Conduite pour passer saintement le carême ~ Jeudi après le 3e Dimanche

Jour de Présence de Dieu

Pratique

Réveillez-vous avec cette pensée, que Dieu vous regarde, et qu’il est attentif à tout ce que vous pensez, à tout ce que vous dites et à tout ce que vous faites ; qu’il est plus dans vous que vous-même, et que, sans ce continuel regard de Dieu sur vous, vous péririez dans ce moment, et vous retourneriez dans l’affreux abîme du néant d’où vous êtes sorti. Laissez-vous pénétrer d’un profond respect pour cette divine présence ; mais répondez au regard de Dieu sur vous par un regard d’attention, de reconnaissance, de respect, de tendresse. Soyez-y attentif ; ne vous contentez pas de pratiquer cette présence habituelle, rendez-la actuelle autant que vous pourrez ; et dès que vous vous sentirez distrait rentrez dans cette divine présence, comme dans le centre de vos délices.

Méditation sur la présence de dieu

Ie POINT. — Jésus, étant sorti de la synagogue, entra dans la maison de Simon, dont la belle-mère avait une grosse fièvre. Ils le prièrent pour elle… (S. Luc, 4.)

Soyez bien persuadé que les grâces singulières que Jésus-Christ distribue avec tant d’abondance à ceux qu’il honore de sa divine présence sont une preuve convaincante que cette présence d’un Dieu si bon est la source de tous les biens imaginables, comme son absence est la source de tous les malheurs qui nous arrivent ; et que les guérisons miraculeuses qu’il opère en faveur de ceux qui implorent son secours nous font bien comprendre que ce Jésus, si bienfaisant et si charitable, n’est pas seulement le médecin de nos corps, mais encore de nos âmes ; l’un est la figure de l’autre.

Il entre chez Simon, dont la belle-mère était travaillée d’une fièvre violente : on le prie de la guérir ; il se lève dans l’instant, comme pour marquer son activité et sa promptitude à secourir les affligés ; il commande à la fièvre, lui qui commande en maître et en souverain aux éléments, au démon, à la vie et à la mort : la fièvre obéit, et cette femme fut si bien guérie, que dans le moment elle se leva pour servir la compagnie.

Quand Jésus nous honore de sa divine présence, surtout dans la sainte communion, il veut que nous le priions de guérir nos âmes, qui sont bien plus précieuses que nos corps, et dont les maladies sont bien plus importantes et bien plus dangereuses : et alors il agit en Sauveur, il commande en maître, et il guérit tantôt la fièvre de nos convoitises par l’efficace de sa grâce ; tantôt l’ardeur déréglée de nos appétits sensuels par l’onction de la croix ; tantôt l’enflure et la tumeur de notre orgueil par l’exemple de son humilité ; tantôt la glace de notre indifférence et de notre haine contre le prochain par le baume précieux de sa charité ; tantôt la nonchalance de l’hydropisie spirituelle de notre âme par l’infusion de son amour ; tantôt le feu de notre colère par la rosée de sa douceur ; enfin toute la corruption que les plaisirs des sens et des autres passions peuvent laisser dans nos cœurs, par l’appareil salutaire de sa chair et de son sang. Il n’est point de maladie si secrète, si invétérée et si opiniâtre, à laquelle ce céleste médecin n’apporte un souverain remède, quand nous savons rechercher sa divine présence, et mettre à profit les grâces et les bénédictions qu’il communique dans les visites dont il veut bien nous favoriser.

Après cette guérison miraculeuse de la belle-mère de Simon, qui fut bientôt divulguée, tous ceux qui avaient des malades les amenèrent à Jésus : il leur imposait les mains, et il les guérissait. La présence de ce divin Sauveur n’est pas bornée à une seule grâce, ni à guérir un seul malade ; il en sort une vertu divine qui guérit tous ceux qui s’en approchent avec un esprit de foi, quelque maladie qu’ils aient. Quel motif de confiance !

IIe POINT. – Jésus s’en alla ensuite dans un lieu désert, et tout le peuple vint le chercher où il était, et faisait tous ses efforts pour le retenir.

Il y a certains sujets que Jésus prévient, et qu’il honore de sa visite, quoiqu’ils ne le cherchent pas : c’est ainsi qu’il en a use à l’égard de la belle-mère de Simon, de la Samaritaine, du paralytique, et de Saul pendant même qu’il était son persécuteur ; mais le plus ordinairement il veut que nous Le cherchions nous-mêmes avec empressement ; et il semble qu’il se cache exprès, comme il l’a fait dans l’Évangile à l’égard du peuple, afin qu’il le cherchât, et qu’il se rendît d’autant plus digne de sa présence et de ses grâces.

C’est ainsi qu’il en use ordinairement et qu’il en a usé à l’égard de la femme chananéenne, du centenier et de la Madeleine.

Mais ressouvenez-vous qu’il ne suffit pas de chercher Dieu, ni même de le trouver ; il faut encore profiter de cette divine présence, lui découvrir toutes nos maladies spirituelles, le prier avec ardeur de nous imposer les mains, de nous guérir à fond, et de nous donner cette grâce de force pour ne plus retomber.

Ce n’est pas encore assez d’avoir obtenu la guérison : il faut faire tous ses efforts, comme ce peuple, pour le retenir ; lui faire une espèce de violence, comme firent les disciples d’Emmaüs, pour l’engager à demeurer avec nous ; persuadés que, quand nous sommes privés de son adorable présence, nous sommes faibles et dans une extrême pauvreté, et que, quand il est avec nous, et que nous avons assez d’ardeur et de fidélité pour le retenir et le conserver dans notre cœur, nous sommes forts, et que nous possédons le plus précieux de tous les trésors.

Quand Jésus-Christ nous honore de sa visite dans la sainte communion, profitons avec soin des grâces attachées à la présence intime d’une divinité qui nous touche et qui nous remplit. Quand ce temps précieux est écoulé, conservons-en l’odeur, l’impression et la grâce, le plus longtemps que nous pouvons ; allons encore le chercher dans son sanctuaire, où il réside en substance ; et quoique souvent nos églises soient des déserts peu fréquentés par des chrétiens qui n’ont pas tant de religion que les peuples de notre Évangile, entrons-y souvent ; Jésus-Christ nous y attend ; rendons-lui visite pour visite, ou plutôt, payons par plusieurs des nôtres celle qu’il nous a rendue dans la sainte communion ; présentons-nous souvent à ses yeux, retenons-le par notre amour, et ne sortons point d’avec ce Dieu de miséricorde, qui est le souverain médecin de nos âmes, que nous ne l’ayons contraint amoureusement de guérir nos maux spirituels, et qu’il nous ait accordé, comme à Jacob, sa bénédiction.

Sentiments

Permettez, ô mon divin Sauveur, que j’emprunte le langage et les sentiments de votre Prophète, et que je vous dise avec lui Seigneur, favorisez-moi d’un de vos divins regards ; ayez pitié de moi, montrez-moi votre face adorable, et je serai guéri. Vous avez jeté les yeux sur un grand peuple qui vous suivait près de la mer de Tibériade, et vous avez fait un miracle pour le nourrir ; vous avez levé les yeux au ciel pour Lazare, et vous l’avez tiré du tombeau ; vous avez regardé Pierre, et vous avez tiré des larmes de ses yeux pour marque de sa conversion. Jetez les yeux sur mes misères ; approchez-vous de moi, ou donnez-moi la force de m’approcher de vous, et je serai fort contre mes ennemis. Tournez vos yeux vers moi, ces yeux dont le vif et le brillant sont capables d’éclairer tous les aveugles : ces yeux dont le feu et l’ardeur peuvent fondre la glace et amollir la dureté des cœurs les plus froids et les plus insensibles ; ces yeux dont les divins regards sont la marque la plus assurée de la réconciliation, le témoignage le plus certain de votre tendresse, et le gage le plus authentique de la bonté de votre cœur.

Mais, ô mon Dieu, aidez-moi à tourner mes yeux vers vous seul, et à les détourner de toutes les créatures qui pourraient m’empêcher de m’occuper de vous. Si vous allez dans les déserts, je veux vous chercher avec cet heureux peuple jusqu’à ce que je vous aie trouvé. Si j’ai le bonheur de vous trouver, je ferai tous mes efforts pour vous retenir, ou du moins je vous suivrai partout, si ce n’est par les démarches corporelles, ce sera par celles de l’esprit et du cœur. Vous serez toujours présent à l’un et à l’autre ; mon esprit fera son affaire essentielle de penser à vous, et mon cœur ses délices de vous aimer.

Sentences de l’Écriture Sainte et des Saints Pères

Je prenais soin d’avoir toujours le Seigneur devant mes yeux ; il était assis à ma droite, de peur que je ne fusse ébranlé. (Ps.14.)

La méditation de mon cœur sera toujours en votre présence, ô mon Dieu. (Ps. 110)

L’homme chrétien doit être bien plus confus de commettre une offense en présence de Dieu seul qu’en présence de tous les hommes. (S. Bonaventure.)

Où est Dieu ? Mais qu’ai-je dit, misérable ! plutôt où n’est-Il pas ? Il est plus élevé que le ciel, plus profond que l’enfer, plus étendu que la terre, plus immense que la mer : Il est en tout lieu, et il n’est compris dans aucun lieu. (S. Bernard.)

Prière

Soyez éternellement glorifié, Seigneur, par le sang que vos illustres et généreux martyrs saint Côme et saint Damien ont répandu pour la gloire de votre saint nom ; soyez glorifié dans l’assemblée des fidèles par leur bienheureuse solennité, dans laquelle vous leur avez procuré une gloire immortelle, et à nous des secours dans les disgrâces qui nous affligeaient. Nous en rendons grâces à votre infinie bonté, qui nous a procuré ces puissants intercesseurs, que vous écoutez lorsque nous les prions, et qui vous prient pour nous. Continuez-nous ces secours et ces assistances, et pour notre corps et pour notre âme, qui ont chacun leurs besoins et leurs infirmités. Délivrez-nous, par votre puissante protection et par leurs mérites, de tous les malheurs qui peuvent arriver à l’un et à l’autre, et accordez-nous votre grâce dans le temps, et la jouissance de votre divine présence dans l’éternité bienheureuse. Nous vous en prions par les mérites de Jésus-Christ, votre Fils et notre Seigneur.

Point de la Passion

Jésus interrogé par Pilate

Ce président des Romains introduisit Jésus dans le prétoire où l’on jugeait les criminels, et, ne faisant aucune attention aux deux premiers chefs d’accusation, il l’interroge sur le troisième, en lui demandant s’il est le roi des Juifs. Ce Sauveur, véritablement roi du ciel et de la terre, lui répond : Me parlez-vous de vous-même, ou si ce sont d’autres qui vous l’ont suggéré ? comme s’il voulait dire Me voyez-vous d’un air, d’un faste et d’une posture à ambitionner la royauté ? mais si vous me le demandez de vous-même, je vous répondrai que mon royaume n’est pas de ce monde.

Non, Seigneur, votre royaume n’est pas de ce monde, ni sujet aux vicissitudes temporelles ; mais il est spirituel et éternel tout ensemble, et rien ne pourra jamais l’ébranler. Vous êtes venu pour rendre témoignage à la vérité, et quoique Pilate ne comprenne pas toute la sublimité de vos divines réponses, qui sont autant d’oracles, vous les faites cependant avec tant de sagesse et tant de modestie, qu’il connaît parfaitement votre innocence et l’envie des Juifs qui veulent vous perdre. Il la publie, cette innocence, et il voudrait bien vous soustraire à la fureur de vos ennemis. Il sent toute l’injustice de vos accusateurs ; il découvre la jalousie furieuse des prêtres, des scribes et des pharisiens ; il la regarde comme la seule cause de votre mort ; il en est convaincu ; il commence même à exercer ses fonctions et à faire son devoir de juge : heureux s’il avait soutenu son caractère avec la même droiture jusqu’à la fin ! Il prononce de son tribunal et en juge que Jésus est innocent, et qu’il n’y a rien dans toutes les accusations qui soit digne de mort.

Non, Seigneur, vous ne méritiez pas la mort, mais c’est moi qui la méritais ; par conséquent, tout innocent que vous étiez par vous-même, vous deviez mourir, parce que vous étiez ma caution auprès de votre Père céleste, et qu’en cette qualité, que votre amour vous avait fait prendre, vous deviez payer pour moi. Mais, ô mon divin Sauveur, apprenez-moi comment je pourrai reconnaître cet inestimable bienfait.

Cependant, Seigneur, est-il bien possible que vos propres citoyens, que des prêtres et des docteurs éclairés par la vraie religion vous condamnent, pendant qu’un idolâtre et un étranger vous justifie ?

Ah ! je comprends ce mystère d’iniquité. Pilate ; quoique païen, n’était pas possédé par l’envie ; et les prêtres et les pharisiens, quoique adorateurs du vrai Dieu, étaient tyrannisés et déchirés par cette indigne passion ; et cette envie rend un homme, quoique religieux quant au culte, plus emporté, plus injuste, plus cruel et plus furieux qu’un idolâtre.