Conduite pour passer saintement le carême ~ Lundi après le 2e Dimanche

Jour de Recherche

Pratique

Entrez aujourd’hui dans les sentiments de l’épouse des Cantiques. Dites avec elle à votre réveil : « Seigneur, montrez-moi votre face, que votre voix délicieuse résonne à mes oreilles. » Dites-vous aussi à vous-même : « Je me lèverai, et je chercherai Celui que mon cœur aime. » Ne vous écartez pas, pendant toute la journée, et, s’il est possible, pendant toute votre vie, de cette recherche si sainte et si avantageuse. Cherchez Dieu dans vos prières ; cherchez-le dans son sanctuaire ; cherchez-le dans la solitude, dans les compagnies, dans vos emplois ; cherchez-le dans le mépris, dans les afflictions, et surtout dans votre propre cœur : il y est, et sûrement vous l’y trouverez si vous l’aimez. Mais pour rendre cette recherche plus heureuse et plus parfaite, cherchez Dieu purement pour Dieu.

Méditation sur la recherche de Dieu

Ie POINT. – Jésus dit aux Juifs : Je m’en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. (S. Jean, 8.)

Faites d’abord attention que les Juifs ne se sont attiré cette terrible menace que parce qu’ils n’ont pas cherché Dieu pendant qu’il était au milieu d’eux. Mais pourquoi ne l’ont-ils pas cherché ? C’est premièrement parce qu’ils n’avaient pas de foi ; ce que Jésus-Christ leur reproche aujourd’hui dans ces paroles : Si vous ne croyez pas en moi, vous mourrez dans vos péchés. Secondement, parce qu’ils étaient trop charnels et trop terrestres ; ce qu’il leur marque par ces paroles : Vous êtes de la terre, c’est-à-dire que vous n’aimez que la terre ; Je suis d’en haut. Enfin parce qu’ils aimaient trop le monde. Vous êtes de ce monde, dit Jésus-Christ ; et moi je n’en suis pas.

Voulez-vous chercher Dieu avec plus de succès, prenez une conduite tout opposée. Rectifiez votre foi, et faites en sorte qu’elle soit animée par la charité et soutenue par les bonnes œuvres. Élevez-vous de la terre, quittez-en les sentiments, et détachez-vous du monde, qui ne le connaît pas parce qu’on ne recherche point ce qu’on ne connaît pas.

Pour vous exciter plus fortement à cette recherche, examinez toutes les démarches que Dieu a faites pour rechercher votre cœur : les inspirations, les bons mouvements, sa divine parole, les afflictions même qu’il vous a ménagées pour vous détacher du monde et pour vous engager à le chercher. Comment y avez-vous répondu ?

Quand une personne fuit et qu’elle se cache, il est difficile de la trouver ; mais quand elle se montre, qu’elle prévient et qu’elle cherche elle-même, il est facile de la trouver. Vous n’avez jamais cherché Dieu qu’il ne vous ait cherché le premier, et qu’il ne vous ait aidé à le chercher. C’est donc votre faute si vous ne l’avez pas trouvé, et vous méritez qu’il s’éloigne de vous et qu’il se cache quand vous le chercherez.

Avez-vous jamais bien pensé au malheur d’une âme qui n’a pas Dieu avec elle ? Quelle triste solitude ! Les plaisirs peuvent bien l’amuser ; mais ils ne peuvent pas la contenter. Elle a chez elle un vide, et elle sent bien qu’il n’y a que Dieu seul qui puisse le remplir. Tout lui manque quand elle ne l’a pas. Pourquoi ne se met-elle pas en devoir de le chercher ?

Pour trouver Dieu, il ne faut que le bien chercher. Quelle consolation ! Quelle ardeur aurait un avare pour chercher des trésors, s’il ne fallait que les chercher pour les trouver ! Cherchez Dieu : c’est le plus grand de tous les biens, et vous ne pouvez vous passer de lui. Mais surtout cherchez-le bien. Fuyez le monde ; c’est un obstacle invincible à sa recherche, et il ne s’y trouve jamais. Pour faciliter cette recherche, ne sortez point de vous-même. Vous êtes dans lui, vous vivez en lui, dit l’Apôtre : jouissez-en, mais ne laissez pas de le chercher toujours pour le posséder, dit saint Bernard ; et possédez-le, pour apprendre à le chercher avec plus d’empressement.

IIe POINT. — Celui qui m’a envoyé est avec moi, dit Jésus-Christ, parce que je fais ce qui lui est agréable.

Vous êtes toujours avec celui que vous cherchez, quand vous faites sa volonté ; sans cela vous ne le cherchez pas, et il ne se montrera jamais à vous. Mais voici la règle que vous devez vous prescrire dans votre recherche pour la rendre heureuse. Il faut chercher Dieu ; il faut le chercher dans le temps ; il faut bien le chercher ; il faut le chercher en toutes choses ; il faut enfin le chercher jusqu’à la mort.

1° Il faut chercher Dieu. C’est une nécessité absolue de chercher un Dieu sans lequel nous ne pouvons pas vivre, de qui nous ne pouvons nous passer, et que nous ne saurions perdre que par notre faute. Enfin il faut le chercher dans cette vie, parce que c’est le seul moyen de le posséder pendant toute une éternité.

2° Il faut le chercher dans le temps et pendant que nous pouvons le trouver. Il est des temps où il se cache et où il s’éloigne de nous, pour punir notre nonchalance et quelque infidélité notable. Il s’en va, et quelquefois il ne revient plus : ou on ne le cherche plus, ou on le cherche mal, et la mort vient : quel malheur !

3° Il faut le bien chercher, c’est-à-dire comme nous chercherions la chose la plus précieuse que nous aurions perdue, et d’où dépendraient notre repos, notre bonheur et notre vie. Examinez s’il n’y a point de paresse, d’inconstance et de froideur dans votre recherche ; si cette recherche est pure, c’est-à-dire si l’intérêt, si l’amour-propre, si la vanité, si le respect humain n’y ont point de part. Purifiez-la soigneusement, et croyez que, si vous n’avez pas encore trouvé Dieu, c’est que vous l’avez mal cherché.

4° Il faut chercher Dieu en toutes choses : dans la santé, dans la maladie, dans les louanges, dans le mépris, dans la joie, dans les douleurs, dans la grandeur, dans l’abjection, dans la compagnie, dans la solitude, dans les biens, dans la pauvreté, dans les douceurs de la dévotion et dans la sécheresse ; on le trouve partout quand on est attentif à le bien chercher.

5° Enfin il faut chercher Dieu jusqu’à la mort, car il n’y a que la seule persévérance qui l’engage à se montrer et à se faire sentir. Il ne faut jamais se lasser de frapper à la porte de son cœur : ce trésor est assez précieux pour mériter une constante recherche ; et l’on est bien aveugle et bien lâche de s’arrêter en chemin. Vous l’avez peut-être cherché dans un jour de dévotion et dans un temps où vous trouviez un goût sensible à le rechercher. Le lendemain vous vous êtes relâché, et vous vous êtes recherché vous-même. Cherchez-le jusqu’à ce que vous l’ayez trouvé. Si vous avez eu la consolation de le trouver, ne cessez pas pour cela de le chercher, de peur de le perdre. Il faut le chercher jusqu’au dernier jour de la vie ; c’est alors qu’on le trouve bien avantageusement, puisqu’on est assuré de ne jamais le perdre.

Sentiments

Quel trouble, quel chagrin, quelle inquiétude n’ai-je point ressentis quand je me suis recherché moi-même, ou les autres créatures, sans penser à chercher mon Dieu ! Quelle stérilité affreuse ! quel vide épouvantable, et quelle inquiétude dans mon esprit et dans mon cœur ! Ce qui me paraissait devoir être le centre de mon repos ne m’a causé que du trouble et des alarmes, surtout lorsque j’ai eu le malheur de trouver ce que je cherchais, et que ce n’était pas l’unique chose que je devais chercher. Mais combien rarement je l’ai trouvé ! J’ai cherché l’estime des créatures, et souvent je n’ai trouvé que du Mépris. J’ai cherché le monde, et je n’ai trouvé chez lui que néant, de spécieuses apparences, et il n’a jamais pu remplir tout mon cœur. J’ai cherché à lui plaire, et il m’a méprisé. Je n’ai trouvé que de l’amertume dans ses plaisirs, que de la bassesse dans ses amusements, que de l’imposture dans ses promesses, que de la vanité dans ses emplois, que de la perfidie dans ses caresses, et que de la fausseté dans toutes ses maximes. En êtes-vous bien détrompée, ô mon âme ? N’avez-vous point quelque reste de complaisance pour cet imposteur, qui ne vous a jamais fait que du mal, et qui vous a trompée autant de fois que vous vous êtes fiée à lui ?

Tournez-vous donc, par une heureuse nécessité, vers Dieu seul ; cherchez-le avec empressement et dans la simplicité de votre cœur. Cherchez-le en toutes choses, et avec une généreuse persévérance, et vous le trouverez. Il vous l’a promis, et il est fidèle dans ses promesses. Aimez-le, c’est le moyen de le bien chercher et de le trouver sûrement. La dilection, dit saint Bernard, est la cause et le fruit de cette recherche. Pour vous y engager par raison et par vos propres intérèts, Songez à votre faiblesse et à vos besoins. Pouvez-vous vous passer de ses grâces, de son esprit, de sa force ? et pouvez-vous vous secourir vous-même ?

Sentences de l’Écriture Sainte et des Saints Pères

Que le cœur de ceux qui cherchent le Seigneur se réjouisse. Cherchez le Seigneur, et soyez fortifiés ; cherchez toujours sa divine présence. (Ps. 16.)

Cherchez le Seigneur pendant que vous pouvez le trouver invoquez-Le pendant qu’il est proche de vous. (Isaïe, 55.)

Seigneur, apprenez-moi à vous chercher, et montrez-vous mon âme, parce que je ne puis vous chercher que vous ne me l’enseigniez, ni vous trouver que vous ne vous montriez à moi. (S. Augustin.)

On cherche Dieu pour avoir le plaisir de le trouver, et on le trouve pour le chercher ensuite avec plus d’avidité. (S. Augustin.)

Prière

Accordez-nous, Seigneur tout-puissant, les lumières et l’ardeur dont nous avons besoin pour vous rechercher en toutes choses et dans tous les moments de notre vie, en marchant toujours dans les sentiers de la justice et de la charité, afin que, pendant que nous affligeons notre chair par la pénitence que vous nous avez prescrite dans ce saint temps, et nos esprits et nos cœurs par le retranchement des pensées et des désirs que vous nous défendez, ce double jeûne de l’âme et du corps nous rende plus propres à. vous chercher, et plus dignes de vous trouver et de voir votre face adorable dans le ciel. Nous vous en prions par les mérites de Jésus-Christ.

Point de la Passion

Fuite des Apôtres

Tous les Apôtres, ayant abandonné Jésus-Christ, prirent la fuite. Le bruit des armes, auquel ils étaient peu accoutumés, la crainte du péril, la frayeur de la mort, l’emportèrent sur la fidélité qu’ils devaient à leur divin Maître, quoiqu’ils la lui eussent jurée solennellement ; ils Le laissèrent entre les mains de ses ennemis, et ils se retirèrent. Quelle douleur pour le cœur de Jésus-Christ !

En effet, comme rien n’est plus agréable à un bon maître que d’être généreusement soutenu de ses disciples, et de pouvoir compter sur leur fidélité, rien aussi ne lui est plus sensible que d’en être abandonné dans les occasions périlleuses où il y va de ses biens, de son honneur et de sa vie.

Ah ! s’il y a jamais eu un maître qui ait mérité d’être généreusement servi, c’est Jésus-Christ ; et si un bon maître a été lâchement abandonné des siens, c’est encore Jésus- Christ : lâcheté d’autant moins supportable à ce Dieu souffrant, que, pour inspirer du courage à ses Apôtres, il les avait félicités quelques heures auparavant sur la fidélité qu’ils lui avaient marquée depuis trois ans qu’il était persécuté des Juifs, malgré les grâces et les faveurs singulières qu’il leur faisait tous les jours. C’est vous, leur dit tendrement ce Sauveur, qui avez demeuré constamment avec moi dans toutes les souffrances que j’ai endurées. Et à ces paroles obligeantes il ajoute ces promesses, capables de donner du cœur au plus lâche : Et je vous prépare, dit-il, pour récompense de votre fidélité, un royaume qui est le même que celui que mon Père céleste m’a donné.

Quel triste et quel douloureux contretemps, ô mon Dieu ! Faut-il que ceux à qui vous préparez des couronnes immortelles vous manquent de fidélité ! que le moindre péril les mette en fuite, et que des Apôtres, élevés à votre école, confidents de vos secrets, témoins de vos prodiges, persuadés de votre filiation divine, et destinés à affronter les tyrans, les supplices affreux et la mort la plus cruelle, manquent de courage, malgré vos tendres sollicitations et les protestations authentiques qu’ils venaient de faire !

Nous condamnons ici les Apôtres dans leur fuite ; elle est, en effet, honteuse et inexcusable. Nous compatissons à la douleur sensible qu’en ressentit le cœur de Jésus-Christ ; il faudrait être dépourvu de sentiment et de religion pour ne le pas faire. Mais prenons garde que nous ne nous condamnions nous-mêmes. En effet, imitateurs de ces lâches disciples, nous fuyons tous les jours cet adorable Sauveur, quoiqu’il nous comble de grâces et de faveurs, et que nous promettions de lui être fidèles pour mériter l’exécution de ses divines promesses. Il semble que nos paroles et nos mains soient de différente religion. Nos paroles sont chrétiennes et religieuses, et elles prennent son parti avant que nous soyons dans l’occasion de le lui marquer par nos œuvres, pendant que nos mains ne travaillent que pour le monde. Nous suivons Jésus-Christ par de belles paroles, par des promesses, par des protestations brillantes, que nous croyons sincères dans le moment que nous les faisons ; et nous les violons tous les jours par des actions contraires, en fuyant quand il faut combattre pour sa gloire et soutenir ses intérêts. Quand il faut suivre sa vie cachée et souffrante, nous prenons honteusement la fuite. La moindre appréhension de travail ou de combat nous fait connaître à nous-mêmes tels que nous sommes dans le fond de notre cœur. Pour bien suivre Jésus-Christ, il faut le suivre sur le Calvaire aussi bien que sur le Thabor, et il le faut suivre de la voix, de l’esprit, du cœur et des mains.