Conduite pour passer saintement le carême ~ Dimanche de Pâques

Jour de Vie

Pratique

Sortez avec promptitude de Votre lit comme d’un tombeau, après avoir congratulé à votre réveil Jésus-Christ sur la glorieuse victoire qu’il remporte aujourd’hui sur la mort : regardez-vous comme un esclave dont on va briser les fers, et comme un mort qui va recevoir la vie par le bienfait de la résurrection du Sauveur. Hâtez-vous comme ces trois généreuses amantes ; courez au sépulcre avec la même ardeur ; soyez attentif aux agréables nouvelles que l’ange du Seigneur lui apprend : vous y êtes également intéressé, puisque Jésus-Christ ressuscite autant pour vous que pour elles ; et il ressuscite pour vous donner la vie de la grâce et la vie de la gloire. Soupirez souvent aujourd’hui après cette double vie. Dites souvent dans la journée : Je sais que mon Rédempteur est vivant, et que dans ma chair, je verrai mon Dieu. Mais faites en sorte que toutes vos actions se sentent de cette vie nouvelle.

Méditation sur la vie nouvelle causée par la résurrection de jésus-christ

Ier POINT. — Vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié : Il est ressuscité, Il n’est plus ici. (S. Marc, 16, 6.)

Faites une attention sérieuse à ce discours de l’Ange, qui parle tout ensemble et de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ. Il a été crucifié, dit cet esprit céleste, et il est ressuscité. La vie et la mort sont donc les deux termes qui composent ce grand mystère, et qui en sont la substance, l’esprit et l’instruction : c’est-à-dire que toute la gloire de cette vie nouvelle que Jésus-Christ se donne aujourd’hui à lui-même, et qu’il communique aux hommes, n’est fondée que sur l’infamie et sur les opprobres de la mort, dont il triomphe aujourd’hui, et qu’il a endurée pour notre amour.

Consolons-nous de la nécessité de mourir ; nous allons trouver dans la résurrection de Jésus-Christ la résurrection de notre chair, pour nous dédommager de la mort naturelle ; car, comme il est ressuscité, il est infaillible que nous ressusciterons, puisque de la même manière, dit saint Paul, que tous les hommes sont morts en Adam, parce qu’il était leur père, ils ressusciteront tous en Jésus-Christ, parce qu’il est leur chef et leur Sauveur. (1re Épît. aux Cor., 15, 22.)

Quand j’assiste à un convoi funèbre, ou à la mort de quelqu’un de mes proches, le premier sentiment que m’inspirent la nature et l’amour-propre, c’est la crainte d’être un jour à sa place, parce que je sens bien que la mort, qui ne l’a pas épargné, ne m’épargnera pas aussi. Mais aussitôt que je pense à Jésus ressuscité, la grâce détruit ou réforme en moi ce premier sentiment ; je me console dans l’espérance d’une résurrection certaine ; et si je raisonne en chrétien, comme je le dois, je dis : Je mourrai, je le mérite, ô mon Dieu, parce que je suis pécheur, mais je ressusciterai, parce que vous êtes ressuscité ; et, dans ma chair, et avec ces yeux, je verrai mon Sauveur. Voilà l’espérance qui, en reposant dans mon cœur, me causera aussi un vrai repos. Il est seulement question de travailler par mes bonnes œuvres et par ma fidélité à conserver la vie de la grâce, et à me procurer une résurrection avantageuse.

IIe POINT. — Allez, dites aux disciples et à Pierre que Jésus les précédera en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit.

Quelle excessive bonté dans Jésus ressuscité, d’avoir encore des soins paternels pour ses disciples qui l’avaient si lâchement abandonné, de faire les premières démarches, de les aller entendre, pour leur donner la vie de la grâce, et de les faire avertir par un ange d’aller le trouver en Galilée, où il a la charité de se rendre le premier !

C’est ainsi que ce Sauveur, non content de donner à tous les hommes des gages assurés de la résurrection de la chair par la sienne, pour les consoler de la mort naturelle, veut encore donner aux pécheurs la vie de la grâce pour les préserver de la mort éternelle. Car il est constant, dit le grand Apôtre, qu’il est ressuscité pour notre justification (Épît. aux Rom., 4) ; ce qu’il confirme quand il dit aux Colossiens ces admirables paroles : vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu (Épît. aux Col., 3) : et c’est aujourd’hui qu’il fait sortir cette vie précieuse du tombeau, pour la porter lui-même aux pécheurs.

Demandez aujourd’hui à Jésus-Christ, avec toute l’ardeur dont vous êtes capable, qu’il vous favorise d’une de ses visites si salutaires, qui porte dans votre âme une vie nouvelle et la grâce d’une resurrection parfaite. Préparez-vous-y avec soin ; travaillez à vous en rendre digne, et vous l’obtiendrez. Recevez-le avec un profond respect, écoutez avec une grande attention ce que ce Sauveur ressuscité dira aux oreilles de votre cœur ; mais surtout exécutez avec une fidélité inviolable ce qu’il vous inspirera.

Persuadez-vous que, dans ce saint temps, Jésus-Christ, dont les bontés sont infinies, va chercher bien des pécheurs pour leur offrir la grâce de la résurrection, et que plusieurs la refusent. Il se sert tantôt de caresses, tantôt de menaces, tantôt d’inspirations, tantôt de sa divine parole, qu’il leur fait entendre, tantôt des sacrements, pendant que ces pécheurs ne font aucun effort pour sortir de leur lâcheté, parce qu’ils ne veulent se faire aucune violence.

La fête de Pâques, au lieu de leur rendre la vie, ne fait que les effrayer ; semblables aux soldats qui gardaient le sépulcre, ils sont endormis dans leur tiédeur. La lumière de Jésus-Christ ressuscité les réveille en sursaut, les éblouit et leur fait prendre la fuite. Ils regardent cette vie nouvelle qui leur est offerte comme une mort, ou comme un sacrifice rigoureux qui coûterait trop à leur mollesse. Ils entrent ainsi mal à propos, dit saint Jean Chrysostome, dans les frayeurs de la mort, pendant qu’on leur donne des assurances de la vie. Quel aveuglement et quelle dureté de cœur ! Prenez garde d’en être coupable. Sortez de votre tombeau avec Jésus-Christ, pour n’y rentrer jamais ; ressuscitez avec lui, profitez de cette vie nouvelle qui vous est présentée, et ne mourez jamais à la grâce.

Sentiments

J’étais mort, ô mon adorable Sauveur, et vous me rendez aujourd’hui la vie que j’avais perdue par le péché. J’étais condamné, au tribunal de votre Père céleste, à finir tristement mes jours, après quelques années de vie, sans espérance de résurrection ; et vous me promettez aujourd’hui de ranimer un jour ma chair et de rendre la vie à ce corps mortel comme vous vous l’êtes rendue à vous-même. J’étais mort à la grâce, sans espérance de miséricorde, et je retrouve eu vous cette vie si précieuse. J’étais condamné à une mort civile, et quoique je fusse mort dans la grâce, les portes du ciel m’auraient été fermées, et il aurait fallu gémir longtemps dans les limbes sans savoir quand je pourrais vous posséder ; mais en sortant du tombeau vous m’allez ouvrir les portes du ciel, qui étaient auparavant des portes d’airain pour les justes mêmes. Quel bonheur et quelle consolation pour moi, puisqu’il n’y aura plus que mes seuls péchés qui puissent me retarder la possession de mon Dieu, et mettre quelque intervalle entre ma mort et la gloire éternelle que vous m’avez méritée par votre Mort et par votre résurrection ! Votre Prophète m’avait appris que, quand vous auriez donné le sommeil de la mort, à vos bien-aimés, ils entreraient dans la possession du céleste héritage ; et je vois aujourd’hui cet oracle si favorable justifié. Faites-moi la grâce, ô mon Sauveur, de me rendre digne de ce bonheur, et de mourir de la mort des justes, pour profiter du bienfait de votre résurrection, qui est la vie du corps, la vie de la grâce et la vie de la gloire.

Sentences de l’Écriture Sainte et des Saints Pères

Je sais que mon Rédempteur est vivant et que je ressusciterai de la terre au dernier jour ; que je serai encore revêtu de cette peau, et que je verrai mon Dieu dans ma chair : cette espérance repose dans mon cœur. (Job, 19.)

Comme tous les hommes sont morts en Adam, ainsi tous les hommes seront vivifiés en Jésus-Christ. (1ère Epît. aux Cor., 14.)

La mort avait fait une cruelle irruption dans le paradis ; mais la vie a détruit l’enfer à la résurrection de Jésus-Christ. (Eusèbe.)

Nous serions bien misérables, si nous nous laissions abattre à la crainte de la mort, pendant que Jésus-Christ ressuscité nous donne des assurances de la vie. (S. Jean Chrysostome.)

Prière

Vainqueur tout-puissant, destructeur redoutable du péché, de la mort et de l’enfer, qui triomphez aujourd’hui avec tant de gloire de tous vos ennemis, et qui ne vous êtes assujetti à la mort, comme les autres hommes, que pour l’assujettir, la détruire elle-même, et pour nous donner la force et le courage d’en triompher aussi nous-mêmes, vous nous ou vrez, Seigneur, par cette victoire si complète et si glorieuse, les portes de la vie bienheureuse et éternelle que nos péchés nous avaient fermées depuis si longtemps. Mais, ô mon Sauveur, comme c’est vous qui, par votre résurrection, nous inspirez des sentiments de joie, d’espérance et d’amour : de joie, de vous voir sortir victorieux du tombeau ; d’espérance, de voir notre gloire assurée par la vôtre ; et d’amour pour le victorieux qui brise nos fers par sa victoire, qui devient la nôtre ; soutenez nos vœux et nos sentiments, et rendez-les durables, afin que, profitant de la vie nouvelle que vous nous donnez aujourd’hui par la vôtre, elle nous rende dignes de la vie éternelle.

Point de la Passion

Résurrection de Notre-Seigneur

Considérez attentivement le prodige de la résurrection, qui est pour vous une source de vie, de grâce et de gloire. Entrez dans une sainte joie, et congratulez Jésus-Christ sur la double victoire qu’il vient de remporter sur la mort, l’une dans les limbes, l’autre dans le tombeau. Prenez part à la liberté qu’il vient de procurer à tant d’innocents captifs qui gémissaient dans ces prisons souterraines des limbes, et qui avaient poussé tant de soupirs vers le ciel pour obtenir ce divin libérateur. Applaudissez ce vainqueur qui vient de changer leurs chagrins et leurs ennuis en plaisirs et en réjouissances, leurs gémissements en acclamations, et leurs soupirs et leurs sanglots en cris d’allégresse.

Sortez en esprit des limbes avec Jésus-Christ pour le suivre au tombeau ; mettez-vous de la compagnie de ces saintes femmes ; interrogez avec elles l’ange du Seigneur comprenez par ces paroles qu’il est ressuscité pour nous donner la vie, et que sa croix est changée en sceptre, son Calvaire en théâtre de gloire, son tombeau en trophée et le convoi lugubre de sa sépulture en triomphes et en réjouissances angéliques. En effet, vous allez voir incessamment les saints ressuscités, les apôtres réunis, les Juifs alarmés, les démons confondus, et la rédemption des hommes consommée.

Voilà une victoire bien éclatante sur la mort et sur le péché remportée aujourd’hui par Jésus ressuscité. Mais, après ce triomphe, la mort devrait-elle avoir quelque puissance sur la vie des justes, puisqu’elle est désarmée par ce Sauveur, et qu’elle est faible sans le péché ? Ah ! le juste ne mourra point ; le terme de sa vie ne sera point tant une mort qu’un doux sommeil ; ce ne sera point pour lui une dure séparation, mais une union glorieuse et un agréable échange d’une vie ennuyeuse et pleine de misères en une vie toute délicieuse. Si la mort de l’impie est une vraie punition de ses crimes, parce qu’elle le précipite en un lieu de ténèbres et de supplices éternels, celle du juste remis dans ses droits par la résurrection de Jésus-Christ est une juste récompense de sa vertu, parce qu’elle lui procure la jouissance éternelle de Dieu. Voilà les suites avantageuses de la victoire de Jésus-Christ sur la mort ; voilà les fruits de la vie nouvelle qu’il nous procure en sortant glorieux du tombeau ! Heureux si nous en profitons et si nous ne perdons jamais la vie de la grâce !