Conduite pour passer saintement le carême ~ Dimanche des Rameaux

Jour d’Obéissance

Pratique

Comme l’Église commence aujourd’hui à parler aux fidèles de la passion du Sauveur, commencez aussi à entrer dans ses douloureux sentiments et à suivre ses démarches sanglantes. Gravez en profondément le souvenir dans votre cœur. Dîtes-vous souvent à vous-même : Mon Sauveur a souffert et il est mort pour moi mais il a souffert et il est mort parce qu’il a été obéissant. Ayez toujours devant les yeux ce divin modèle de l’obéissance pour y conformer la vôtre, et ne la perdez jamais de vue. Obéissez aux préceptes les plus essentiels et les plus rigoureux comme aux plus petits et aux plus faciles, et accompagnez votre obéissance de pureté d’intention, de promptitude et d’amour. Réduisez, en un mot, toute votre pratique à obéir pour l’amour de Jésus-Christ, comme Jésus-Christ a obéi, jusqu’à la mort.

Méditation sur l’obéissance

Ier POINT. — Dites à la fille de Sion : Voici votre Roi qui vient à vous plein de douceur. (S. Matth., 21.)

Quel oracle prononcé par le prophète Isaïe, et cité dans notre Évangile ! mais quel triste événement ! quelle douceur et quelle obéissance dans Jésus-Christ ! Si c’est un roi, comme le Prophète le marque, l’autorité lui convient mieux que l’obéissance. Mais il a protesté qu’il était venu pour obéir, et il faut qu’il s’acquitte de sa parole, quand il devrait lui en coûter la vie.

Appliquez-vous à méditer sur ce mystère de l’entrée de Jésus-Christ dans Jérusalem. Mais, pour en juger sainement, ne vous arrêtez pas à ces peuples inconstants, dont les bouches retentissent de louanges et de bénédictions, et qui changeront bientôt de langage. Considérez Jésus-Christ seul ; son visage est triste, sa bouche garde le silence, et ses yeux versent des larmes. Ah ! ces symptômes me marquent quelque chose de triste et de lugubre ; et je conclus que c’est moins une entrée triomphante qu’un présage et un appareil de mort ; que c’est moins un Messie qu’on reçoit avec honneur, qu’un agneau doux qu’on conduit au lieu où il doit être égorgé ; Moins un souverain qui triomphe, qu’une victime qu’on mène à l’autel pour y être immolée. Ainsi, je dois considérer cette entrée, quelque pompeuse qu’elle me paraisse, comme le premier acte de la sanglante tragédie de sa passion et de sa mort, et le premier acte public de son obéissance.

En effet, ce Roi tout-puissant n’y résiste pas, parce qu’il est plein de douceur, et qu’il veut obéir aux dépens de sa vie. Quelle obéissance héroïque, et quelle condamnation de vos révoltes contre Dieu, et contre ceux qui vous en tiennent la place !

Quels assauts de douleurs son âme souffrait-elle pendant ce prétendu triomphe ! Ses yeux découvraient en passant les tribunaux où il savait qu’il serait bientôt traîné avec ignominie ; il démêlait parmi cette foule les juges qui devaient le condamner, et les bourreaux qui devaient le crucifier ; il savait que les bénédictions dont toutes les bouches retentissaient se changeraient bientôt en clameurs furieuses contre lui ; que ces rues qu’il arrosait de ses larmes, il les arroserait bientôt de son sang ; que ces peuples qui se dépouillaient de leurs habits pour faire honneur à son passage lui verraient avec plaisir arracher les siens pour le flageller, et qu’après avoir coupé des branches d’olivier en signe de joie et de paix, ils couperaient bientôt des épines pour lui couronner la tête.

Vous le saviez, ô mon Sauveur. Vous marchez cependant, parce que l’obéissance vous y engage ; et vous marchez avec toute la douceur d’un agneau qui va donner son sang, sans faire la moindre résistance. Après cet exemple de votre Sauveur et de votre Dieu, résisterez-vous encore à ses ordres et à ceux de vos supérieurs ?

Ajoutez encore à ce motif si pressant l’oracle consolant du Saint-Esprit, qui dit que l’obéissance est d’un plus grand mérite que les sacrifices ; et cela pour deux raisons, dit saint Augustin : la première, parce que l’obéissance nous a sauvés, ce que n’ont pu faire tous les sacrifices de la loi ancienne ; la seconde, parce que dans les sacrifices on n’immolait qu’une chair étrangère, et que dans l’obéissance on s’immole soi-même. Jugez donc du mérite de l’obéissance de Jésus-Christ, puisqu’elle est jointe au sacrifice le plus généreux, le plus sanglant et le plus auguste qui ne fut jamais. Après cet exemple, vous plaindrez-vous de la rigueur de l’obéissance ?

IIe POINT. — Les disciples ayant amené l’ânesse et l’ânon, ils les couvrirent de leurs vêtements, et ils le firent monter dessus.

Voilà le Roi doux et pacifique qui marche pour entrer triomphant dans la capitale de la Judée. Hélas ! disons plutôt : Voilà la victime obéissante qui va donner tout son sang pour épargner le nôtre, parce qu’il veut finir sa vie par l’obéissance, comme il l’avait commencée. Il avait obéi dans sa jeunesse à Joseph et à Marie, quoiqu’il fût leur souverain et leur créateur, il obéit ici à son Père, quoiqu’il soit son égal en toutes choses.

L’oracle en avait été prononcé par le Roi-Prophète, quand il faisait dire à cet Homme-Dieu : Seigneur, vous n’avez point voulu d’holocaustes d’animaux pour le péché ; et j’ai dit alors, Me voici ; je viens pour faire votre volonté, car votre loi est écrite au milieu de mon cœur (Ps. 29 ) : oracle que Jésus-Christ a vérifié quand il a dit qu’il n’était pas venu pour faire sa propre volonté, mais celle de son Père. (Saint Jean, 6.) Ce qu’il répétera encore au jardin des Oliviers, quand il dira : Mon Père, si vous voulez que je boive ce calice, que votre volonté se fasse. (S. Matth., 26.)

D’où il est aisé de conclure deux choses : la première, que vous êtes obligé d’imiter Jésus-Christ dans son obéissauce, parce que vous êtes chrétien ; la seconde, que vous êtes obligé d’obéir comme il a obéi, parce qu’il est votre modèle.

Vous ne pouvez ni porter dignement le nom de chrétien, ni par conséquent assurer votre salut, sans l’obéissance, parce que c’est la route que ce premier des prédestinés vous a tracée, et qu’il n’y en a point d’autres. D’ailleurs la loi en était écrite dans le Deutéronome ; la voici, gravez-la profondément dans votre cœur : Je vous propose, dit le Seigneur, la bénédiction et la malédiction : la bénédiction, si vous obéissez ; la malédiction, si vous résistez. (Deut., 11.) Choisissez.

Mais il faut encore obéir comme Jésus-Christ, et notre obéissance, pour ressembler à la sienne, doit être prompte, généreuse, et partir du cœur. Elle doit être prompte, sans écouter les détails et les fausses raisons de l’amour-propre, qui en ôtent tout le mérite. C’est ainsi que Jésus-Christ a obéi ; il a dit aussitôt : Seigneur, que votre volonté se fasse, et non la mienne. Il faut qu’elle soit généreuse, sans écouter la délicatesse ; et il suffit, pour nous y engager, de penser que Jésus-Christ a obéi, quoiqu’il fût question de sacrifier sa vie et de souffrir le plus cruel de tous les genres de mort. Il faut enfin qu’elle vienne du cœur pour ressembler à.celle du Sauveur, qui dit lui-même que la loi du Seigneur était écrite dans le milieu de son cœur. Quelque rigoureux que soit le précepte, c’est la charité qui l’adoucit et qui en rend l’exécution plus aisée, en même temps qu’elle rend l’obéissance plus méritoire. Aimons la loi, aimons Celui qui l’impose, et notre obéissance sera parfaite.

Sentiments

Dieu tout-puissant, Roi des rois, souverain du ciel et de la terre, qui avez droit de vous faire obéir de toutes les créatures, et de lancer vos foudres sur les têtes criminelles de ceux qui vous résistent, j’unis mon esprit, mon cœur et ma voix à ceux qui vous rendent aujourd’hui leurs hommages comme à leur Souverain, et qui vous reçoivent comme leur Messie et comme leur Dieu. Mais, hélas ! quel triomphe, puisque vous connaissez la fin tragique à laquelle il vous conduit, et que vous n’y paraissez que pour obéir à votre Père céleste ! Vous commencez aujourd’hui à répandre des larmes de vos yeux, en attendant que vous répandiez tout le sang de vos veines, et vous allez faire autant d’actes d’obéissance qu’il se passera de moments jusqu’à ce que vous expiriez sur la croix. Agneau de Dieu, qui allez être immolé pour mes péchés ; victime obéissante, qui allez être sacrifiée pour mon amour, pardonnez-moi mes révoltes et mes désobéissances. Donnez à, mon cœur toute la docilité dont il a besoin pour recevoir vos lois avec tout le respect et toute la soumission qu’elles méritent, et toute l’ardeur, toute la force et tout le courage pour les exécuter sans délai, et pour l’amour de vous seul, afin que mon obéissance soit une parfaite image de la vôtre.

Sentences de l’Écriture Sainte et des Saints Pères

Jésus s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, et à la mort de la croix ; c’est pourquoi Dieu l’a élevé, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom. (Épît. Aux Phil., 3.)

Obéissez à vos maîtres avec crainte et respect, dans la simplicité de votre cœur, comme à Jésus-Christ même ; regardez en eux le Seigneur et non les hommes. (Épît. aux Éphés., 6.)

Les ordres des supérieurs doivent être reçus dans le cœur, à qui il n’est pas permis de raisonner ; mais il doit tellement combattre et anéantir sa propre volonté, qu’il parvienne jusqu’à aimer ce qu’on lui ordonne. (S. Bernard.)

Le parfait obéissant n’use jamais de délai ; il prévient même le précepte ; ses yeux sont toujours prêts à s’ouvrir, ses oreilles à entendre, sa langue à parler, ses mains à travailler, et ses pieds à marcher au premier ordre. (S. Bernard.)

Prière

Dieu tout-puissant et éternel, qui nous avez donné votre adorable Fils pour Sauveur, et qui, par un excès de votre amour pour les hommes, avez voulu qu’il prit une chair mortelle, et qu’il souffrit le supplice de la croix pour nous donner en sa personne l’exemple d’une humilité profonde, d’une obéissance parfaite et d’une charité héroïque, accordez-nous, par votre infinie miséricorde, la grâce, et donnez-nous la force de souffrir avec patience pour la satisfaction de nos péchés, d’obéir en toutes choses à vos ordres, et de profiter des divines leçons que cet adorable Sauveur nous a données sur la croix, en obéissant, en souffrant et en mourant pour notre amour ; afin qu’en participant aux mérites infinis de sa passion et de sa mort, qui est le principe de la vie, nous participions aussi à la gloire de sa résurrection glorieuse. Nous vous en prions par les mérites du même Jésus-Christ, votre Fils adorable et notre Seigneur.

Point de la Passion

Jésus parle à Marie

Voici pour la troisième fois que Jésus sur la croix fait entendre sa voix ; et c’est pour parler à sa divine Mère et à Jean son disciple bien-aimé, et chacune de ses paroles est un oracle et un mystère de charité dignes de nos tendresses et de nos réflexions. Cette mère désolée, malgré l’excès de sa peine, qu’un ange n’expliquerait qu’avec un succès médiocre, puisqu’elle était incompréhensible, était cependant debout au pied de la croix, parce que son amour, qui faisait toute sa douleur, faisait aussi toute sa force. Elle était, dis-je, au pied de la croix avec saint Jean l’Évangéliste, et d’autres pieuses femmes qui l’accompagnaient. Elle voyait avec une très vive douleur le corps de son adorable fils tout défiguré et tout percé de plaies ; elle en voyait couler en abondance le sang de tous côtés, sang adorable, qui était le sien quant à l’origine, parce qu’elle en était la mère, et plus mère que toutes les autres mères. Elle voit, dis-je, ce touchant spectacle, sans pouvoir apporter aucun soulagement à son fils et à son Dieu, qu’elle aimait infiniment plus qu’elle-même.

Le cœur de cette mère si tendre était alors percé de ce glaive de douleur que lui avait prédit le saint vieillard Siméon quand il tenait ce Sauveur encore enfant entre ses bras. Sa poitrine retentissait de soupirs et de sanglots ; ses yeux, qui voyaient ce cher fils expirant, fondaient en larmes. Attentive cependant à tous les mouvements de ce Dieu souffrant, chaque fois qu’il remuait la tête ou qu’il ouvrait la bouche ou les yeux, elle le regardait tendrement, pour s’attirer quelqu’un de ses regards ou quelqu’une de ses paroles.

Enfin ce fils adorable, malgré les supplices atroces qu’il endurait, jeta un regard de tendresse sur elle, et il lui dit, en lui montrant saint Jean : Femme, voilà votre fils. Il n’eut garde de l’appeler alors sa mère, parce qu’il ménageait sa tendresse, et que cette expression l’aurait percée d’une nouvelle douleur. En effet, elle en avait déjà autant et plus qu’une créature mortelle, la plus forte et la plus généreuse qui fut jamais, en pouvait porter.

Marie écoute ses paroles avec une attention et un respect extraordinaires, résolue de les exécuter comme le testament de son Dieu. Elle comprend que Jésus, en lui donnant ce disciple pour son fils adoptif, lui donne aussi tous les fidèles pour ses enfants, afin qu’elle remplisse à leur égard toutes les fonctions d’une mère tendre et affectionnée ; et elle s’en est acquittée, elle s’en acquittera dignement jusqu’à la consommation des siècles.

Jésus adresse ensuite la parole à saint Jean, et, lui montrant Marie, il lui dit : Fils, voilà votre mère ; et dans le moment il l’éleva à un ordre supérieur, et, par une grâce spéciale, il lui imprima son esprit de fils à l’égard de cette incomparable mère.

Comme c’était l’amour qui lui faisait endurer la mort, II fallait que ses dernières paroles s’en ressentissent, surtout à l’égard des deux personnes qu’il avait aimées avec le plus de tendresse ; et c’est ainsi qu’il donna un aide, un secours et une consolation à Marie, qui allait être privée de sa présence corporelle, et à son favori une tendre mère parce qu’il allait perdre pour un instant son Dieu, son Sauveur et son amant.