ce qui lui en restait dans les veines.

On livre Jésus-Christ entre les mains des bourreaux, qui commencèrent par le dépouiller de ses habits, et découvrirent aux yeux d’une insolente populace ce corps vierge, formé des mains du Saint-Esprit, et le lièrent à une colonne, pour commencer la cruelle tragédie de sa flagellation.

Assistez en esprit à cette sanglante exécution. Pensez, voyez, sentez, et ne refusez pas quelques larmes et quelques sanglots à ce Dieu qui souffre parce qu’il vous aime. Voyez une compagnie de bourreaux occupés à chercher des fouets, des chaînes et des verges de fer, qui viennent avec furie frapper ce corps innocent. Ces coups redoublés font un bruit horrible et lugubre, capable de faire frémir d’horreur les plus barbares ; toute la salle en retentit ; et les assistants, loin d’en être touchés de compassion, s’en font une cruelle jouissance.

Comme tout le corps de Jésus-Christ était étroitement lié de cordes qui servaient de ligatures à ses veines, son sang adorable rejaillissait à chaque coup qu’on lui donnait ; et les bourreaux et les spectateurs en étaient arrosés, hélas ! sans en être attendris. La colonne est toute teinte du sang de Jésus-Christ, le pavé en est inondé, les pieds du Sauveur ne reposent plus que dans son propre sang ; les bourreaux et les assistants marchent dessus et le foulent aux pieds… exécrable profanation ! Ce corps adorable est tout déchiré on ne frappe plus sur sa peau, mais sur ses plaies : Super dolorem vulnerum meorum addiderunt. On met sa chair en pièces, et on trouve dans son sang des morceaux arrachés et enlevés par la violence excessive des coups.

Ce spectacle vous touche, vous attendrit, dit saint Jérôme vous seriez bien dur et bien insensible si vous n’en étiez pas ému. Mais pensez que le corps de Jésus-Christ dans ce pitoyable état est moins l’ouvrage des bourreaux que le vôtre. Il s’en est plaint par un de ses plus célèbres organes : Multa flagella peccatoris. Oui, Seigneur, je l’avoue, les différents péchés dont j’ai souillé mon innocence sont autant de coups dont j’ai déchiré votre corps. C’est mon avarice qui vous a dépouillé ; c’est ma colère, ce sont mes emportements qui vous ont frappé ; c’est mon orgueil qui vous a humilié jusqu’à ce supplice infâme ; c’est mon envie qui vous a déchiré : c’est ma volupté qui a tiré de vos veines ce sang pur et innocent ; en un mot, votre amour et mes péchés sont les deux tyrans qui vous ont causé tant de douleurs.