Conduite pour passer saintement le carême ~ 4e dimanche de carême

Jour de Providence

Pratique

Remerciez, à votre premier réveil, la divine providence de tous les secours que vous en avez reçus depuis que vous êtes au monde, des soins maternels qu’elle a pris de votre conduite, et des périls où elle vous a protégé sans que vous l’ayez mérité. Ensuite demandez-lui humblement qu’elle les continue et qu’elle les augmente à votre égard. Faites, dans la journée, de fréquents retours vers elle par des actes de foi, de confiance et d’abandon. Ayez-1a toujours devant les yeux ; adorez-la, rendez-vous digne de ses faveurs et de ses bontés ; attribuez-lui, et non à, votre industrie, tous vos heureux succès ; entrez avec un esprit de foi dans ses adorables desseins sur vous ; ne sortez point, ne vous émancipez jamais de sa conduite, et persuadez-vous qu’elle ordonne tout ce qui vous arrive pour votre bien et pour votre salut.

Méditation sur la providence

Ier POINT. — Jésus voulut aller au delà du lac de Tibériade, et il fut suivi d’une grande multitude, attirée par les guérisons miraculeuses qu’il faisait. (Saint Jean, 6.)

Joignez-vous en esprit au peuple qui suit Jésus-Christ, et qui ne s’embarrasse pas où il pourra trouver de quoi boire et manger. Abandonnez-vous comme lui à sa divine providence, et, si votre abandon est parfait, soyez sûr du succès, et que Jésus-Christ fera plutôt un miracle que de vous laisser manquer du nécessaire.

Commencez à vous laisser convaincre de la vérité et de l’infaillibilité de la divine providence. Soyez persuadé que si, par impossible, il n’y en avait point, dit saint Augustin, il n’y aurait point de religion, point de Jésus-Christ, et point de Dieu. Si vous avez jamais eu des doutes sur cette vérité fondamentale de notre religion, déposez-les, réparez- les au plus tôt par des actes de foi, de confiance et d’abandon ; et puisez dans la conduite des peuples de notre Évangile et dans les miracles de Jésus, et de quoi vous en convaincre, et de quoi ne vous en défier jamais.

L’infidélité contre la divine providence est tantôt dans l’esprit, quand on ne la croit pas, quand on ne la respecte pas, quand on se propose d’autres mesures pour parvenir à ses fins sans la consulter ; elle est tantôt dans le cœur, quand on n’y adhère pas, quand on ne l’aime pas, et quand on se révolte secrètement contre elle ; et tantôt dans les mains et dans les actions, quand on agit comme s’il n’y avait point de Providence ; et cette triple infidélité est d’autant plus criminelle, qu’outre les preuves évidentes que nous en avons dans toutes les créatures, qui en sont, dit saint Augustin, les prédicateurs muets, nous en portons toutes les preuves sensibles dans nous-mêmes. Faisons seulement une serieuse réflexion sur la conduite de Dieu à notre égard, et nous en conviendrons. Les périls que nous avons évités, les secours certains qui ne nous ont jamais manqué dans nos plus pressants besoins, les ressources que nous avons trouvées dans nos misères spirituelles et temporelles en sont des preuves. Vous me direz : Je n’en ai jamais douté. Mais trouvez bon qu’avant de vous croire, je vous demande si vous ne vous êtes jamais défié de cette providence. N’avez-vous jamais été agité de sollicitudes excessives pour l’avenir ? Ne vous êtes-vous point proposé, pour parvenir à vos fins, d’autres routes que celles qui vous étaient marquées par cette providence ? L’avez-vous toujours consultée pour vos projets et pour tous vos desseins ? N’avez-vous point murmuré contre elle, quand il vous est arrivé quelque chose de fâcheux ? Ne vous êtes-vous point soustrait et émancipé de sa conduite, en vous chargeant vous seul du soin de vous-même, sans lui rapporter vos vues ? Si cela est, vous prenez le change, vous en avez douté ; et si votre doute n’a pas été, selon vous, dans la spéculation et dans l’esprit, il a été dans votre cœur et dans toute votre conduite ; c’est ce qu’il est important de réformer.

IIe POINT. – Jésus leva les yeux sur le peuple qui le suivait, et il dit à Philippe : Où achèterons-nous du pain pour nourrir tout ce monde ?

Adorez, aimez la divine providence qui éclate aujourd’hui dans les regards des yeux de Jésus-Christ, dans les sollicitudes de son cœur, dans les miracles de ses mains qui en sont les dispensatrices. Il lève les yeux, marque de l’attention qu’il faisait aux besoins de ce peuple ; il fait connaître par là qu’il se charge du soin de nourrir ceux qui se reposent sur ses bontés, qui le suivent, qui écoutent sa parole, et qui n’oublient leurs besoins corporels que pour penser à ceux de l’âme, qui sont bien plus pressants.

Ses yeux adorables, qu’il lève sur son peuple, étaient les fidèles interprètes de son cœur ; il est touché, il entre en sollicitude, et la sollicitude d’un Dieu si bon et si puissant nous doit dispenser d’en avoir d’excessives. Sa bouche parle, elle demande, elle s’informe tendrement, quoiqu’il sût bien qu’il n’avait qu’a fouiller dans les trésors de sa providence pour trouver de quoi rassasier ce peuple. Enfin ses mains toutes-puissantes font un miracle éclatant ; et avec cinq pains d’orge et deux poissons il nourrit abondamment cinq mille hommes, pour nous faire connaître que voir nos misères, les sentir et nous secourir, c’est la même chose en lui.

Quelle consolation pour nous de savoir qu’il y a en notre Dieu une providence éclairée, compatissante, tendre et toute-puissante, qui se mêle de notre conduite, qùi a plus de plaisir à nous secourir que nous n’en avons à recevoir ses bienfaits ; de pouvoir sûrement, dans nos besoins et dans nos afflictions, nous jeter avec confiance entre ses bras, et d’être sûrs de n’être jamais repoussés ni délaissés !

Si vous la croyez, aimez-la ; si vous l’aimez, recourez-y dans tous vos besoins. N’ayez pas les mêmes abattements ni les mêmes alarmes quand vous craignez que quelque chose ne vous manque ; les mêmes réserves et la même duplicité dans votre conduite, la même confiance en votre savoir-faire et en votre propre industrie, comme si vous étiez le seul artisan de votre fortune et le seul arbitre de votre sort ; ni la même ardeur à chercher la consolation dans les créatures quand vous êtes dans l’affliction.

Que craignez-vous ? Cette providence si secourable a-t-elle abandonné aucun de ceux qui l’ont implorée avec confiance ? A-t-elle abandonné les trois enfants dans la fournaise de Babylone ? A-t-elle abandonné le jeune Moïse exposé sur les eaux ? A-t-elle abandonné le chaste Joseph dans sa prison ? A-t-elle abandonné Jonas dans un naufrage et dans le ventre d’une baleine ? A-t-elle abandonné la chaste Suzanne injustement accusée d’adultère ? A-t-elle abandonné, Job sur le fumier et Daniel dans la fosse aux lions ?

Sentiments

Divine providence, puissante dispensatrice de tous les biens, mère secourable dans tous nos besoins, je vous adore, je vous aime, je mets eu vous toute ma confiance ; je vous rends mille actions de grâces des bienfaits que j’ai reçus de vous, et je vous demande humblement pardon de toutes les infidélités que j’ai commises contre vous par mes ingratitudes, par mes défiances par mes injustes plaintes et par mes alarmes sur l’avenir. Je me restitue moi-même à vous ; je me remets en aveugle sous votre adorable conduite, dont je ne m’écarterai jamais.

Je veux dorénavant vous suivre jusque dans les déserts les plus écartés, pour écouter vos divines paroles et admirer vos prodiges. Je ne m’alarmerai plus de rien, pourvu que vous soyez avec moi, et vous serez ma force, ma lumière, ma richesse, mon espérance, ma nourriture et ma vie. Vous avez élevé vos yeux sur le peuple qui vous suivait, vous avez senti ses besoins, vous l’avez nourri ; abaissez vos yeux, Seigneur, sur mes misères ; considérez tendrement plutôt les besoins de mon âme que ceux de mon corps ; ouvrez-moi les entrailles de votre miséricorde ; nourrissez-moi du pain céleste de votre divine parole ; faites-la entendre aux oreilles de mon cœur, et rendez-moi digne de me nourrir souvent du pain substantiel de votre corps et de votre sang, beaucoup plus vivifiant que celui que vous donnâtes au prophète Élie, puisqu’il me soutiendra pour me conduire, non à la montagne d’Horeb, mais au céleste séjour que vous avez promis à ceux qui vous aiment.

Sentences de l’Écriture Sainte et des Saints Pères

Justes, craignez le Seigneur, parce que tous ceux qui le craignent ne manqueront de rien. (Ps. 33.)

Peuples de la terre, confiez-vous au Seigneur, espérez en lui, répandez vos cœurs en sa présence, parce qu’il est notre protecteur éternel. (Ps. 61.)

Si le monde était soustrait, par impossible, par un seul clin d’œil, de la conduite et du gouvernement de la divine providence, il périrait dans l’instant, et il retournerait au néant d’où il est sorti. (S. Jérôme.)

La divine providence ne consulte pas même les désirs des justes, quand il leur en échappe pour les biens temporels, parce qu’elle leur prépare des biens beaucoup plus précieux dans l’éternité. (S. Jérôme.)

Prière

Écoutez nos prières, ô Dieu de miséricorde ; exaucez nos vœux ; et ne méprisez pas les larmes de douleur que nous répandons en votre présence sur nos péchés et sur nos misères. Nous avons été dans l’affliction ; mais nous avouons sincèrement que nous l’avons mérité, parce que nous vous avons offensé. Nos péchés exigeaient de votre justice des châtiments bien plus rigoureux sans votre miséricorde, qui est infinie. Nous adorons votre divine providence dans nos peines, puisqu’elle ne nous les a envoyées que pour nous exempter des supplices de l’autre vie. Nous consentons de bon cœur, dans ce saint temps, à nous imposer encore des peines volontaires, pour apaiser votre justice. Mais, Seigneur, adoucissez-les par la consolation et par l’onction de votre grâce et de votre amour. Nous renonçons à toute autre consolation sensible : heureux si vous êtes avec nous dans nos peines et dans nos tribulations. Nous vous en prions par les mérites deJésus-Christ, votre Fils et notre Seigneur.

Point de la Passion

Préférence de Barabbas

Il est surprenant que les moyens dont Pilate se servait pour délivrer Jésus lui devaient causer plus de honte et plus d’infamie, Dieu le permettant ainsi par un décret de sa Providence, et Jésus-Christ le souffrant par un excès de son amour. En effet, le président, qui ne savait pas encore que la malice des Juifs était extrême, et leur fureur implacable contre le Sauveur, leur proposa un expédient qui aurait dû réussir, en se servant du droit qu’ils avaient de délivrer un criminel à la fête de Pâque. Il n’eut garde de proposer Jésus-Christ seul, persuadé qu’il eût été infailliblement rejeté ; mais pour venir plus sûrement à bout de son dessein, il le mit en parallèle avec le plus méchant de tous les hommes, à la mort duquel tout le monde devait s’intéresser ; et c’est ainsi qu’il espérait sauver Jésus-Christ.

Quelle odieuse comparaison, ô mon Sauveur ! et dans quelle étrange balance vous met-on aujourd’hui ! Ah ! que le Prophète avait raison de dire que les enfants des hommes étaient faux et menteurs dans leurs balances, frauduleux et injustes dans leurs jugements de comparaison ! Mendaces filii hominum instateris. (Ps. 62.) Levons-la, cette balance, et voyons lequel des deux l’emportera pour la vie ou pour la mort, de Barabbas ou de Jésus-Christ, du criminel ou de l’innocent, du fils de Bélial ou du Fils de Dieu, de l’homicide ou du Sauveur, du séditieux ou du Dieu de paix, d’un voleur qui dépouille et massacre les hommes, ou de Celui qui vient se dépouiller pour nous enrichir et s’immoler pour nous donner la vie. Levons-la, dis-je, cette balance, dont l’événement redoutable doit tenir en suspens tous les hommes qui y sont intéressés, et attendons ce qu’elle décidera. Je tremble, ô mon Dieu ! les cris du peuple décident contre vous en faveur du séditieux et de l’homicide. Le côté de la balance où vous êtes tombé et l’emporte sur l’autre, parce qu’avec vous mes péchés y sont, et ceux de tous les hommes qui ont été, qui sont et qui seront jusqu’à la consommation des siècles : ils font un poids si énorme et si pesant, qu’ils sont cause que Barabbas parait plus innocent que vous. Hélas ! il vivra, et vous mourrez ; son sang sera épargné, et le vôtre sera répandu !

Le peuple le demande, il prononce votre arrêt de mort ; il est confirmé dans le ciel : l’indigne président acquiesce à cette injustice contre ses lumières et contre sa propre conscience ; et cette cruelle ignominie était seule capable de vous donner la mort ; non seulement le peuple crie, mais il menace. Pilate, avant d’acquiescer, répond à leurs furieuses clameurs : Que voulez-vous donc que je fasse de Jésus, qui est appelé Christ ? Les cris du peuple, excité par les pharisiens, augmentent, et il demande hautement et avec la dernière insolence qu’il soit crucifié, et que Barabbas soit délivré.

Quelle humiliation ! quelle ignominie pour un Dieu de majesté, d’être ainsi l’opprobre des hommes, l’objet du mépris et de toute la fureur d’une population insolente ; d’être mis par la voix commune de son propre peuple au-dessous du plus scélérat et du plus corrompu de tous les hommes, et d’être destiné à une mort honteuse et cruelle, comme étant réputé plus pernicieux à la société des autres hommes, et plus méprisable qu’un voleur et un séditieux, et plus digne du plus cruel et du plus infâme genre de mort qu’un homicide !