la prière du chapelet est, après la sacrée liturgie de l’Eucharistie, celle qui nous unit le plus à Dieu

Lettre de Sœur Lucie  [1]

J. M. J.

Coïmbra, 16 septembre 1970

Chère Mère Martins

Pax Christi.

(…) La prière du Rosaire ou chapelet est, après la sacrée liturgie de l’Eucharistie, celle qui nous unit le plus à Dieu par la richesse des prières qui la composent, toutes venant du Ciel, dictées par le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Le Gloria que nous récitons à tous les mystères fut dicté par le Père aux Anges lorsqu’Il les envoya chanter auprès de son Verbe qui venait de naître, et c’est une hymne à la Sainte Trinité. Le Notre Père nous fut dicté par le Fils et c’est une prière dirigée vers le Père. L’Ave Maria tout entier est imprégné de sens trinitaire et eucharistique : les premières paroles furent dictées par le Père à l’Ange lorsqu’il l’envoya annoncer le mystère de l’Incarnation du Verbe : « Je vous salue Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. » Vous êtes pleine de grâce parce que, en vous, réside la fontaine de cette même grâce. C’est par votre union à la Très Sainte Trinité que vous êtes pleine de grâce.

Mue par l’Esprit-Saint, sainte Élisabeth a dit : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et Jésus le fruit de vos entrailles est béni. » Si vous êtes bénie, c’est parce que Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni. Mue par l’Esprit-Saint, l’Église aussi a ajouté : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort ». Cela est aussi une prière dirigée à Dieu par Marie. Parce que vous êtes Mère de Dieu, priez pour nous. C’est une prière trinitaire, oui, parce que Marie fut le premier temple vivant de la Très Sainte Trinité : « L’Esprit-Saint descendra sur vous. Le Père vous couvrira de Son ombre. Et le Fils qui naîtra de vous sera appelé le Fils du Très-Haut. »

Marie est le premier tabernacle vivant où le Père a enfermé son Verbe. Son Cœur Immaculé est la première custode qui l`a gardé, son sein et ses bras furent le premier autel et le trône sur lequel le Fils de Dieu fait homme a été adoré. C’est là que les anges, les bergers et les mages l’ont adoré. Marie est le premier prêtre qui prit en ses mains pures et immaculées le Fils de Dieu le conduisit au temple pour l’offrir au Père, comme victime pour le salut du monde.

Ainsi la prière du chapelet est, après la sacrée liturgie de l’Eucharistie, celle qui nous introduit le mieux dans le mystère intime de la Très Sainte Trinité et de l’Eucharistie, et celle qui nous met le mieux dans l’esprit les mystères de Foi, d’Espérance et de Charité. Elle est le pain spirituel des âmes. Celui qui ne prie pas dépérit et meurt C’est dans la prière que nous rencontrons Dieu et c’est dans cette rencontre qu’il nous communique la Foi, l’Espérance et la Charité, vertus sans lesquelles nous ne nous sauverons pas. Le chapelet est la prière des pauvres et des riches, des savants et des ignorants : retirer cette dévotion aux âmes, c’est leur retirer le pain spirituel de chaque jour. C’est elle qui maintient la petite flamme de la foi qui n’est pas encore tout à fait éteinte dans beaucoup de consciences. Même pour ces âmes qui le récitent sans méditer, le simple fait de prendre leur chapelet pour prier, c’est déjà se souvenir de Dieu, du surnaturel. Le simple rappel des mystères, à chaque dizaine, est plus qu’un rayon de lumière pour soutenir dans les âmes la mèche qui fume encore. C’est pour cela que le démon lui a tant fait la guerre ! Et le pire c’est qu’il a réussi à abuser et à tromper des âmes ayant une lourde responsabilité par le poste qu’elles occupent !… Ce sont des aveugles guidant d’autres aveugles !… Et ils veulent s’appuyer sur le concile, et ne voient pas que le Concile Sacré a ordonné que soient conservées toutes les pratiques, qui, au long des années, ont été pratiquées en l’honneur de la Vierge Immaculée, Père de Dieu, et que la prière du Saint Rosaire ou du chapelet en est des principales, laquelle en face de l’ordre donné par le Concile Sacré et par le Pontife Suprême, nous sommes obligés, c’est-à-dire nous devons le conserver.

J’ai une grande espérance que n’est pas loin le jour où la prière du saint rosaire et du chapelet sera déclarée prière liturgique ; oui, parce qu’elle fait tout entière partie de la sacrée liturgie eucharistique. Prions, travaillons, sacrifions-nous, et ayons confiance : « À la fin, mon Cœur Immaculé triomphera ! »

Sœur Lucie, i. c. d.

 

[1] Au Portugal, des théologiens ayant mené une campagne contre le chapelet, le 16 septembre 1970, sœur Lucie écrivit à une de ses amies, mère Maria José Martins qui avait été une de ses compagnes au noviciat de Tuy, une lettre pour défendre le chapelet contre ces injustes attaques. Voici un important extrait de cette lettre :