Conduite pour passer saintement le carême ~ Dimanche de la Passion

Jour d’Attention

Pratique

Entrez aujourd’hui dans un profond recueillement. Éloignez-vous avec soin de tout ce qui pourrait vous distraire et vous causer de la dissipation, pour écouter avec une respectueuse et tendre attention tout ce que Dieu dira à votre cœur. Pour peu que le monde parle ou que vous parliez au monde sans nécessité, vous ne pouvez pas entendre la voix de Dieu, dont le divin langage ne peut parvenir jusqu’au cœur que dans le calme et dans le silence.

Entrez dans l’esprit de l’Église, qui entre elle-même aujourd’hui dans les sentiments de la passion de son céleste Époux, et qui, pour y être plus attentive, fait cesser ses cantiques de joie auxquels elle substitue des hymnes lugubres qui marquent sa douleur et sa tristesse. Recueillez-vous, lisez, priez, méditez, et ne laissez tomber à terre aucune des paroles de Jésus-Christ, puisque ce sont des paroles de vie.

Méditation sur l’attention a la parole de dieu

Ier POINT. — Jésus dit aux Juifs et aux princes des prêtres : Celui qui est de Dieu entend la parole de Dieu, et vous ne l’entendez pas, parce que vous n’êtes pas de Dieu. (S. Jean, 8.)

Ces paroles, prononcées en présence d’une grande assemblée et de la bouche d’un Dieu, sont capables d’effrayer les plus intrépides libertins qui auraient encore quelques restes de religion, de réveiller l’attention des plus lâches sur la divine parole, et d’engager les justes à examiner sérieusement l’usage qu’ils ont fait de cette parole si sainte et si redoutable.

Jésus-Christ avait prêché déjà plusieurs fois au peuple et aux princes des prêtres, et ceux-ci, loin d’en profiter, en avaient pris des motifs d’envie et de haine contre lui, et c’est ce qui fut cause de leur réprobation, dont ce Sauveur leur fulmina le terrible arrêt par ces paroles : « Vous n’êtes pas de Dieu, vous n’appartenez pas à Dieu, parce que vous n’entendez pas sa parole. » Ne pas appartenir à Dieu, c’est n’être plus de son bercail, c’est ne plus participer à son esprit, à sa grâce ni à son royaume ; en un mot, c’est appartenir au démon.

Quel empressement avez-vous eu jusqu’à présent pour entendre sa divine parole ? Combien de fois lui avez-vous préféré votre repos, vos occupations vaines et inutiles, et vos parties de plaisir ? Comment et dans quel esprit l’avez-vous entendue ? L’avez-vous cherchée, estimée et respectée comme elle le mérite ? et quel fruit en avez-vous retiré ? Voilà le sujet d’un sérieux examen.

Avez-vous jamais bien compris que la parole de Dieu est la première de toutes les grâces, qu’elle est le fondement de la religion, et que la foi lui est redevable de sa naissance et de son accroissement ? C’est le Saint-Esprit qui nous l’apprend, quand il dit que la foi s’introduit par l’ouïe, qui reçoit la parole de Dieu. Vous ne pouvez pas, par conséquent, vous en passer ; car, encore que les créatures vous apprennent qu’il y a un Dieu, elles ne vous apprennent pas la manière de le servir.

Lorsque Dieu n’a pas parlé aux hommes, ou qu’ils n’ont pas voulu l’entendre quand Il parlait, ils sont tombés dans des méprises épouvantables en adorant la créature au lieu du Créateur. Il faut donc que Dieu parle ; mais il faut aussi que l’homme l’écoute avec attention ; sans cela il n’est pas de Dieu ni à Dieu : à qui sera-t-il donc ?

Dieu nous parle, et il multiplie son divin langage pour faciliter notre attention. Il a une parole prononcée, une parole écrite, une parole inspirée. Les Juifs ont entendu le son articulé de sa voix, à laquelle il substitue à présent celle des prédicateurs. Les Évangélistes, les Pères et les Saints ont écrit, et cette lecture nous apprend et la volonté de Dieu et nos devoirs. Enfin, il nous favorise encore souvent de ses divines inspirations, qui nous instruisent et qui nous portent au bien. Voilà les trois voix de Dieu auxquelles il nous engage d’être attentifs, si nous voulons être à Lui.

IIe POINT. — En vérité, en vérité je vous dis que si quelqu’un garde ma parole, il ne mourra jamais.

Remarquez que le Sauveur, par cet oracle si avantageux, nous veut faire entendre que sa divine parole ne demande pas seulement nos oreilles corporelles pour l’entendre, mais qu’il faut encore la conserver, c’est-à-dire la mettre en pratique.

Remarquez aussi que, parmi les chrétiens, il y en a qui la négligent ou qui refusent de l’entendre ; et ce sont les libertins et les réprouvés. Il y en a qui l’entendent, et qui n’en sont point touchés ; d’autres qui l’entendent, qui en sont touchés, et qui n’en profitent pas ; d’autres enfin qui l’entendent et qui en sont touchés, qui en profitent, et qui ne persévèrent pas dans la pratique du bien qu’elle leur fait goûter. Prenez ici votre place.

Si vous étiez par malheur du nombre de ceux qui ne veulent pas l’entendre, ce serait à vous que s’adresseraient ces paroles fulminantes de Jésus-Christ : « Vous n’appartenez pas à Dieu, parce que vous n’entendez pas sa parole » ; et il ordonnerait à ses prédicateurs de se retirer de vous, en secouant la poussière de leurs pieds en signe de malédiction.

Étes-vous du nombre de ceux qui l’entendent sans en être touchés, c’est la marque de l’endurcissement de votre cœur, ou qu’il y a quelque autre attache trop forte qui occupe toute sa sensibilité, que vous n’agissez plus par l’esprit de la foi, que votre âme est dépourvue des sentiments de religion et de piété, que vous venez entendre cette divine parole sans préparation de cœur, non comme la parole de Dieu, mais comme la parole d’un homme.

Êtes-vous du nombre de ceux qui l’entendent, qui en sont touchés, et qui n’en profitent pas, vous renoncez par cette lâche conduite à cette promesse avantageuse que Jésus-Christ fait aujourd’hui à ceux qui gardent sa parole ; qui consiste à ne mourir jamais, ce qui s’entend de la mort spirituelle et de la mort éternelle ; et Vous répondrez à Dieu de cette parole, ou prononcée, ou écrite, ou inspirée, que vous recevez en vain, et même du sentiment avec lequel vous l’avez reçue, dont Dieu ne vous favorisait que pour faciliter la pratique des bonnes œuvres que cette divine parole vous inspirait.

Êtes-vous enfin du nombre de ceux qui en sont touchés, qui en profitent, et qui ne persévèrent pas, revenez de votre légèreté, de votre inconstance. Songez que Jésus-Christ ne donne la couronne qu’à ceux qui persévèrent, et que ceux qu’il exempte aujourd’hui de la mort ce ne sont pas ceux qui l’entendent, mais ceux qui la gardent, et qui la font fructifier jusqu’à la mort. Soyez généreux ; ne vous contentez pas d’un seul effort ; soutenez un travail suivi ; marchez sans vous lasser ; cette divine parole vous soutiendra, si vous l’aimez. Soyez à Dieu dans tous les temps, afin qu’il soit à vous dans le temps et dans l’éternité.

Sentiments

Comme je veux être à Vous seul, ô mon Dieu, et que je veux éviter cette mort fatale qui tue l’âme pour toujours, je veux dorénavant faire mes délices de votre divine parole, et mériter ainsi la vie de la grâce et la vie de la gloire que vous me promettez aujourd’hui. Semblable au Prophète, j’écouterai attentivement ce que mon Seigneur et mon Dieu dira en moi, soit par son Esprit, soit par son organe. Dès que mes oreilles entendront votre divin langage, je graverai toutes ses expressions dans ma mémoire, pour ne les jamais oublier ; mon esprit s’y appliquera, et il en fera le sujet de ses plus sérieuses réflexions ; mon cœur s’y affectionnera aussi, et les aimera comme son plus précieux trésor, et je garderai et pratiquerai ce qu’elle m’enseignera avec fidélité et persévérance ; je lui obéirai sans résistance et sans délai. Oui, Seigneur, je veux la mettre en pratique, quelque sacrifice que vous exigiez de moi, quelque rude que soit le combat auquel vous m’exposiez, quelque rigoureuse mortification que vous m’ordonniez, quelque humiliation, quelque détachement et quelque travail que vous m’imposiez ; et quand j’aurai obéi à votre voix, et suivi fidèlement les routes que votre divine parole m’aura marquées, j’aurai la consolation de vous dire avec confiance, comme le Prophète : Seigneur, j’ai marché par les voies les plus dures par obéissance aux paroles qui sont sorties de vos lèvres : Propter verba labiorum tuorum, ego custodivi vias duras.

Sentences de l’Écriture Sainte et des Saints Pères

Seigneur, à qui irions-nous ? vous avez les paroles de la vie, éternelle. (S. Jean, 6.)

Heureux sont ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la pratiquent. (S. Luc, 11)

La parole de Dieu doit être entendue avec docilité, reçue avec dévotion et conservée avec fidélité. ( S. Augustin.)

Celui qui entend la parole de Dieu sans attention et sans respect n’est pas moins coupable que celui qui, par sa négligence laisserait tomber à terre le corps de Jésus-Christ. (S. Augustin.)

Prière

Dieu éternel et tout rempli de bonté, Jésus, Sauveur de tous les hommes, regardez d’un œil de tendresse et de miséricorde les fidèles qui composent la famille dont vous êtes le père, et que vous avez engendrée sur la croix en répandant votre sang et en mourant pour son amour. Comme nous avons l’honneur d’en être les membres, prenez nos corps et nos âmes sous votre divine protection. Conservez, soutenez, purifiez nos corps, afin que, délivrés de toute souillure et de tout sentiment imparfait, ils soient toujours soumis à l’esprit et dignes d’être vos temples animés. Sanctifiez nos âmes par une grâce abondante et victorieuse, afin que, soumises à vos lois, et affranchies de toutes les passions qui en veulent à leur innocence, elles vous soient toujours agréables et dignes de la récompense éternelle que vous leur avez promise et méritée par vos souffrances et par votre mort. Ainsi soit-il.

Point de la Passion

Jésus arrive au Calvaire, où il est dépouillé

Ce ne fut pas sans une peine extrême que Jésus, chargé d’une croix pesante, monta sur la montagne du Calvaire pour y être crucifié. Ce Sauveur était faible, agonisant, épuisé de forces par la rude fatigue qu’il avait essuyée de marcher de tribunal en tribunal, et de l’extrémité de la ville de Jérusalem à l’autre, par les différents outrages qu’il avait endurés chez ses juges, et par la prodigieuse quantité de sang qu’il avait répandue dans sa flagellation et dans son couronnement d’épines. Ainsi la douleur était extrême ; mais l’ignominie était égale à la douleur ; il est impossible d’en imaginer une pareille. En effet, le Calvaire était une montagne infâme et maudite, qu’on ne regardait qu’avec horreur : elle était remplie d’ossements et de têtes de criminels, infectée de cadavres de voleurs et de meurtriers, et imbibée du saug impur des scélérats qu’on avait coutume d’y faire mourir.

Voilà le théâtre fatal destiné pour recevoir le sang précieux d’un Dieu, qui devait être le prix du rachat de tous les hommes. Voilà le lit d’honneur qu’on préparait au Souverain du ciel et de la terre, et au Sauveur de tous les hommes, pour y rendre les derniers soupirs au milieu de deux voleurs, aux yeux d’une troupe insolente, qui ne s’y assemblait que pour insulter à sa disgrâce, pour vomir mille imprécations et mille blasphèmes contre lui, pour l’accabler de railleries et d’injures, pour applaudir à ses bourreaux, et pour repaître leur barbare fureur du plus cruel et du plus sanglant de tous les spectacles.

Ah ! Seigneur, vous vouliez souffrir et mourir aux yeux de cette multitude et sur une montagne de malédiction, parce que l’ignominie était plus grande, et que, selon l’oracle de votre Prophète, vous deviez être rassasié d’opprobres ; mais, ô mon Sauveur, c’est aussi parce que vous vouliez que toute la terre sût que vous souffriez et que vous mouriez pour le salut de tous les hommes, et qu’ils vissent plus facilement le divin modèle qui devait les encourager à souffrir pour leurs péchés et pour votre amour.

À peine ce divin Sauveur est-il arrivé sur cette montagne qu’on commence à lui ôter sa couronne d’épines ; et, en la lui ôtant avec rudesse, on fait couler un nouveau fleuve de sang de tous les endroits de sa tête. Ensuite on lui ôte son habit, et les mains de ses bourreaux, accoutumées à la violence, lui arrachent sa robe, collée dans ses plaies avec son sang, ce qui lui renouvelle toutes ses douleurs. Ils découvrent ainsi pour la seconde fois, aux yeux de cette populace, ce corps vierge dont les plaies innombrables, les contusions, les meurtrissures, la faiblesse, la couleur livide et le sang caillé font le plus triste et le plus pitoyable spectacle qui fut jamais.

Quels pouvaient être alors les sentiments de votre cœur, ô mon Jésus ! Quelle honte ! quelle confusion et quelle douleur ! mais aussi quelle bonté, de soutenir ces opprobres pour nous les épargner ! Ah ! votre humiliation confond mon orgueil, et votre dépouillement m’instruit à me dépouiller de tous les biens de la terre pour votre amour.